dimanche 30 mars 2025

La formation continue : comment l'évaluer ?

 

Hedi Bouhouch

Dans la rubrique « mémoire d’un inspecteur des années 80 et 90 », le blog pédagogique reprend le texte d’une communication présentée

par Mongi Akrout inspecteur principal au symposium organisé par l’Amicale des inspecteurs  dont le thème était la formation continue des enseignants, tenu au mois de novembre 1998 à Hammamet.


La communication avait porté sur les difficultés que pouvaient rencontrer l’inspecteur quand il entreprend d’évaluer une action de formation qu’il vient d’animer  lui-même ou par une autre personne.

 

Au début de mon intervention, je souhaite lever une ambiguïté due au titre de ma communication. Certains d'entre vous comprendront peut-être que je vais proposer une méthode d'évaluation de la formation continue,  mais la réalité est complètement différente. J'ai posé une question parce que je cherche une réponse à travers notre colloque, parce que, depuis que l'inspection générale avait introduit une rubrique réservée à la formation continue dans le rapport d'inspection, je me suis trouvé dans l'embarras. J'ai décidé de ne rien inscrire dans cette rubrique, car j'avais rencontré des difficultés   pour trouver  ce qu’il faudrait mettre d'une manière convenable, et je vais  essayer  de décrire cette difficulté ou plutôt ces difficultés  dans mon intervention et j’en ai choisi quatre difficultés majeures.

La première difficulté est une difficulté psychologique liée à l'acte d’évaluation en général.

Lorsque j'ai consulté l’ouvrage  de Charles  Hadji, j'y ai trouvé une source des difficultés  de l’acte d’évaluation. Hadji souligne que nous sommes tous, à la fois, évaluateurs et évalués, et que nous cherchons à éviter l'évaluation autant que possible. Cette attitude repose sur plusieurs raisons :

§  Premièrement à cause de la confusion et de la peur, qui paralysent aussi bien l'évaluateur que l'évalué.

§  Deuxièmement parce que l’évaluation  perturbe notre penchant conservateur et nos réserves quant à tout ce qui est  nouveau, et aux changements de nos habitudes.

§   Enfin le processus d’évaluation ne bénéficie pas de la  confiance des deux parties (évaluateurs et évalués), car certains croient que l'évaluation ne sert strictement à rien.

Nous voyons déjà  qu’il ya un certain nombre d'obstacles psychologiques qu'il faut surmonter pour pouvoir effectuer l'évaluation souhaitée,

 

Deuxième difficulté : la diversité des variables

La deuxième difficulté réside dans la multiplicité des variables et des aspects à évaluer. Lorsqu'il s'agit d'évaluer un programme de formation continue, la liste des critères possibles est longue. On peut évaluer :

1.   Le degré de satisfaction des enseignants par rapport à :

o   A la qualité du formateur (méthodes et éloquence).

o   Au contenu de la formation.

o   Au  cadre physique (confort de la salle, climatisation, etc.).

2.   Le taux de présence ou de participation.

3.   Le taux de réalisation des objectifs programmés.

4.   Les nouvelles acquisitions immédiates (connaissances et compétences acquises à la fin de la formation).

5.   La pertinence du contenu par rapport aux besoins des formés et de l'institution.

6.   Les changements survenus dans les pratiques des enseignants lorsqu'ils retrouvent leur classe et leurs élèves après un mois, un an ou plus. Cela implique d’évaluer l’impact de la formation continue sur les pratiques pédagogiques de l’enseignant qui a suivi la formation, en les comparant à celles des autres professeurs qui n'ont pas participé à la même formation. Cette diversité complique le processus d'évaluation.

Troisième difficulté : les outils d'évaluation

La troisième difficulté concerne les outils d'évaluation. L'évaluation de la formation continue utilise des outils variés, allant des  simples aux  complexes. Certains nécessitent peu de temps, tandis que d'autres demandent des heures. De plus, certains outils ne requièrent aucune expertise, alors que d'autres en nécessitent une. Cette disparité complique le choix de l'outil approprié.

Évaluations immédiates et à long terme

Je note ici que nous faisons tous cette évaluation, et beaucoup d'entre nous expriment leur satisfaction après avoir examiné les résultats, déclarant que le programme a atteint pleinement ses objectifs. Cependant, permettez-moi de formuler quelques réserves sur ces conclusions hâtives qui nous rassurent.

Je vous pose les questions suivantes : l'atteinte des objectifs immédiats garantit-elle l'atteinte des objectifs à long terme pour tout programme de formation ? Le fait que le formé reproduise, à la fin de la séance, les nouvelles acquisitions qui lui ont été présentées est-il suffisant pour conclure que nous avons atteint l'objectif du programme de formation ? Pour ma part, je pense que cela est insuffisant. Le plus important est de voir les effets de la formation dans les situations d'enseignement et d'apprentissage, c'est-à-dire en classe et dans des situations réelles, pour observer le transfert des acquis et les changements dans les pratiques. Ce n'est que dans ces conditions que nous pouvons affirmer que le programme a réellement atteint ses objectifs. Mais est-il facile d'évaluer ce transfert ? C'est la quatrième difficulté dont je vais vous parler.

Quatrième difficulté : l’évaluation des objectifs à long terme

La quatrième difficulté concerne l’évaluation des objectifs à long terme, qui nécessite du temps et des ressources. Les effets d'une formation continue ne se manifestent souvent qu'après plusieurs mois, voire des années. Cela rend nécessaire un suivi à moyen et à long terme, ce qui est difficile à mettre en œuvre.

De plus, la mobilité des enseignants entre établissements complique le suivi. Sans fiches personnelles de formation, évaluer leur parcours devient un défi. Enfin, nous manquons d'outils adaptés à ce type d'évaluation. Beaucoup d'entre nous n'ont pas été formés à concevoir ou à utiliser des grilles d'observation appropriées.

Conclusion

En conclusion, face à ces difficultés, nous avons tendance à nous fier à des évaluations formelles, souvent imprécises et subjectives. Ces évaluations reposent sur des impressions ou des indicateurs circonstanciels, ce qui ne correspond pas aux exigences d'une évaluation rigoureuse. Il est donc impératif de réfléchir à des méthodes d'évaluation plus adaptées et efficaces pour valoriser la formation continue.

 

MONGI Akrout ; inspecteur principal d’histoire et de géographie

Hammamet 1998

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