dimanche 11 janvier 2026

Structure du bulletin des résultats scolaires et sa logique de fonctionnement Vers un modèle communicationnel interactionnel

 

 « Contrairement à ce qu’on prétend au sujet du bulletin scolaire (scientificité, universalité, neutralité)  celui-ci n’est pas détaché de la société ni des conflits d’intérêts qui la traversent » D.Md.Besbes

 


Le blog pédagogique publie cette semaine  des extraits d’une étude réalisée par D. Mohamed Besbes, conseiller Général  de communication et d’orientation consacrée au bulletin des résultats scolaires en usage en Tunisie.




M° Besbes fait une analyse très critique du bulletin scolaire tunisien, et montre qu’il repose sur une architecture argumentative où chaque note et chaque commentaire fonctionnent comme des arguments qui conduisent à la décision finale : celle du conseil de classe.

L’auteur a analysé près de mille commentaires d’enseignants extraits de bulletins,  il constate que ceux-ci sont majoritairement stéréotypés, répétitifs et institutionnalisés, dépourvus d’originalité et de touches individuelles.

D’après M° Besbes, ces commentaires, ne sont pas neutres, ils remplissent une fonction argumentative et prescriptive et renforcent la valeur justificative des notes pour légitimer les décisions du conseil des classes à la fin des trimestres.

Enfin, le chercheur propose « un modèle communicationnel interactif alternatif doté de nouveaux paramètres conformes à la modernité et à la postmodernité, dépassant les défauts du modèle actuel »

 

Analyse de la structure du bulletin scolaire en usage en Tunisie en tant qu’héritier de la version originale française imprégnée de l’esprit capitaliste du 19 siècle

 Nous tenterons de répondre à trois questions directrices :

·      Y a-t-il une logique selon laquelle s’organisent les composantes architecturales du bulletin scolaire actuellement en usage ?

·      Les remarques des enseignants contenues dans le bulletin traduisent-elles  une individualité qui s’exprime et qui réfléchit, ou s’agit-il d’un discours stéréotypé et répétitif transmis d’une genération d’enseignants à l’autre ?

·      Quels sont les points illocutoires (c’est-à-dire les intentions) dominants dans le discours véhiculé par le bulletin scolaire ?

1 – En réponse à la première question : Y a-t-il une logique selon laquelle s’organisent les composantes architecturales du bulletin scolaire en usage dans sa version libérale capitaliste ?

Nous posons comme hypothèse de travail ce qui suit : Le bulletin scolaire en usage se compose d’éléments disposés selon un ordre logique, remplissant une fonction argumentative et persuasive visant à obtenir une légitimation des décisions et des  jugements scolaires.

Pour répondre à cette question, le chercheur a, dans un premier temps, repéré les indices argumentatifs et persuasifs dans l’architecture du bulletin scolaire, en l’analysant jusqu’à ses éléments primaires, en déterminant la place de chaque élément dans sa structure, et en interrogeant leur ordre, leur enchaînement et la logique selon  laquelle ils s’organisent.

Le bulletin scolaire, dans sa version libérale capitaliste en usage en Tunisie est disponible en ligne sous une version  électronique dans Eduserv, ainsi que sur la plateforme entrée en application au cours de l’année scolaire 2023-2024. Cette plateforme se compose de huit espaces : un espace ouvert et sept espaces fermés, de tailles différentes. Chaque espace est délimité, présenté sous la forme d’un tableau, et porte un titre indiquant son contenu : des données numériques, d’autres linguistiques, et des cachets officiels. Toutes les surfaces sont soigneusement calculées par les concepteurs du bulletin et possèdent une structure, une organisation et une signification. Qu’elles soient larges ou étroites, petites ou grandes, continues ou séparées, ouvertes ou fermées, vides ou remplies, toutes ces surfaces jouent un rôle dans le processus argumentatif. L’ordre de présentation des informations et la circulation verticale et horizontale entre les espaces servent le but de l’argumentation et de la persuasion.

La surface totale du bulletin scolaire du deuxième semestre actuellement en usage est de 619,5 cm², dont seulement 437,59 cm² sont effectivement utilisés, laissant 181,91 cm² d’espace blanc. Cet espace blanc suggère au destinataire qu’il n’y a plus rien à ajouter concernant les résultats, et qu’aucune précision supplémentaire n’est nécessaire sur ce qui est déjà clair et évident. Il équivaut, dans une situation de communication verbale, au silence.

L’inégalité des surfaces attribuées aux différents éléments de la structure du bulletin traduit une conception de l’importance relative de chaque élément dans le processus de persuasion. On remarque que la surface réservée aux notes occupe la plus grande part de la structure du bulletin et constitue son élément principal, la note étant considérée comme le seul critère objectif, et associée traditionnellement et pragmatiquement à la certitude et à la réalité, de ce fait elle est à l’abri du doute, selon les croyances ancrées dans l’esprit du destinataire. En revanche, les commentaires, le nom de l’enseignant et sa signature ne dépassent pas 68,25 cm², ce qui signifie qu’ils ne bénéficient pas d’un espace adéquat et demeurent marginaux.

L’espace alloué à chaque matière pour le commentaire, accompagné du nom et de la signature de l’enseignant, est de 3,25 cm², ce qui ne permet guère d’écrire plus d’un mot.

En bas du bulletin, la lecture des résultats devient horizontale : on y trouve un tableau récapitulatif des résultats du  trimestre, ainsi que des informations sur les sanctions et l’assiduité, qui occupe une surface de 62,4 cm². Dans la même orientation, un espace de 28 cm² est réservé à la décision du conseil de classe, à la signature du directeur et au cachet de l’établissement.

2  L’Ordre des composantes  du  bulletin scolaire et la reconstitution de sa structure.

 Les éléments du bulletin sont reliés entre eux par une cohérence logique au service du projet de persuasion : certains jouent le rôle d’arguments, d’autres celui de résultats. Il apparaît clairement, à travers les indices de conception de l’architecture du bulletin, l’ordre de ses énoncés, la succession et la complémentarité de ses éléments constitutifs, qu’il repose sur une dimension argumentative : nous sommes en présence d’une argumentation par le résultat.

Le bulletin contient en effet des données numériques, des énoncés et une hiérarchie argumentative (ou « une échelle d’arguments »). Il comprend également des liens implicites (implicites mais déductibles du contexte) entre les arguments et le résultat, tels que « pour », «parce que », « donc », etc.


 


 

 



 

 

Il ressort du Graphique n°1 que l’échelle argumentative et persuasive du bulletin scolaire est composée de plusieurs énoncés (É1, É2, É3, É4, É5...) de force argumentative variable (selon le coefficient de la matière).
Ces énoncés fonctionnent comme des arguments conduisant à une conclusion (C), c’est-à-dire la décision du conseil de classe.
Les énoncés sont reliés entre eux par des liens implicites : les résultats, qui jouent le rôle d’arguments, sont lus successivement de manière verticale, selon une relation implicite de succession et de coordination.
Puis la direction de la lecture change et devient horizontale, à la manière d’une équation mathématique : on y lit alors une synthèse du total des notes, de la moyenne générale, du rang, des sanctions et de l’assiduité, l’ensemble converge vers la conclusion, à savoir la décision du conseil de classe. Nous déduisons de tout cela que la fonction argumentative détermine l’organisation architecturale du bulletin scolaire.

Dans le cadre de l’analyse de la structure argumentative, il importe de connaître les caractéristiques et les fonctions des commentaires, en tant que composants linguistiques censés jouer un rôle essentiel dans le processus de persuasion.

3 – Les enseignants représentent-ils une individualité qui s’exprime et qui réfléchit, ou reproduisent-il un discours stéréotypé et répétitif transmis d’une génération d’enseignants à l’autre ?

Nous travaillons ici sur l’hypothèse selon laquelle les commentaires relatifs aux résultats sont répétitifs, stéréotypés et transmis de génération en génération, ne traduisant pas une individualité qui crée son propre discours, par conséquent c’est l’institution qui fixe le discours (ses limites, ses formes, ses contenus et ses normes) ; et pour étudier ces aspects nous avons analysé un échantillon de 968 commentaires extraits  des bulletins scolaires en cours.

Tableau n°2 : les commentaires ; leur fréquence et leur pourcentage.

Formes et contenus des commentaires

Exemple de commentaires

fréquence

%

Au niveau de la forme simple

Commentaires qui paraphrase la note

-Résultats faibles

422

43.60

Commentaires en rapport au travail

- Paresseux, ne travaille pas-

109

11.26

Commentaires  en rapport avec le travail de l’esprit

- manque de concentration,

40

4.13

Commentaires  en rapport avec la situation sociale ou la santé

- Sa situation sociale difficile a affecté ses performances

8

0.82

Commentaires en rapport avec la participation en classe

- Absence de participation

66

6.21

Commentaires  en rapport à la discipline

-Comportement inadmissible

48

4.95

 

Total des commentaires à la forme simple

693

71.60

Forme complexes

Commentaires qui s’identifient à la note  assortis d’une appréciation sur le  travail

Résultats faibles- ne travaille pas

93

9.60

Commentaires qui s’identifient à la note  + la discipline

Résultats moyens + très turbulent

61

6.30

Commentaires qui s’identifient à la note  + la participation

Résultats passables  + ne participe pas

70

7.23

Résultats moyens +  le travail de l’esprit

Résultats moyens + manque de concentration

36

3.72

Autres commentaires

****************************

15

1.54

Total des commentaires à la forme complexe

275

28.40

Total des commentaires à la forme simple et complexe

968

100

 

Il ressort du tableau n°2 que les commentaires sur les résultats prennent deux formes : l’une simple et l’autre complexe.

La forme simple est la plus répandue, consiste en l’usage à une grande échelle  d’expressions qui traduisent la note, autrement dit, des formulations qui expriment verbalement la note obtenue par l’élève à  l’écrit et à l’oral. Ainsi, nous  trouvons  des termes comme «faible » pour les notes basses, « moyen » pour celles proches de la moyenne, ou encore « excellent » pour les élèves brillants, ainsi que d’autres commentaires couramment utilisés et adressés aux élèves à la fin de chaque trimestre. L’objectif recherché est de renforcer la valeur argumentative de la note afin de justifier les décisions prises à propos de l’élève.

• Quant aux commentaires de forme complexe, ils sont rares, en raison de l’espace restreint réservé aux remarques dans le bulletin.
Par « complexe », nous entendons un commentaire formé de deux parties : la première traduit généralement la note obtenue, tandis que la seconde fait référence au travail, au comportement, à la participation en classe ou à l’activité intellectuelle..

Cette analyse confirme que les commentaires n’apportent aucune valeur ajoutée : ils sont dépourvus de créativité et d’originalité, ce qui rejoint la thèse de Pierre Bourdieu selon laquelle le discours imposé par le champ institutionnel est détaché du sujet parlant.

Cependant, malgré leur simplicité, leur caractère stéréotypé et la prépondérance du déjà-vu qui les marque, on ne peut, d’un point de vue communicationnel, considérer ces commentaires comme dépourvus de sens ou d’intentionnalité.


Comme l’ont montré la théorie de la communication et la philosophie du langage dans leur approche pragmatique, il s’agit bien d’un discours porteur d’un message intentionnel, déterminé par l’institution, produisant un effet et un événement.
Dès lors, il convient d’accorder une attention particulière à la mise en lumière des intentions sous-jacentes présentes dans les actes de langage, en tant que facteur déterminant la forme du discours — c’est ce que nous allons examiner à présent.

4 – Quels sont les points illocutoires, c’est-à-dire les intentions dominantes, dans les commentaires des enseignants sur les résultats des élèves, selon les classifications de John Austin[1] et John Searle[2] ?

Nous émettons ici l’hypothèse que les points illocutoires contenus dans les commentaires des enseignants traduisent une préoccupation informative et persuasive, davantage qu’une visée explicative des résultats ou de développement des acquis.

Nous examinerons ci-après la répartition des commentaires selon les cinq points illocutoires définis par Austin et Searle pour les actes de langage,  (John Searle ; 1982) à savoir :

• Les verbes directifs : Verbes exécutifs / directifs.


• Les verbes déclaratifs et évaluatifs : Verbes verdictifs / déclaratifs.
• Les verbes engageants  ou  d’obligation (verbes commissifs / promissifs)
•Les verbes   expressifs


• Les verbes explicatifs ou confirmatifs (Verbes expositifs / assertifs).

 

Tableau n°3 : répartition des contenus des commentaires selon les intentions dans la classification de J. Austin et J.Searle

 

Le type de message

L’intention

Exemple stéréotypé

Répétition

Orientation

Adapter le destinataire et le faire agir conformément au discours directif basé sur les règlements scolaires

 

"Il doit être équilibré

doit travailler régulièrement

je l’invite à revoir son comportement

284

Obligatoire

Appel pour répondre     au contenu du discours

 

doit respecter les règlements  pour éviter les punitions

173

Expressif

L’acte verbal exprime des sentiments d’approbation ou de condamnation

 

Résultats acceptables, je le félicite."

Baisse regrettable des résultats etc..

79

Démonstratif  ou confirmatif

Tenir l’orateur, compte tenu de sa position dans le système, responsable de la validité de toutes les déclarations ou décisions qui seront émises par lui

 

Ses résultats sont faibles Ou moyen Ou excellent etc

515

Déclaratif

- Rendre une décision motivée fondée sur la loi

- Exprimer un changement de situation

Exclu  pour faibles résultats et dépassement de l’âge légal." Ou passe  au niveau suivant.

968

. Il ressort de ce tableau que les commentaires ayant un contenu déclaratif sont les plus fréquents, et à partir de là, nous réalisons que le but visé par l’évaluation n’est ni le diagnostic ni la formation, mais la certification.

 Viennent ensuite les  commentaires démonstratifs  ou confirmatifs, qui s’illustrent  dans le fait que la plupart des commentaires sur les résultats traduisent l’importance de la place de la note obtenue pour lui donner un pouvoir argumentatif. L’utilisation fréquente d’un tel commentaire vise à consolider la règle selon laquelle les décisions prises concernant l’élève, qu’elles soient liées au passage d’un niveau à un niveau supérieur ou à l’orientation vers des parcours professionnels, ne sont pas arbitraires, mais elles le sont selon le mérite qui dépend de la note (moyenne).

Ici, la note obtenue  au test  ou au devoir  est utilisé pour masquer les méthodes imposées  dans la prise de décision, en particulier en ce qui concerne l’orientation vers les parcours scolaires. Cela est cohérent avec ce qu’affirmaient Baudelot,C et Establet,R. à savoir que l’école divise les élèves.

 Viennent ensuite en troisième place les commentaires orienteurs  qui commandent et interdisent, leur véritable fonction réside dans la préservation de la dualité de ce qui est permis et de ce qui est interdit au sein de l’institution éducative et par la suite au sein de la société. Ce discours est dominé par une perspective unilatérale parce qu’il provient d’une seule  source, le destinataire doit  l’accepter  sans brancher. Ce comportement est une manifestation du pouvoir qui établit un comportement social qui accepte les diktats et le jugement personnel  et assure la pérennité  des rapports de forces et de domination et leur légitimation.

Les commentaires obligatoires viennent en quatrième place, ils  insistent  sur le devoir de respect  des chartes et des lois scolaires sans négociation préalable. En ce sens, ils sont autoritaires parce qu’ils sont émis par un seul parti et ont tendance à être conservateurs, résistant aux changements et à la créativité et encourageant la soumission.

 Enfin, le point expressif et de passation, peu fréquent, exprime  des sentiments à la fois positifs et négatifs : des éloges  ou des reproches, a été employé avec une faible fréquence. Cela a plus d’une signification, dont peut-être la plus importante est de chercher à transmettre le message qu’il s’agit d’un document scientifique dépourvu de sentiments qui laisse les résultats parler d’eux-mêmes.

   En conclusion, les intentions que sous-tendent des commentaires concernant les résultats des élèves  relèvent de la stratégie persuasive. Il est très loin des objectifs de formation et de développement. Ils sont largement unilatéraux et reflètent une tendance intégrative et autoritaire qui pousse vers la soumission et l’acceptation du fait accompli ; ils ont aussi  une dimension de contrôle du comportement des élèves.  Ceci s’accorde avec les propos de Michel Foucault quand il évoque la contribution de l’institution scolaire à la construction de rapports du pouvoir et de la domination et leur légitimation.

4 Quelles sont les procédures de validation déployées dans le bulletin scolaire visant à convaincre le destinataire, à obtenir son adhésion et à lui arracher la reconnaissance de la légitimité des décisions scolaires ?

Le bulletin scolaire, dans sa version libérale, comporte plusieurs formes de validation empruntées à différents champs de savoir, telles que les sciences expérimentales et les sciences juridiques. Voici les principales formes utilisées :

1.   La sacralisation de la note, associée à la certitude et à l’objectivité.

2.   La prétention à l’universalité : la diffusion mondiale du modèle est présentée comme une preuve directe de sa véracité ; plus il est utilisé, plus sa crédibilité s’élève jusqu’au niveau de la certitude.

3.   La prétention à la scientificité : elle se manifeste dans l’imitation du rapport scientifique, adoptant son style d’exposition et laissant les résultats « parler d’eux-mêmes ».

4.   L’emprunt aux méthodes des sciences expérimentales : par la simulation  de la méthode descriptive expérimentale des sciences naturelles du XIXᵉ siècle, qui se limite aux résultats des tests sans aller au-delà des résultats de ces expériences..

5.   L’exploitation du raisonnement formel de manière implicite, en établissant des liens entre les  prémisses et les résultats, tels que : « Qui sème récolte », « Qui travaille réussit », « Le jour de l’examen, l’homme est honoré ou humilié ».

6.   L’exploitation du principe d’égalité  c’est-à-dire traiter tout le monde de manière identique, ainsi tout ce qui s’applique à (A) s’applique également à (B).

7.   La mise en place d’un système légal, semblable à celui du domaine judiciaire, où le juge fonde son jugement sur les faits et sur  la loi.

8.   L’emploi de structures rhétoriques apparemment “logiques” (Logos) afin d’imposer la crédibilité.

9.   Le recours au support papier pour la transmission des résultats, car il est traditionnellement le plus utilisé pour archiver les contrats et les engagements, il fait foi auprès des autorités et sert aussi à la conservation de la mémoire.

Les concepteurs du bulletin scolaire ont ainsi eu recours à ces procédés pour se donner des justifications et des prétextes leur permettant d’arracher la reconnaissance de la légitimité des jugements scolaires, d’obtenir l’acceptation de l’injustice sociale et la tolérance à son égard, tout en entretenant l’illusion que l’école ne distingue les élèves qu’en fonction de leurs talents, et que les décisions et les jugements ont été produits selon les meilleures méthodes scientifiques.

Est-il possible de fonder un modèle communicationnel interactif alternatif doté de nouveaux paramètres conformes à la modernité et à la postmodernité, dépassant les défauts du modèle actuel ?

Partant de sa conviction de la nécessité de l’évaluation et du devoir d’informer les parents des résultats de leurs enfants , le chercheur propose une solution alternative  au modèle traditionnel qui est  décrit selon des termes de paternalisme, d’unilatéralité, de domination, de chosification, de justification, de persuasion et d’influence, inscrits dans des rapports de force et dans  la mise de l’élève dans une situation de classification ou de comparaison.

Il s’agit ici d’élargir les choix communicationnels à la disposition des enseignants  en proposant un modèle communicationnel interactif visant à instaurer une relation fondée sur la coopération, la compréhension, l’égalité, le respect, la reconnaissance, l’encadrement bienveillant et la réciprocité entre l’élève et l’enseignant. Cette approche génère une forme d’estime, renforce la valeur individuelle et confirme la capacité des élèves à maîtriser leur propre destin.

Le modèle communicationnel interactif proposé permet à l’enseignant  et à l’élève de participer à la réflexion sur les moyens de surmonter les difficultés par une discussion interactive  qui permet d’enrichir  l’expérience de l’élève dans l’élaboration de stratégies de réussite et la construction d’une personnalité équilibrée et épanouie.

À cet égard, les TIC offrent de grandes possibilités pour instaurer une situation  interactive. Parmi ces possibilités, on peut citer :

1.   La maîtrise de l’écriture : grâce à la barre d’outils, il est possible d’agir sur la forme de l’écriture, de choisir la taille des caractères (gras ou fin), les couleurs, etc., permettant ainsi de signaler les erreurs à l’aide de codes visuels distincts.

2.   La maîtrise des espaces : les espaces électroniques étant illimités, ils peuvent être modulés selon les besoins.

3.   La possibilité de modification, de renouvellement, d’expérimentation et d’adaptation : le modèle traditionnel sur papier est figé et la moindre modification nécessite des démarches bureaucratiques complexes, tandis que le format électronique peut facilement passer de l’état de stabilité et d’imitation à l’état du changement, d’innovation et de l’expérimentation ; il évolue donc continuellement et s’adapte aux besoins.

4.   La multiplicité des supports : le modèle électronique mobilise divers systèmes de signes — texte, dessins, formes géométriques, son, image — renforçant ainsi le message.

5.   L’immédiateté et la simultanéité : la forme électronique permet une communication instantanée, offrant la possibilité de corriger les erreurs avant qu’il ne soit trop tard.

6.   L’hypertextualité : le modèle numérique est ouvert, chaque page donne accès à d’autres pages, à de liens et des sites. Ainsi, grâce aux liens, on peut accéder au texte de l’épreuve, à son corrigé, ou encore à des exercices qui renforcent la maîtrise des points non assimilés.

Il convient de signaler ici que le ministère de l’Éducation a mis en place, dans le cadre de sa stratégie de communication, une plateforme inachevée sur Internet. Toutefois, l’initiative demeure en deçà des attentes et nécessite davantage d’efforts. Le changement dont nous parlons ne saurait se réduire à l’usage des technologies modernes ; il doit aussi encourager l’initiative, offrir aux enseignants la possibilité d’expérimenter et d’élargir le champ d’expression, plutôt que de le restreindre à travers un programme figé. Le modèle proposé par le ministère reproduit en réalité le modèle papier traditionnel et standardisé.

La plateforme devrait être souple et modulable. Ce changement exige également une révision des références des valeurs  et culturelles, et la mise en place d’un système communicationnel interactif qui ne vise pas seulement à modifier les positions des autres, mais à partager leurs connaissances.

Le changement doit aussi concerner la forme même de la présentation des conseils qui devraient devenir implicites : par exemple, «voici une méthode de travail qui a permis à tes collègues d’améliorer leurs performances. Tu peux l’essayer. Ce type de discours constitue une alternative aux formes de communication paternalistes.

Une telle évolution ne peut se réaliser que par le dialogue, en donnant à l’élève et aux parents la possibilité de faire opposition, de s’exprimer et de formuler leurs préoccupations dans un climat de respect et de reconnaissance mutuels. Cela permet d’écarter le bulletin scolaire de tout usage idéologique et de toute finalité justificative, qui, à travers le discours, visent à « obtenir la reconnaissance de la légitimité des jugements scolaires par tous et à préparer l’acceptation de la hiérarchie sociale qui en découle ».

Enfin, ce changement suppose un minimum de justice sociale et un véritable climat démocratique, afin de faire évoluer le bulletin scolaire vers des objectifs formatifs, émancipateurs et participatifs, à l’image de ce qui se trouve dans les pays socio-démocratiques d’Europe du Nord.

P.S : Ce qui vient d’être  exposé ici n’est qu’une des multiples possibilités.

 

Conclusion

L’analyse du bulletin scolaire en usage a conduit aux conclusions suivantes :

  • Contrairement à ce qu’on prétend au sujet du bulletin scolaire (scientificité, universalité, neutralité)  celui-ci n’est pas détaché de la société ni des conflits d’intérêts qui la traversent. Il est au service de la classe dominante et du modèle masculin.
  • L’architecture du bulletin scolaire en usage encadre  des références politiques, culturelles, sociales et intellectuelles dominantes au XIXᵉ siècle.
  • Il existe un système de règles global qui organiset tous les éléments constitutifs du bulletin, fondé sur une logique argumentative et justificative qui vise à légitimer les résultats et les jugements plutôt qu’à les expliquer.
  • Pour gagner la confiance et l’adhésion du destinataire, les concepteurs ont recouru à  des procédures de légitimation issues de champs de savoir hautement crédibles comme  la logique formelle, les sciences expérimentales, le droit et d’autres procédés rhétoriques.

Ainsi, les concepteurs ont mobilisé les normes de la science, la rhétorique du droit et la logique statistique, non pas dans un souci d’objectivité, mais à des fins idéologiques pour justifier la classification  sociale et mystifier la conscience.

De ce point de vue, le modèle du bulletin scolaire analysé relève des discours idéologiques nuisibles à l’image que l’élève a de lui-même. Il s’agit donc d’un modèle traditionnel non éthique, qu’il convient de repenser à la lumière de références modernes permettant aux élèves et aux éducateurs d’exprimer librement leurs points de vue dans un cadre sûr fondé sur le respect et l’égalité.

D.Mohamed Besbes conseiller Général  de communication et d’orientation.

        Traduction ; Mongi Akrout, inspecteur général de l’éducation

Pour accéder à la version Arabe, cliquer ICI



 

[1] Austin,j.l,how to do things with word, 2ed. cambridge, Harvard university Press. 2005 .P 3.

[2] Searle ,J.R Les actes de langage essai de philosophie du langage,Paris, Hermann,1972.pp.52_55.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire