lundi 21 mars 2016

le plan stratégique sectoriel de l’éducation 2016-2020


Présentation du document
Le ministère de l’Education Tunisien vient de rendre public un document de référence d’une grande importance ; il s’agit du « plan stratégique sectoriel de l’éducation 2016-2020 », préparé par la commission sectorielle chargée de la préparation du plan stratégique pour l’éducation.

 Le blog pédagogique a pensé utile de  consacrer la note de cette semaine
 à le présentation de ce document  à ses lectrices et ses lecteurs.
Il s’agit d’un document de 242 pages, présenté avec beaucoup de soin, et riche en statistiques et en graphiques en couleurs ; il comporte 4 chapitres ou parties :

Le premier chapitre : les grands choix, les orientations et les politiques[1] : ce chapitre est constitué de deux parties, qui sont :
      I.            Le diagnostic de la situation de l‘éducation depuis la révolution (2010 -2014).
   II.        Définition des orientations stratégiques pour la période 2016-2020.

Le deuxième chapitre : Diagnostic de la réalité quantitative et qualitative du système éducatif[2]  :il est composé aussi de deux parties :
      I.            Les résultats quantitatifs et qualitatifs enregistrés au cours des cinq dernières années (2010 - 2014).
   II.            Les conclusions et les problèmes
Troisième chapitre : les principes, les objectifs et les programmes :[3] Il est constitué de trois parties :
      I.            La première partie est consacrée au « cadre général du plan quinquennal du secteur de l’éducation », c'est-à-dire aux principes généraux, à la mission et aux fonctions de l’école, et aux caractéristique de l’élève qui achève sa scolarité, et à son profil.
Le plan a défini huit principes généraux qui sont :
1.    L’éducation et l’enseignement sont deux priorités nationales à la charge de l’état.
2.    Un enseignement public et gratuit dans tous les cycles, y compris l’enseignement préscolaire.
3.    Le droit de tous les enfants à l’enseignement préscolaire.
4.    La scolarisation est obligatoire jusqu’à l’âge de 16 ans.
5.    Un enseignement unifié de grande qualité qui tient compte des spécificités et des besoins individuels.
6.    Le respect de la dignité de l’apprenant.
7.    L’éducation au service du développement durable.
8.    La neutralité de l’établissement scolaire.
A coté de ces principes généraux, le plan a défini sept (7) caractéristiques de l’élève qui achève la scolarité obligatoire ;   ainsi, l’école devrait former un citoyen:
1.    libre, imbu des principes et des valeurs inclus dans la constitution.
2.    Entreprenant, créateur et actif.
3.    Capable d’assumer ses responsabilités dans la vie et dans le travail.
4.    Avec une personnalité équilibrée dans ses dimensions cognitives, affectives et axiomatiques.
5.    Qui maîtrise les compétences du XXIème siècle.
6.    Enraciné dans son identité et ouvert sur les valeurs universelles.
7.    Capable de communiquer positivement avec son environnement.
   II.            La deuxième partie a été consacrée à la présentation des objectifs stratégique du plan quinquennal, qui sont au nombre de neuf, ( 9),  il s’agit de :
1.    Réaliser le principe de l’équité et l’égalité des chances ;  rappelons que ce principe est était toujours présent dans les discours et dans les différents projet de réforme comme  le projet de loi de 1988 qui  avait inscrit cette question dans le chapitre premier, article 3,  dans les termes suivants : garantir l’égalité des chances en ouvrant les portes des différents cycles de l’enseignement devant tout enfant, selon ses compétences ,  et en lui offrant plusieurs choix pour répondre à la diversité des besoins et des dons. Et enfin, en prenant les mesures adéquates pour aider les élèves des milieux défavorisés à poursuivre leurs études.
2.    La révision de la carte scolaire.
3.    Améliorer les compétences des ressources humaines.
4.    Améliorer les acquis des élèves et leurs apprentissages
5.    Développer la vie scolaire
6.    Réorganiser l’enseignement du second cycle de l’enseignement de base et l’enseignement secondaire.
7.    Combattre l’échec et l’abandon scolaire.
8.    Développer les technologies de l’information et des communications et leur utilisation dans l’enseignement et dans l’apprentissage.
9.    Consacrer les principes de la bonne gouvernance au sein du système éducatif.
III.            La troisième partie est consacrée à la présentation de la matrice du cadre logique du plan ; il s’agit de partir de chaque objectif stratégique pour arriver aux objectifs généraux, puis aux objectifs spécifiques ou opérationnels, selon le schéma suivant :

Objectifs spécifiques
Objectifs généraux
Objectifs stratégiques
2-1-1. Associer les localités et les régions pour mettre en place un plan pour intégrer les établissements
2-1. Revoir la carte scolaire
2 - Réviser la carte scolaire
2-1-2 .Mobiliser tous les moyens matériels, humains et administratifs pour l’exécution du plan.
2-1-3. Prévoir un plan pour supprimer les classes à plusieurs niveaux
2-2-1.Planifier les extensions et les créations en tenant compte des prévisions de l’expansion du peuplement
2-2. Etablir une vision prospective sur l’expansion des établissements scolaires
2-2-2. Réduire le nombre des classes surchargées dans l‘optique de leur suppression.
2-2-3. Fournir le réservoir foncier pour accueillir les extensions et les nouvelles créations.
Source : le plan stratégique, p 68.
Le quatrième chapitre : le plan exécutif de la réforme du système éducatif[4]
Ce chapitre a repris  chaque objectif parmi les neuf objectifs déjà présentés pour fixer les indicateurs  qui permettent de juger du degré de l’atteinte de l’objectif, les différentes mesures, le calendrier d’exécution  et les parties chargées de la réalisation et du suivi ; pour illustrer cette démarche, nous citons un exemple parmi les objectifs généraux : il s’agit de l’objectif 3.1 : «  Consolider la discrimination positive et développer ses mécanismes » ; cet objectif est une composante de l’objectif stratégique N°1 : ( Réaliser le principe de l’équité et de l’égalité des chances) ; le plan a choisi l’indicateur suivant «  de l’ancienneté moyenne des enseignants par région »[5] .  
Quelques remarques au sujet du document
Il s’agit d’un important document, très  riche en informations ; sa publication sur le site du Ministère est une bonne initiative ;elle permet à toutes les personnes qui s’intéressent aux affaires de l’éducation en Tunisie de le consulter facilement ; il met à la dispositions  des chercheurs en éducation et autres des données qu’ils peuvent exploiter dans leurs études ( Nous comptons les utiliser  dans les prochaines semaines pour traiter de questions pédagogiques comme la question de l’évaluation, ou celle de l’enseignement privé ou de la formation des enseignants…) ; en attendant nous tenons à faire quelques  remarques sur le rapport.
§  Première remarque : L’absence de mise à jour de quelques données statistiques relatives à certaines questions (bien qu’elles étaient disponibles au moment de la rédaction du rapport), nous citons à titre d’exemple :
-         Le volume des crédits alloués aux travaux d’entretien  des collèges et des lycées : le graphique N°9 ( page 30)  relatif à l’évolution des crédits alloués à ce titre s’arrête à l’année scolaire 2013 ; on se demande pourquoi les données relatives aux années 2014 et 2015 n’avaient pas été indiquées, surtout que le ministère en a fait une priorité au cours de l’été 2015, et qu’il a affirmait que les crédits avaient atteint un niveau exceptionnel, jamais enregistré auparavant.  
-         Le coût de l’élève  au collège et au lycée : le graphique  n°10 , page 40 ; les données s’étaient arrêtées en 2012, on aurait souhaité avoir les  chiffres  des années 2013, 2014 et 2015,  et surtout des indications précises et détaillés  sur les différents éléments qui étaient à la base du calcul de ses coûts, et comment expliquer cette hausse vertigineuse des coûts au cours des cinq dernières années.
-         Les résultats de l’examen du baccalauréat : graphique 2 et graphique 3 (pp 10 et 11), le rapport a travaillé sur les données de la session 2011-2012, alors que les données de la dernière session 2016 étaient disponibles.
§  Deuxième remarque : L’association,  dans le même paragraphe,  de mesures structurelles et de mesures partielles ou ponctuelles,  comme c’était le cas , au niveau de l’objectif 4.3.5 relatif à la «  mise en place des évaluations nationales générales et obligatoires pour tous les élèves », où on  a intégré  la mesure qui concerne «  la suppression de la prise en compte des 20% au baccalauréat » ; il s’agit là d’une mesure partielle incluse dans le cadre d’un objectif stratégique ( utilisation d’examen nationaux certificatifs et servant de moyens d’orientation » ; il aurait été plus pertinent de l’exprimer autrement, en posant la question sous une forme plus générale et structurelle comme : la place du contrôle continu dans les examens nationaux.
§  Troisième remarque :Le caractère imprécis des indicateurs choisis pour vérifier le degré de réalisation des objectifs ; en effet on constate que le rapport s’est limité à une simple énumération des indicateurs sans leur donner des valeurs chiffrées ( pour revenir à l’exemple cité plus haut : l’indicateur «  de l’ancienneté moyenne des enseignants par région » :  quel est le niveau de  l’ancienneté  choisi comme base de comparaison ? Et quelle proportion doit- on atteindre dans les régions dites défavorisées ? ) Il nous semble qu’un bon indicateur devrait être un critère quantifiable pour pouvoir mesurer de façon précise ; or l’absence de cela va rendre le suivi de la réalisation des objectifs presque impossible.
§  Quatrième remarque : L’absence d’une étude du coût de toutes les mesures prévues par le plan ; cela nous semble très étrange pour un plan stratégique ; cette absence menace le devenir du plan même ; quel sera son coût, quelles seront les sources de financement, le budget de l’état serait capable de le supporter dans cette conjoncture difficile marquée par de lourds déficits ?
§  Cinquième remarque : le plan comporte plusieurs nouveautés et reprend plusieurs mesures qui étaient inscrites dan les anciens plans ou les anciennes réformes dont certaines remontent à 1988 ; nous y reviendrons dans nos prochains papiers.   

Hédi Bouhouch & Mongi Akrout, inspecteurs généraux de l’éducation.













[1] De la page 3 à la page 25 (total de 22 pages)
[2] De la page 26 à la page 58 (total de 32 pages)
[3] De la page 59 à la page 75 (total de 16 pages)
[4] De la page 76 à la page 238 (Total 160 pages)
[5] Le critère n°2 p 90.

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