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« Contrairement à ce qu’on prétend
au sujet du bulletin scolaire (scientificité, universalité, neutralité) celui-ci n’est pas détaché de la société ni
des conflits d’intérêts qui la traversent » D.Md.Besbes |
Analyse de la structure du bulletin
scolaire en usage en Tunisie en tant qu’héritier de la version originale
française imprégnée de l’esprit capitaliste du 19 siècle
Nous tenterons de répondre à trois questions
directrices :
· Y a-t-il une
logique selon laquelle s’organisent les composantes architecturales du bulletin
scolaire actuellement en usage ?
· Les remarques
des enseignants contenues dans le bulletin traduisent-elles une individualité qui s’exprime et qui
réfléchit, ou s’agit-il d’un discours stéréotypé et répétitif transmis d’une genération
d’enseignants à l’autre ?
· Quels sont
les points illocutoires (c’est-à-dire les intentions) dominants dans le
discours véhiculé par le bulletin scolaire ?
1 – En réponse à la première question
: Y a-t-il une logique selon laquelle s’organisent les composantes architecturales
du bulletin scolaire en usage dans sa version libérale capitaliste ?
Nous posons comme hypothèse de
travail ce qui suit : Le bulletin scolaire en usage se compose d’éléments
disposés selon un ordre logique, remplissant une fonction argumentative et
persuasive visant à obtenir une légitimation des
décisions et des jugements scolaires.
Pour répondre à cette question, le
chercheur a, dans un premier temps, repéré les indices argumentatifs et
persuasifs dans l’architecture du bulletin scolaire, en l’analysant jusqu’à ses
éléments primaires, en déterminant la place de chaque élément dans sa
structure, et en interrogeant leur ordre, leur enchaînement et la logique selon laquelle ils s’organisent.
Le bulletin scolaire, dans sa version
libérale capitaliste en usage en Tunisie est disponible en ligne sous une
version électronique dans Eduserv, ainsi
que sur la plateforme entrée en application au cours de l’année scolaire
2023-2024. Cette plateforme se compose de huit espaces : un espace ouvert et
sept espaces fermés, de tailles différentes. Chaque espace est délimité,
présenté sous la forme d’un tableau, et porte un titre indiquant son contenu :
des données numériques, d’autres linguistiques, et des cachets officiels.
Toutes les surfaces sont soigneusement calculées par les concepteurs du
bulletin et possèdent une structure, une organisation et une signification.
Qu’elles soient larges ou étroites, petites ou grandes, continues ou séparées,
ouvertes ou fermées, vides ou remplies, toutes ces surfaces jouent un rôle dans
le processus argumentatif. L’ordre de présentation des informations et la
circulation verticale et horizontale entre les espaces servent le but de
l’argumentation et de la persuasion.
La surface totale du bulletin
scolaire du deuxième semestre actuellement en usage est de 619,5 cm², dont
seulement 437,59 cm² sont effectivement utilisés, laissant 181,91 cm² d’espace
blanc. Cet espace blanc suggère au destinataire qu’il n’y a plus rien à ajouter
concernant les résultats, et qu’aucune précision supplémentaire n’est
nécessaire sur ce qui est déjà clair et évident. Il équivaut, dans une
situation de communication verbale, au silence.
L’inégalité des surfaces attribuées
aux différents éléments de la structure du bulletin traduit une conception de
l’importance relative de chaque élément dans le processus de persuasion. On
remarque que la surface réservée aux notes occupe la plus grande part de la
structure du bulletin et constitue son élément principal, la note étant
considérée comme le seul critère objectif, et associée traditionnellement et
pragmatiquement à la certitude et à la réalité, de ce fait elle est à l’abri du
doute, selon les croyances ancrées dans l’esprit du destinataire. En revanche,
les commentaires, le nom de l’enseignant et sa signature ne dépassent pas 68,25
cm², ce qui signifie qu’ils ne bénéficient pas d’un espace adéquat et demeurent
marginaux.
L’espace alloué à chaque matière pour
le commentaire, accompagné du nom et de la signature de l’enseignant, est de
3,25 cm², ce qui ne permet guère d’écrire plus d’un mot.
En bas du bulletin, la lecture des
résultats devient horizontale : on y trouve un tableau récapitulatif des
résultats du trimestre, ainsi que des
informations sur les sanctions et l’assiduité, qui occupe une surface de 62,4 cm².
Dans la même orientation, un espace de 28 cm² est réservé à la décision du
conseil de classe, à la signature du directeur et au cachet de l’établissement.
2
L’Ordre des composantes du bulletin scolaire et la reconstitution de sa
structure.
Les éléments du bulletin sont reliés entre eux
par une cohérence logique au service du projet de persuasion : certains jouent
le rôle d’arguments, d’autres celui de résultats. Il apparaît clairement, à
travers les indices de conception de l’architecture du bulletin, l’ordre de ses
énoncés, la succession et la complémentarité de ses éléments constitutifs,
qu’il repose sur une dimension argumentative : nous sommes en présence d’une
argumentation par le résultat.
Le bulletin contient en effet des
données numériques, des énoncés et une hiérarchie argumentative (ou « une échelle
d’arguments »). Il comprend également des liens implicites (implicites mais
déductibles du contexte) entre les arguments et le résultat, tels que «
pour », «parce que », « donc », etc.
Il ressort du Graphique n°1
que l’échelle argumentative et persuasive du bulletin scolaire est composée de
plusieurs énoncés (É1, É2, É3, É4, É5...) de force argumentative
variable (selon le coefficient de la matière).
Ces énoncés fonctionnent comme des arguments conduisant à une conclusion
(C), c’est-à-dire la décision du conseil de classe.
Les énoncés sont reliés entre eux par des liens implicites : les
résultats, qui jouent le rôle d’arguments, sont lus successivement de manière verticale,
selon une relation implicite de succession et de coordination.
Puis la direction de la lecture change et devient horizontale, à la
manière d’une équation mathématique : on y lit alors une synthèse du total
des notes, de la moyenne générale, du rang, des sanctions
et de l’assiduité, l’ensemble converge vers la conclusion, à
savoir la décision du conseil de classe. Nous déduisons de tout cela que
la fonction argumentative détermine l’organisation architecturale
du bulletin scolaire.
Dans le cadre de l’analyse de la
structure argumentative, il importe de connaître les caractéristiques et
les fonctions des commentaires, en tant que composants linguistiques censés jouer un rôle essentiel dans le processus de
persuasion.
3 – Les
enseignants représentent-ils une individualité qui s’exprime et qui réfléchit,
ou reproduisent-il un discours stéréotypé et répétitif transmis d’une
génération d’enseignants à l’autre ?
Nous travaillons ici sur
l’hypothèse selon laquelle les commentaires relatifs aux résultats sont répétitifs,
stéréotypés et transmis de génération en génération, ne
traduisant pas une individualité qui crée son propre discours, par conséquent
c’est l’institution qui fixe le discours (ses limites, ses formes, ses contenus
et ses normes) ; et pour étudier ces aspects nous avons analysé un échantillon
de 968 commentaires extraits des bulletins
scolaires en cours.
Tableau n°2 : les commentaires ; leur fréquence et leur
pourcentage.
|
Formes et contenus des
commentaires |
Exemple de commentaires |
fréquence |
% |
|
Au niveau de la forme simple |
|||
|
Commentaires qui paraphrase la note |
-Résultats faibles |
422 |
43.60 |
|
Commentaires en rapport au travail |
- Paresseux, ne travaille pas- |
109 |
11.26 |
|
Commentaires en rapport avec le travail de l’esprit |
- manque de concentration, |
40 |
4.13 |
|
Commentaires en rapport avec la situation sociale ou la santé |
- Sa situation sociale difficile a affecté ses performances |
8 |
0.82 |
|
Commentaires en rapport avec la participation en classe |
- Absence de participation |
66 |
6.21 |
|
Commentaires en rapport à la discipline |
-Comportement inadmissible |
48 |
4.95 |
|
|
Total des commentaires à la forme simple |
693 |
71.60 |
|
Forme complexes |
|||
|
Commentaires qui s’identifient à la note
assortis d’une appréciation sur le
travail |
Résultats faibles- ne travaille pas |
93 |
9.60 |
|
Commentaires qui s’identifient à la note
+ la discipline |
Résultats moyens + très turbulent |
61 |
6.30 |
|
Commentaires qui s’identifient à la note
+ la participation |
Résultats passables + ne participe pas |
70 |
7.23 |
|
Résultats moyens + le travail de l’esprit |
Résultats moyens + manque de concentration |
36 |
3.72 |
|
Autres commentaires |
**************************** |
15 |
1.54 |
|
Total des commentaires à la forme complexe |
275 |
28.40 |
|
|
Total des commentaires à la forme simple et
complexe |
968 |
100 |
|
Il ressort du tableau n°2
que les commentaires sur les résultats prennent deux formes : l’une simple
et l’autre complexe.
• La forme simple est la
plus répandue, consiste en l’usage à une grande échelle d’expressions qui traduisent la note, autrement
dit, des formulations qui expriment verbalement la note obtenue par l’élève
à l’écrit et à l’oral. Ainsi, nous trouvons des termes comme «faible » pour les
notes basses, « moyen » pour celles proches de la moyenne, ou encore «
excellent » pour les élèves brillants, ainsi que d’autres commentaires
couramment utilisés et adressés aux élèves à la fin de chaque trimestre. L’objectif
recherché est de renforcer la valeur argumentative de la note afin de
justifier les décisions prises à propos de l’élève.
• Quant aux commentaires de
forme complexe, ils sont rares, en raison de l’espace restreint réservé aux
remarques dans le bulletin.
Par « complexe », nous entendons un commentaire formé de deux parties :
la première traduit généralement la note obtenue, tandis que la seconde fait
référence au travail, au comportement, à la participation en
classe ou à l’activité intellectuelle..
Cette analyse confirme que les commentaires
n’apportent aucune valeur ajoutée : ils sont dépourvus de créativité et
d’originalité, ce qui rejoint la thèse de Pierre Bourdieu selon
laquelle le discours imposé par le champ institutionnel est détaché du
sujet parlant.
Cependant, malgré leur
simplicité, leur caractère stéréotypé et la prépondérance du déjà-vu qui les
marque, on ne peut, d’un point de vue communicationnel, considérer ces
commentaires comme dépourvus de sens ou d’intentionnalité.
Comme l’ont montré la théorie de la communication et la philosophie du langage
dans leur approche pragmatique, il s’agit bien d’un discours porteur d’un
message intentionnel, déterminé par l’institution, produisant un effet et un
événement.
Dès lors, il convient d’accorder une attention particulière à la mise en
lumière des intentions sous-jacentes présentes dans les actes de langage, en
tant que facteur déterminant la forme du discours — c’est ce que nous allons
examiner à présent.
4 – Quels sont
les points illocutoires, c’est-à-dire les intentions dominantes, dans les
commentaires des enseignants sur les résultats des élèves, selon les
classifications de John Austin[1]
et John Searle[2]
?
Nous émettons ici l’hypothèse que
les points illocutoires contenus dans les commentaires des enseignants
traduisent une préoccupation informative et persuasive, davantage qu’une visée
explicative des résultats ou de développement des acquis.
Nous examinerons ci-après la
répartition des commentaires selon les cinq points illocutoires définis par Austin
et Searle pour les actes de langage, (John Searle ; 1982) à savoir :
• Les verbes directifs :
Verbes exécutifs / directifs.
• Les verbes déclaratifs et évaluatifs : Verbes verdictifs / déclaratifs.
• Les verbes engageants ou
d’obligation (verbes commissifs / promissifs)
•Les verbes expressifs
• Les verbes explicatifs ou confirmatifs (Verbes expositifs / assertifs).
Tableau n°3 : répartition des contenus des commentaires selon les
intentions dans la classification de J. Austin et J.Searle
|
Le type de message |
L’intention |
Exemple stéréotypé |
Répétition |
|
Orientation |
Adapter le destinataire et le faire agir conformément au discours
directif basé sur les règlements scolaires
|
"Il doit être équilibré doit travailler régulièrement je l’invite à revoir son comportement |
284 |
|
Obligatoire |
Appel pour répondre au contenu
du discours
|
doit respecter les règlements pour éviter les punitions |
173 |
|
Expressif |
L’acte verbal exprime des sentiments d’approbation ou de condamnation
|
Résultats acceptables, je le félicite." Baisse regrettable des résultats etc.. |
79 |
|
Démonstratif ou confirmatif |
Tenir l’orateur, compte tenu de sa position dans le système, responsable
de la validité de toutes les déclarations ou décisions qui seront émises par
lui
|
Ses résultats sont faibles Ou moyen Ou excellent
etc |
515 |
|
Déclaratif |
- Rendre une décision motivée fondée sur la loi - Exprimer un changement de situation |
Exclu pour faibles résultats et dépassement de l’âge légal." Ou passe au niveau suivant. |
968 |
. Il ressort de ce tableau que les commentaires ayant un contenu déclaratif sont les plus fréquents, et à partir de là, nous réalisons que le but visé par l’évaluation n’est ni le diagnostic ni la formation, mais la certification.
Viennent ensuite les commentaires démonstratifs ou confirmatifs, qui s’illustrent dans le fait que la plupart des commentaires
sur les résultats traduisent l’importance de la place de la note obtenue pour lui
donner un pouvoir argumentatif. L’utilisation fréquente d’un tel commentaire
vise à consolider la règle selon laquelle les décisions prises concernant
l’élève, qu’elles soient liées au passage d’un niveau à un niveau supérieur ou
à l’orientation vers des parcours professionnels, ne sont pas arbitraires, mais
elles le sont selon le mérite qui dépend de la note (moyenne).
Ici, la note obtenue au test
ou au devoir est utilisé pour
masquer les méthodes imposées dans la
prise de décision, en particulier en ce qui concerne l’orientation vers les parcours
scolaires. Cela est cohérent avec ce qu’affirmaient Baudelot,C et Establet,R. à
savoir que l’école divise les élèves.
Viennent ensuite en troisième place les
commentaires orienteurs qui commandent
et interdisent, leur véritable fonction réside dans la préservation de la
dualité de ce qui est permis et de ce qui est interdit au sein de l’institution
éducative et par la suite au sein de la société. Ce discours est dominé par une
perspective unilatérale parce qu’il provient d’une seule source, le destinataire doit l’accepter
sans brancher. Ce comportement est une manifestation du pouvoir qui
établit un comportement social qui accepte les diktats et le jugement personnel
et assure la pérennité des rapports de forces et de domination et
leur légitimation.
Les commentaires obligatoires
viennent en quatrième place, ils insistent
sur le devoir de respect des chartes et des lois scolaires sans
négociation préalable. En ce sens, ils sont autoritaires parce qu’ils sont émis
par un seul parti et ont tendance à être conservateurs, résistant aux changements
et à la créativité et encourageant la soumission.
Enfin, le point expressif et de passation, peu
fréquent, exprime des sentiments à la
fois positifs et négatifs : des éloges ou des reproches, a été employé avec une
faible fréquence. Cela a plus d’une signification, dont peut-être la plus
importante est de chercher à transmettre le message qu’il s’agit d’un document
scientifique dépourvu de sentiments qui laisse les résultats parler d’eux-mêmes.
En conclusion, les intentions que sous-tendent des commentaires concernant
les résultats des élèves relèvent de la
stratégie persuasive. Il est très loin des objectifs de formation et de
développement. Ils sont largement unilatéraux et reflètent une tendance
intégrative et autoritaire qui pousse vers la soumission et l’acceptation du
fait accompli ; ils ont aussi une
dimension de contrôle du comportement des élèves. Ceci s’accorde avec les propos de Michel
Foucault quand il évoque la contribution de l’institution scolaire à la
construction de rapports du pouvoir et de la domination et leur légitimation.
4 Quelles sont
les procédures de validation déployées dans le bulletin scolaire visant à
convaincre le destinataire, à obtenir son adhésion et à lui arracher la
reconnaissance de la légitimité des décisions scolaires ?
Le bulletin scolaire, dans sa
version libérale, comporte plusieurs formes de validation empruntées à
différents champs de savoir, telles que les sciences expérimentales et les
sciences juridiques. Voici les principales formes utilisées :
1.
La sacralisation
de la note, associée à la certitude et à l’objectivité.
2.
La prétention à
l’universalité : la diffusion mondiale du modèle est présentée comme une preuve
directe de sa véracité ; plus il est utilisé, plus sa crédibilité s’élève
jusqu’au niveau de la certitude.
3.
La prétention à
la scientificité : elle se manifeste dans l’imitation du rapport scientifique,
adoptant son style d’exposition et laissant les résultats « parler d’eux-mêmes
».
4.
L’emprunt aux
méthodes des sciences expérimentales : par la simulation de la méthode descriptive expérimentale des
sciences naturelles du XIXᵉ siècle, qui se limite aux résultats des tests sans
aller au-delà des résultats de ces expériences..
5.
L’exploitation
du raisonnement formel de manière implicite, en établissant des liens entre les
prémisses et les résultats, tels que : «
Qui sème récolte », « Qui travaille réussit », « Le jour de l’examen, l’homme
est honoré ou humilié ».
6.
L’exploitation
du principe d’égalité c’est-à-dire traiter
tout le monde de manière identique, ainsi tout ce qui s’applique à (A)
s’applique également à (B).
7.
La mise en
place d’un système légal, semblable à celui du domaine judiciaire, où le juge
fonde son jugement sur les faits et sur la loi.
8.
L’emploi de
structures rhétoriques apparemment “logiques” (Logos) afin d’imposer la
crédibilité.
9.
Le recours au
support papier pour la transmission des résultats, car il est
traditionnellement le plus utilisé pour archiver les contrats et les
engagements, il fait foi auprès des autorités et sert aussi à la conservation
de la mémoire.
Les concepteurs du bulletin
scolaire ont ainsi eu recours à ces procédés pour se donner des justifications
et des prétextes leur permettant d’arracher la reconnaissance de la légitimité
des jugements scolaires, d’obtenir l’acceptation de l’injustice sociale et la
tolérance à son égard, tout en entretenant l’illusion que l’école ne distingue
les élèves qu’en fonction de leurs talents, et que les décisions et les jugements
ont été produits selon les meilleures méthodes scientifiques.
Est-il possible
de fonder un modèle communicationnel interactif alternatif doté de nouveaux
paramètres conformes à la modernité et à la postmodernité, dépassant les
défauts du modèle actuel ?
Partant de sa conviction de la
nécessité de l’évaluation et du devoir d’informer les parents des résultats de
leurs enfants , le chercheur propose une solution alternative au modèle traditionnel qui est décrit selon des termes de paternalisme,
d’unilatéralité, de domination, de chosification, de justification, de persuasion
et d’influence, inscrits dans des rapports de force et dans la mise de l’élève dans une situation de classification
ou de comparaison.
Il s’agit ici d’élargir les choix
communicationnels à la disposition des enseignants en proposant un modèle communicationnel
interactif visant à instaurer une relation fondée sur la coopération, la
compréhension, l’égalité, le respect, la reconnaissance, l’encadrement
bienveillant et la réciprocité entre l’élève et l’enseignant. Cette approche
génère une forme d’estime, renforce la valeur individuelle et confirme la
capacité des élèves à maîtriser leur propre destin.
Le modèle communicationnel
interactif proposé permet à l’enseignant et à l’élève de participer à la réflexion sur
les moyens de surmonter les difficultés par une discussion interactive qui permet d’enrichir l’expérience de l’élève dans l’élaboration de
stratégies de réussite et la construction d’une personnalité équilibrée et
épanouie.
À cet égard, les TIC offrent
de grandes possibilités pour instaurer une situation interactive. Parmi
ces possibilités, on peut citer :
1.
La maîtrise de
l’écriture : grâce à la barre d’outils, il est possible
d’agir sur la forme de l’écriture, de choisir la taille des caractères (gras ou
fin), les couleurs, etc., permettant ainsi de signaler les erreurs à l’aide de
codes visuels distincts.
2.
La maîtrise des
espaces : les espaces électroniques étant illimités, ils
peuvent être modulés selon les besoins.
3.
La possibilité
de modification, de renouvellement, d’expérimentation et d’adaptation : le modèle traditionnel sur papier est figé et la moindre modification
nécessite des démarches bureaucratiques complexes, tandis que le format
électronique peut facilement passer de l’état de stabilité et d’imitation à l’état
du changement, d’innovation et de l’expérimentation ; il évolue donc
continuellement et s’adapte aux besoins.
4.
La multiplicité
des supports : le modèle électronique
mobilise divers systèmes de signes — texte, dessins, formes géométriques, son,
image — renforçant ainsi le message.
5.
L’immédiateté
et la simultanéité : la forme électronique permet
une communication instantanée, offrant la possibilité de corriger les erreurs
avant qu’il ne soit trop tard.
6.
L’hypertextualité : le modèle numérique est ouvert, chaque page donne accès à d’autres
pages, à de liens et des sites. Ainsi, grâce aux liens, on peut accéder au
texte de l’épreuve, à son corrigé, ou encore à des exercices qui renforcent la
maîtrise des points non assimilés.
Il convient de signaler ici que
le ministère de l’Éducation a mis en place, dans le cadre de sa stratégie de
communication, une plateforme inachevée sur Internet. Toutefois, l’initiative
demeure en deçà des attentes et nécessite davantage d’efforts. Le changement
dont nous parlons ne saurait se réduire à l’usage des technologies modernes ;
il doit aussi encourager l’initiative, offrir aux enseignants la possibilité
d’expérimenter et d’élargir le champ d’expression, plutôt que de le restreindre
à travers un programme figé. Le modèle proposé par le ministère reproduit en
réalité le modèle papier traditionnel et standardisé.
La plateforme devrait être souple
et modulable. Ce changement exige également une révision des références des
valeurs et culturelles, et la mise en
place d’un système communicationnel interactif qui ne vise pas seulement à
modifier les positions des autres, mais à partager leurs connaissances.
Le changement doit aussi concerner la forme même de la présentation des
conseils qui devraient devenir implicites : par exemple, «voici une méthode de
travail qui a permis à tes collègues d’améliorer leurs performances. Tu peux
l’essayer. Ce type de discours constitue une alternative aux formes de
communication paternalistes.
Une telle évolution ne peut se
réaliser que par le dialogue, en donnant à l’élève et aux parents la possibilité
de faire opposition, de s’exprimer et de formuler leurs préoccupations dans un
climat de respect et de reconnaissance mutuels. Cela permet d’écarter le
bulletin scolaire de tout usage idéologique et de toute finalité justificative,
qui, à travers le discours, visent à « obtenir la reconnaissance de la
légitimité des jugements scolaires par tous et à préparer l’acceptation de la
hiérarchie sociale qui en découle ».
Enfin, ce changement suppose un minimum
de justice sociale et un véritable climat démocratique, afin de faire évoluer
le bulletin scolaire vers des objectifs formatifs, émancipateurs et
participatifs, à l’image de ce qui se trouve dans les pays socio-démocratiques
d’Europe du Nord.
P.S : Ce qui vient d’être exposé ici n’est qu’une des multiples
possibilités.
Conclusion
L’analyse du bulletin scolaire en
usage a conduit aux conclusions suivantes :
- Contrairement à ce qu’on prétend au sujet du bulletin scolaire (scientificité,
universalité, neutralité) celui-ci
n’est pas détaché de la société ni des conflits d’intérêts qui la
traversent. Il est au service de la classe dominante et du modèle
masculin.
- L’architecture du bulletin scolaire en usage encadre des références politiques, culturelles,
sociales et intellectuelles dominantes au XIXᵉ siècle.
- Il existe un système de règles global qui organiset tous les éléments
constitutifs du bulletin, fondé sur une logique argumentative et
justificative qui vise à légitimer les résultats et les jugements plutôt
qu’à les expliquer.
- Pour gagner la confiance et l’adhésion du destinataire, les
concepteurs ont recouru à des
procédures de légitimation issues de champs de savoir hautement crédibles comme
la logique formelle, les sciences
expérimentales, le droit et d’autres procédés rhétoriques.
Ainsi, les concepteurs ont
mobilisé les normes de la science, la rhétorique du droit et la logique
statistique, non pas dans un souci d’objectivité, mais à des fins idéologiques pour
justifier la classification sociale et mystifier
la conscience.
De ce point de vue, le modèle du
bulletin scolaire analysé relève des discours idéologiques nuisibles à l’image
que l’élève a de lui-même. Il s’agit donc d’un modèle traditionnel non éthique,
qu’il convient de repenser à la lumière de références modernes permettant aux
élèves et aux éducateurs d’exprimer librement leurs points de vue dans un cadre
sûr fondé sur le respect et l’égalité.
D.Mohamed Besbes conseiller
Général de communication et
d’orientation.
Traduction ; Mongi Akrout,
inspecteur général de l’éducation


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