lundi 28 septembre 2015

A propos de le réforme éducative : les références

Avant propos

 
Le blog pédagogique ouvre pour la deuxième fois ses pages à   notre collègue Amor Bennour , Inspecteur général et Directeur de l’Inspection générale  depuis sa création au début des années quatre vingt dix contribuant à la mise en place de cette noble  institution, pour poursuivre ses réflexions sur les réformes éducatives (A propos de la réforme du système éducatif)
  et pour parler cette fois des références des réformes en mettant en avant deux principes fondamentaux , le premier est la nécessité d’assurer la continuité entre les réformes , le deuxième est la nécessité de faire une évaluation scientifique et rigoureuse de la réforme précédente avant d’enclencher toute nouvelle réforme.
Nous sommes heureux de céder la parole à M° bennour ;  nous souhaitons que d’autres collègues suivent l’exemple de Si Amor  pour enrichir la scène nationale  de leurs expériences, le blog pédagogique leur est toujours ouvert.


Hédi Bouhouch  et Mongi Akrout



Les références juridiques

On a essayé dans un article précédent de présenter le cadre général de la question de l’éducation en évoquant les principes généraux dont devrait tenir compte  toute réforme éducative, nous avons voulu, dans cette deuxième note, rappeler les références des réformes afin de voir les points forts et les points faibles de notre système éducatif entre la pratique et la théorie.
L’observateur qui suit  les débats sur la question de l’éducation sur la scène politique  et sur les plateaux de télévision ou ce qui s’écrit dans la presse , remarque l’inquiétude des intervenants en particulier et de la société en général quant à l’avenir de la jeunesse ; tous  accusent l’école et la rendent responsable  de tous les maux de la société et expriment leur insatisfaction quant au rendement de l’école et appellent à l’ouverture  du dossier  de l’enseignement et de l’éducation de nouveau et revoir ses choix essentiels.

Depuis la révolution, tous les ministres de l’éducation avaient brandi l’emblème de la réforme, tout en sachant qu’ils étaient incapables de la faire à cette étape de l’histoire du pays, d’ailleurs ils ont bien fait de ne rien faire.
Nous avons pensé , avant de parler de la réalité de l’école tunisienne , qu’il serait utile  de rappeler les fondements des réformes ( les précédentes et l’actuelle) afin de permettre au lecteur de saisir la réalité de notre éducation et  la situation de notre école aujourd’hui et afin qu’il sache que toute réforme s’est construite sur les acquis de les réformes  précédentes et que toute réforme a ajouté de nouveaux acquis non négligeables, et que toutes les  tentatives de réformes  qui veulent faire table rase du passé , sous quelques dénominations, sont vouées à l’échec.

Le cadre juridique de l’éducation en Tunisie
1.    Les réformes
La Tunisie a connu depuis l’indépendance trois lois  qui avaient organisé l’éducation et l’enseignement, elles ont fixé les finalités de l’éducation, les types d’institutions, les cycles et les contenus de l’enseignement.
La première de ces lois est celle de 1958 dont les principales caractéristiques étaient : la tunisification de l’enseignement c'est-à-dire la  fondation d’un enseignement national unifié, ouvert à tous les enfants tunisiens sans distinction d’ordre social, religieux ou de genre, gratuit dans tous les cycles et obligatoire dès l’âge de six ans.
La deuxième loi est celle de 1991, elle a consolidé les principes et les  valeurs humanistes  de la loi de 1958 et mis en place l’enseignement de base et elle a adopté la pédagogie par objectif et d’autres nouveautés qui visent à développer chez l’élève le sens civique et l’ouverture sur la modernité et la civilisation universelle.
 La troisième fut la loi d’orientation sur l’éducation et l’enseignement scolaire de 2002[1], nous allons nous attarder sur cette dernière puisqu’elle  est encore en cours.
Cette loi, tout en réaffirmant les principes et les valeurs fondateurs de l’école depuis l’indépendance, a introduit des nouveautés organisationnelles et pédagogiques essentielles ; l’importance de cette loi , de mon point de vue , c’est qu’elle fut conçue sur la base du projet de l’école de demain , qui était le fruit du travail  et de l’effort des spécialistes de l’éducation ; sa préparation avait pris une longue période au cours de laquelle ,furent organisés, plusieurs ateliers, et conférence internationale avec la participation de spécialistes tunisiens et étrangers dans le domaine des réformes éducatives , tout ce travail a été clôturé par  des consultations régionales et nationales, pour arriver à un consensus national sur le document final de l’école de demain ; cette référence essentielle était le produit des efforts de spécialistes en éducation  et  mais aussi des efforts d’autres spécialistes proches de l’éducation.
L’élaboration du document avait pris beaucoup de temps , c’était une sorte d’atelier ouvert  de réflexion et de consultation , entrecoupé par l’organisation d’une conférence internationale  à laquelle furent conviées des personnalités tunisiennes et  des personnalités étrangères venues de pays qui sont considérés comme des pionniers dans le domaine des réformes scolaires ; tout ce travail fut suivi par des consultations régionales et centrales pour arriver à un large consensus autour du projet de réforme .
Le document référence de l’école de Demain [2]avait chargé l’école  de trois  fonctions qui sont : l’éducation , l’instruction et la qualification, c'est-à-dire qu’on s’instruit pour connaitre et on s’instruit pour agir et on s’instruit pour être , car apprendre les savoirs seuls n’a pas de sens s’il n’est pas lié à l’apprendre pour faire et l’apprendre pour agir , le savoir qui  ne se traduit pas en action ne peut pas être bénéfique pour la société , et même si ce type de savoir existe  il n’est guère du ressort de l’école ; l’acquisition du savoir et la préparation au travail resteront inachevées si l’école  ne s’occupe pas de l’éducation du citoyen , et du développement de sa personnalité.
En se basant sur ces références, le nouveau système éducatif a centré sur les principaux points suivants :
-         L’éducation est une priorité nationale absolue[3] ( art 1)
-         L’élève est au centre de  l’action éducative ( art 2)
-         l’école  a parmi ses missions, celle d’élever les jeunes dans les valeurs humaines (amour de la patrie, l’appartenance à une civilisation, le vivre ensemble, la tolérance, le travail…et aussi  celle de préparer les jeunes à adhérer à la société mondiale moderne.
-         l’institution scolaire « est une structure pédagogique à part entière » )art 6(
-         l’évaluation est un élément essentiel qui concerne toutes les composantes  du système (les acquis des élèves, le travail des enseignants, les établissements et le rendement du système).
-         la recherche et l’innovation sont les deux moteurs essentiels pour faire progresser le système continuellement.
La loi fut accompagnée par un document appelé : «   le programme de la mise en œuvre du projet de l’école de demain 2002-2007 »[4]  qui a fixé les grandes orientations de la nouvelle réforme éducative , le calendrier d’application des nouvelles mesures arrêtées, il s’agit d’un excellent document ,c’est une sorte de tableau de pilotage  pour les responsables de la réforme , mais malheureusement il n’y pas eu une évaluation  de la mise en place du programme , qui nous aurait informé sur les réalisations qu’on a réussi et  sur nos échecs , cette évaluation nous aurait permis de chercher les causes de ces échecs et de déterminer les responsabilités  pour réguler le processus de réforme , pire que ça , on n’a pas prévu un programme pour la période qui vient après 2007 pour poursuivre la réforme et rectifier ce qui devrait être rectifié et s’il n’y avait pas le plan (2007-2011) du gouvernement on serait tenté de dire que l’éducation  naviguait depuis cette date sans but clair.
2.    Le 11ème plan (2007-2011) pour l’éducation
Nous allons nous limiter à énumérer les principaux objectifs du plan :
-         Faire face à l’échec scolaire
-         Renforcer les bases de la qualité
-         Améliorer les conditions des études
-         Mettre en place l’école de la société de l’informatique et répandre la culture numérique
-         Mettre en place une école qui inter réagit avec son environnement
-         Promouvoir la vie scolaire
-         Promouvoir l’enseignement privé
Tout le monde sait que ce plan a été rattrapé par la révolution de 2011 avant son terme , et  il fut suspendu , et depuis  l’éducation  avance sans boussole ( comme tous les autres secteurs d’ailleurs) , et en l’absence d’une évaluation scientifique et rigoureuse , qui confirmerait ou non les différents avis sur cette réforme de 2002 , l’impression répandue  , aujourd’hui est plutôt négative  , la qualité des output est en deçà des attentes et des objectifs , ce qui a été réalisé est infiniment moins important que ce qui ne l’a pas été  encore,  et enfin les réalisations n’ont pas  été au niveau de ce qu’attendait la société de son école ( à suivre).

Amor Bennour , Inspecteur Général de l’éducation
Traduit par Hédi Baccouche et Mongi Akrout

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