dimanche 5 avril 2026

​ Vers un horizon éducatif affranchi de la violence

 

Dr Kamel Hajjem

Le blog pédagogique propose à ses lectrices et ses lecteurs  un article de la plume du Dr Kamel Hajjem sur le fléau de la violence en milieu scolaire.

 L’article analyse la violence scolaire selon une approche éducative globale, en soulignant ses déterminants psychologiques, sociaux et culturels, et en dépassant les réponses purement répressives.


 Il considère la violence comme le symptôme d’un déficit dans la construction de la personnalité et d’un vide axiologique, appelant ainsi à passer d’une logique de contrôle externe à une logique de formation interne. L’éducation, entendue comme construction intégrale de l’être (conscience de soi, empathie, responsabilité et valeurs), apparaît dès lors comme le levier préventif le plus efficace pour instaurer un climat scolaire apaisé et développer une immunité humaine transformant les dynamiques de violence en dynamiques de construction.

 

 

​Ce dont nous sommes témoins aujourd'hui — cette convergence des efforts entre les institutions éducatives (école, famille, médias) pour traiter le phénomène de la violence scolaire — représente un "instant décisif" et une prise de conscience sociétale aux résonances profondes. Dans ce climat d’interaction positive, et avec la conviction que la lutte contre ce fléau ne réside pas dans l’hyper-surveillance ou l’arsenal répressif, mais plutôt dans un retour aux fondements intellectuels de l'éducation, je me sens investi d’une responsabilité éthique. C'est un devoir citoyen qui me pousse à sonder les causes abyssales de ce dilemme, loin des remèdes de surface qui ne traitent que les symptômes.

​La violence est l’un des défis les plus complexes et les plus protéiformes auxquels se heurtent nos institutions. À notre sens, elle ne peut en aucun cas être réduite à un facteur unique, ni expliquée par une vision simpliste qui ne s’arrêterait qu’à ses manifestations exogènes. C’est un phénomène qui exige une méditation méticuleuse sur ses causalités directes et latentes, ainsi qu’une réflexion sur les corrélations possibles entre ces facteurs générateurs de périls.

​Dans cette architecture complexe, s'entremêlent des dimensions psychologiques, sociales, économiques et culturelles dont les racines sont aussi profondes que leurs expressions sont diverses :

Les dimensions psycho-individuelles : L'individu cède souvent à l’attrait de la violence par défaillance du sentiment d’appartenance, par quête identitaire, ou sous le poids de pressions sociales et d’un sentiment d’injustice. La gravité de ces failles réside dans leur possible instrumentalisation par autrui. Ainsi, les traumatismes antérieurs ou les troubles psychiques deviennent des vecteurs de vulnérabilité face à la pulsion violente.

Les dimensions socio-économiques : L'échec scolaire, le chômage, la marginalisation et l'absence de perspectives créent un terreau fertile au désespoir. Dans ces zones de précarité, la violence s'immisce comme une "illusion de solution", masquant la réalité du malaise et l'essence des remèdes possibles.

L’ère numérique : Les réseaux sociaux facilitent désormais la propagation d’une violence virtuelle et transfrontalière, offrant des plateformes de mobilisation où la désinformation et les idées délétères circulent avec une célérité redoutable.

​Face à ces enjeux, la violence n'est plus un simple comportement éphémère, mais une menace structurelle pour le tissu social et le développement humain. Fort de cette analyse, ma conviction s'ancre dans l'idée que la solution réside dans les trésors enfouis de l'éducation, capables d'édifier des remparts de paix dans l'esprit des jeunes.

​Ma foi inébranlable en l'idée que "L'Homme est la solution" m'amène à adopter une vision éducative centrée sur l'individu en tant qu'entité autonome. Il s'agit de façonner son humanité dans toutes ses dimensions : affective, cognitive et axiologique (valeurs). La violence est, par essence, l'expression d'un "vide humain" ou d'un achoppement dans la construction de la personnalité. Ma contribution propose donc une transition paradigmatique : passer d'une "éducation de la conformité" à une "éducation de l'être".

​L'éducation, dans sa noblesse, est une œuvre de "sculpture de l'humain" et non un simple remplissage cognitif. Investir les ressources philosophiques de l'éducation authentique est l'unique voie pour forger une "immunité intrinsèque". L'individu accompli perçoit la violence comme une déchéance de sa propre dignité avant qu'elle ne soit une agression envers autrui. C'est là le cœur de la prophylaxie sociale que nous appelons de nos vœux.

​Cette approche, qui privilégie la "construction intérieure" sur le "contrôle extérieur", traite la racine plutôt que l'écume, à travers :

​La conscience de soi : En saisissant sa propre valeur, l'individu résiste aux pulsions destructrices.

​Le développement de l'empathie : Comprendre l'Autre est l'antithèse absolue de la violence.

​L'équilibre des valeurs : L'autonomie et la responsabilité individuelle transforment l'individu en son propre arbitre, rendant superflue toute autorité répressive.

​L'objectif de cette réflexion est de poser une pierre à l'édifice d'un climat scolaire où l'individu est une fin en soi et non un moyen. Il s'agit de métamorphoser l'institution éducative : d'un simple lieu d'acquisition scolaire vers un espace de construction de la personnalité, où les parents deviennent des partenaires de dialogue et d'accompagnement plutôt que des vecteurs de coercition.

​Si l'approche répressive reste parfois nécessaire, elle demeure insuffisante. Elle doit impérativement s'intégrer dans une stratégie éducative globale et préventive, axée sur :

​Le renforcement de la pensée critique et de l'esprit de questionnement.

​L'ancrage des valeurs de tolérance et du respect de l'altérité.

​La forge d'une identité positive et d'un sentiment d'appartenance.

​Le développement de l'intelligence émotionnelle.

​L'enseignement de la citoyenneté universelle.

 

​Dr. Kamel Hajjam

Février 2026

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