dimanche 19 avril 2026

Les décisions du Conseil des ministres du mercredi 27 août 2014 concernant les questions éducatives.


Fathi Jarray

Le Blog pédagogique publie cette semaine un document datant de 2014[1], émanant du cabinet du ministre de l’Éducation et adressé aux directeurs généraux ainsi qu’aux délégués régionaux de l’éducation, afin de les informer de l’ensemble des décisions prises par le Conseil des ministres réuni le mercredi 17 août 2014, et relatives aux affaires éducatives.

Le document comprend 25 décisions, réparties en six volets :

-les conditions de la rentrée scolaire,

-la révision des matières, des coefficients et des horaires,

-la révision des modalités de valorisation du contrôle continu et du rachat au baccalauréat,

-la révision des parcours d’études et du système des évaluations nationales (sixième et neuvième),

-la sécurisation des examens nationaux,

-la révision des mécanismes de formation des enseignants, de leur recrutement et de la gestion de leur carrière.

Il convient de signaler que ces décisions constituent la traduction concrète des recommandations d’un colloque organisé par le ministère de l’Éducation au début du mois d’août, auquel ont participé de nombreux acteurs : cadres du ministère de l’Éducation, universitaires, inspecteurs pédagogiques du primaire et du secondaire, ainsi que des enseignants des cycles primaire, préparatoire et secondaire.

Nous avons cherché à suivre le devenir de ces différentes mesures et le degré de leur mise en œuvre. À cette fin, nous avons contacté plusieurs collègues et amis qui nous ont aidés dans cette démarche : MM. Riadh El Ksentini (inspecteur général de l’enseignement primaire), Chokri Jemai (inspecteur général de l’enseignement secondaire, spécialité arabe), Omar Ouelbani (ancien directeur général des examens) et Jamil Bouabda (Direction générale des examens). Qu’ils soient tous vivement remerciés pour les informations qu’ils nous ont fournies.

Il s’est avéré que le changement de gouvernement et de ministre remet aux tiroirs et aux oubliettes le travail et les mesures du gouvernement précédent ce qui constitue une perte de temps qui impacte le devenir de l’école tunisienne.

 

1)    Les conditions de la rentrée scolaire 2014-2015.

§  Assurer toutes les conditions possibles pour la réussite de la rentrée scolaire.

§   Finaliser la rentrée scolaire à la date fixée par l'autorité de tutelle, (le 15 septembre 2014).

§  Équiper les écoles dépourvues d'eau potable de réservoirs d'eau non permanents avant la rentrée scolaire.

2)    Révision des matières, des coefficients et des horaires.

§  Révision des coefficients des domaines fondamentaux de l'enseignement primaire. (dédoublement du coefficient du domaine de la langue arabe et du domaine des sciences et ajout d'un demi-point au coefficient du domaine des langues étrangères) à compter de l'année scolaire 2014-2015.

§   Intégration du français aux programmes officiels de l'enseignement primaire à partir de la deuxième année et de l'anglais à partir de la troisième année, à compter de l'année scolaire 2015-2016.

§   Révision de la répartition horaire de la matière d'économie dans l'enseignement secondaire.

Commentaire 1 – Concernant l’enseignement primaire
Aucune modification n’a été apportée aux coefficients des matières au niveau de l’enseignement primaire. De même, l’introduction des langues française et anglaise, telle que prévue dans le document, n’a pas été mise en œuvre. Il a fallu attendre l’année scolaire 2021-2022 pour voir la généralisation de l’enseignement du français à partir de la deuxième année et de l’anglais à partir de la quatrième année, dans le cadre de l’objectif stratégique annoncé dans le plan sectoriel, visant l’introduction précoce des langues.

 

§   Ajout d'une heure d'enseignement hebdomadaire pour l'arabe pour les troisième et quatrième années de l'enseignement secondaire dans les sections scientifiques et techniques.

Commentaire 2 – Concernant l’enseignement secondaire

·        Pour la matière économie, nous n’avons pas pu obtenir d’informations précises.

·        En ce qui concerne la langue arabe, M. Chokri Jemaii nous a indiqué qu’« une heure a été ajoutée au volume horaire hebdomadaire de l’arabe : celui-ci est passé à trois heures pour les classes de troisième des sections scientifiques, et à deux heures pour les classes de quatrième des sections scientifiques, au lieu  d’une seule heure par semaine ».

 

3)    révision de la formule du calcul de la moyenne finale et du rachat au baccalauréat.[2]

§  Révision de la formule de calcul de la moyenne finale au baccalauréat en adoptant un pourcentage de 20 % dans la moyenne annuelle au lieu de 25 % à condition que l'écart entre la moyenne d'examen et la moyenne annuelle ne dépasse pas trois points afin de garantir la qualité et l'équité.

§   Révision des conditions de rachat à la session principale et la session de contrôle  pour ceux qui ont une moyenne d'au moins 10 sur 20 au cours de l'année d'une manière qui garantit l’intérêt de l’élève et la qualité des outputs du système éducatif.

Commentaire 3- s’agissant de la révision de la formule du calcul de la moyenne finale et du rachat au baccalauréat

Un pourcentage de 20 % de la moyenne annuelle a été adopté, et les conditions du rachat ont été révisées lors de la session 2015. Parmi les principales nouvelles conditions figure le relèvement de la moyenne des deux matières spécifiques de 8 à 9 sur 20, ainsi que l’introduction d’une note  éliminatoire (une note inférieure à 4 sur 20 dans l’une des matières obligatoires[3]). Toutefois, cette condition a été par la suite annulée, avec un retour à l’ancienne règle (ne pas obtenir la note zéro), par décision du nouveau ministre de l’Éducation, Néji Jalloul[4], successeur de Fathi Jarray.

 

4)    Révision des parcours d'études et du système des principales stations  d'évaluation.

§  La généralisation progressive de l'année préparatoire sur une période n'excédant pas cinq ans, tout en garantissant sa gratuité dans les établissements scolaires prioritaires, conformément à un plan précisant le calendrier et les ressources humaines et matérielles nécessaires.

§  La généralisation de l'examen de fin d'études primaires (examen de sixième année) à compter de l'année scolaire 2014-2015, et son caractère obligatoire.

Commentaire 4-

S’agissant de la généralisation de l’examen de fin de l’enseignement primaire et de son caractère obligatoire à partir de l’année scolaire 2014-2015, une correspondance a été adressée à l’Assemblée des représentants du peuple en vue de la modification de l’article 60 de la loi d’orientation n° 80 du 23 juillet 2002 relative à l’éducation et à l’enseignement scolaire, le changement du gouvernement a stoppé toutes les démarches en vue de son application, le livre blanc a repris le principe mais il va connaitre le même sort.

 

§   L'autorisation d'organiser une vaste consultation sur la possibilité d'ouvrir deux parcours d'études interconnectés,(un parcours de base et un parcours technique) au collège, à compter de l'année scolaire 2015-2016, dans le cadre du dialogue sociétal sur les questions éducatives que le ministère de l'Éducation entend lancer au dernier trimestre 2014, en coopération avec la société civile.

Commentaire 5

Il n’y a pas eu de consultation sur les deux parcours au collège : l’un  assure un enseignement général et l’autre parcours technique.

 

§  La généralisation de l'examen de fin d'études de l’enseignement de base (examen de neuvième année) à compter de l'année scolaire 2017-2018, et son caractère obligatoire.

Commentaire 6

Cette mesure ne fut pas appliquée pour les mêmes raisons évoquées ci-dessus pour l’examen de sixième.

 

§   Rationalisation des procédures  de l’organisation des épreuves pratiques du baccalauréat et soutien à la tendance à leur décentralisation.

Commentaire 7

Cette décision est entrée en vigueur à partir de la session 2015. Elle a été renforcée par l’adoption de la transmission numérique des sujets des épreuves pratiques et orales, directement vers les centres d’examen, à compter de la session 2018.[5]

 

5)    Œuvrer de la protection des examens nationaux.

§  Coordonner avec le ministère de la Justice, des Droits de l’Homme et de la Justice transitionnelle pour l’élaboration d’un texte juridique criminalisant toute forme d’agression contre le système national des examens, les espaces qui les accueillent, les responsables de ceux-ci, les enseignants et les moyens des travailleurs des établissements d’enseignement.

 

Commentaire 8

En ce qui concerne la promulgation d’une loi e criminalisant toute forme d’agression contre les examens nationaux, le ministère de l’Éducation a entamé sa mise en œuvre en élaborant un projet de texte législatif, qui n’a toutefois pas été promulgué.

 

§   Approuver le principe de la création d’un comité élargi pour la protection des examens nationaux et le suivi de leur organisation et de leur déroulement.

§  Réviser les textes juridiques relatifs à la lutte contre la fraude électronique et à sa prévention.

Commentaire 9

Les arrêtés visant la lutte contre la fraude et les mauvaises conduites ont connu plusieurs amendements en 2017, 2018 et 2019 dans le sens de plus sévérités[6]

 

§  Renforcer les systèmes de contrôle électronique en les développant et en prenant les mesures techniques nécessaires pour prévenir, détecter et perturber les tentatives de tricherie électronique.

Commentaire 10

Quant au renforcement des systèmes de contrôle électronique anti fraude, des mesures ont été prises dès la session 2015 , pour cela le ministère a acquis des équipements pour   brouiller les communications à l’intérieur des centres d’examen.

                                                                           

6)    Révisions des mécanismes de la formation des enseignants, leur recrutement  et la gestion de leurs parcours

§  Approbation du principe de création d'une structure académique pour la formation des enseignants et leur offrir une formation spécialisée et pédagogique, en partenariat avec le ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et des Technologies de l'information et de la communication.

§   Garantie de l'égalité des chances en matière d'emploi dans le secteur de l'éducation et instauration du principe du recrutement fondé sur la compétence et le mérite.

§  Garantie de la transparence des nominations et des mutations.

§  Abandon progressif du système de roulement.

§  Revalorisation de l’indemnité des heures supplémentaires effectuées par les enseignants du primaire et du secondaire, (en la multipliant environ par cinq), afin de les inciter à les faire.

§  . Rationalisation de la gestion du phénomène des absences, en coopération avec le ministère de la Santé.

Commentaire 10

- Au sujet de la création d'une structure académique pour la formation des enseignants, dès 2016 une licence appliquée en sciences de l’éducation a été mise en place pour former les professeurs des écoles primaires dans six instituts supérieurs, quant à la formation des professeurs des collèges et des lycées, un projet a été conçu mais il fut enterré, le recrutement « fondé sur la compétence et le mérite » est resté un vœu pieux.

 

- la revalorisation de la rémunération des heures supplémentaires[7] a été  réalisée par le décret du 9 septembre 2014,qui a été modifié en 2018.l’indemnité varie entre 14 et 11 dinars l’heure supplémentaire selon le grade.

  

 

Présentation et commentaires par Mongi Akrout, inspecteur général de l’éducation

Tunis, janvier 2026

Pour accéder à la version ARABE, cliquer ICI



[1] En été 2014, la Tunisie était dans une période de transition politique, marquée par l'adoption de la nouvelle Constitution  et la préparation des premières élections de l'après-révolution. La situation était tendue en raison de la persistance du terrorisme, de problèmes économiques, et de manifestations sociales récurrentes.

 

[2] H.Bouhouch&M.Akrout (2018). – Quoi de neuf au baccalauréat  - 11/04/2008

https://bouhouchakrout.blogspot.com/2018/06/quoi-deneuf-au-bac-2018-le-baccalaureat.html#more

[3]  Arrêté du 5/12/2014  modifiant l’arrêté du 24/4/2008  relatif à l’organisation de l’examen du baccalauréat

 

[4] Arrêté du ministre de l'éducation du 6 mai 2015, modifiant  l'arrêté du 24 avril 2008, relatif au régime de l'examen du baccalauréat.

 

[5] Arrêté du ministre de l'éducation du 5 décembre  2014, modifiant l'arrêté du 24 avril 2008, relatif au régime de l'examen du baccalauréat.

 

[6]  Arrêté du ministre de l'éducation du 21 mars  2017, modifiant l'arrêté du 24 avril 2008, relatif au régime de l'examen du baccalauréat et l’arrêté du 5 février   2018 , et l’arrêté du 15 mai 2018 et l’arrêté du 2 avril 2020.

 

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