Au début de mon intervention, je souhaite lever une ambiguïté due au titre de ma communication. Certains d'entre vous comprendront peut-être que je vais proposer une méthode d'évaluation de la formation continue, mais la réalité est complètement différente. J'ai posé une question parce que je cherche une réponse à travers notre colloque, parce que, depuis que l'inspection générale avait introduit une rubrique réservée à la formation continue dans le rapport d'inspection, je me suis trouvé dans l'embarras. J'ai décidé de ne rien inscrire dans cette rubrique, car j'avais rencontré des difficultés pour trouver ce qu’il faudrait mettre d'une manière convenable, et je vais essayer de décrire cette difficulté ou plutôt ces difficultés dans mon intervention et j’en ai choisi quatre difficultés majeures.
La première difficulté est une
difficulté psychologique liée à l'acte d’évaluation en général.
Lorsque j'ai consulté
l’ouvrage de Charles Hadji, j'y ai trouvé une source des
difficultés de l’acte d’évaluation. Hadji souligne que nous sommes tous, à la fois, évaluateurs et évalués, et
que nous cherchons à éviter l'évaluation autant que possible. Cette attitude
repose sur plusieurs raisons :
§ Premièrement
à cause de la confusion et de la peur, qui paralysent aussi bien l'évaluateur
que l'évalué.
§ Deuxièmement
parce que l’évaluation perturbe notre
penchant conservateur et nos réserves quant à tout ce qui est nouveau, et aux changements de nos habitudes.
§ Enfin le processus d’évaluation ne bénéficie
pas de la confiance des deux parties
(évaluateurs et évalués), car certains croient que l'évaluation ne sert
strictement à rien.
Nous
voyons déjà qu’il ya un certain nombre
d'obstacles psychologiques qu'il faut surmonter pour pouvoir effectuer
l'évaluation souhaitée,
Deuxième difficulté : la diversité des variables
La deuxième difficulté réside
dans la multiplicité des variables et des aspects à évaluer. Lorsqu'il s'agit
d'évaluer un programme de formation continue, la liste des critères possibles
est longue. On peut évaluer :
1.
Le degré de
satisfaction des enseignants par rapport à :
o
A la qualité du
formateur (méthodes et éloquence).
o
Au contenu de
la formation.
o
Au cadre physique (confort de la salle,
climatisation, etc.).
2.
Le taux de
présence ou de participation.
3.
Le taux de
réalisation des objectifs programmés.
4.
Les nouvelles
acquisitions immédiates (connaissances et compétences acquises à la fin de la
formation).
5.
La pertinence
du contenu par rapport aux besoins des formés et de l'institution.
6.
Les changements
survenus dans les pratiques des enseignants lorsqu'ils retrouvent leur classe
et leurs élèves après un mois, un an ou plus. Cela implique d’évaluer l’impact
de la formation continue sur les pratiques pédagogiques de l’enseignant qui a
suivi la formation, en les comparant à celles des autres professeurs qui n'ont
pas participé à la même formation. Cette diversité complique le processus
d'évaluation.
Troisième difficulté : les outils d'évaluation
La troisième difficulté concerne
les outils d'évaluation. L'évaluation de la formation continue utilise des outils
variés, allant des simples aux complexes. Certains nécessitent peu de temps,
tandis que d'autres demandent des heures. De plus, certains outils ne
requièrent aucune expertise, alors que d'autres en nécessitent une. Cette
disparité complique le choix de l'outil approprié.
Évaluations immédiates et à long terme
Je note ici que nous faisons tous cette évaluation, et
beaucoup d'entre nous expriment leur satisfaction après avoir examiné les
résultats, déclarant que le programme a atteint pleinement ses objectifs.
Cependant, permettez-moi de formuler quelques réserves sur ces conclusions
hâtives qui nous rassurent.
Je vous pose les questions suivantes : l'atteinte des
objectifs immédiats garantit-elle l'atteinte des objectifs à long terme pour
tout programme de formation ? Le fait que le formé reproduise, à la fin de la
séance, les nouvelles acquisitions qui lui ont été présentées est-il suffisant
pour conclure que nous avons atteint l'objectif du programme de formation ?
Pour ma part, je pense que cela est insuffisant. Le plus important est de voir
les effets de la formation dans les situations d'enseignement et
d'apprentissage, c'est-à-dire en classe et dans des situations réelles, pour
observer le transfert des acquis et les changements dans les pratiques. Ce n'est
que dans ces conditions que nous pouvons affirmer que le programme a réellement
atteint ses objectifs. Mais est-il facile d'évaluer ce transfert ? C'est la
quatrième difficulté dont je vais vous parler.
Quatrième difficulté : l’évaluation des objectifs à long terme
La quatrième difficulté concerne
l’évaluation des objectifs à long terme, qui nécessite du temps et des
ressources. Les effets d'une formation continue ne se manifestent souvent
qu'après plusieurs mois, voire des années. Cela rend nécessaire un suivi à
moyen et à long terme, ce qui est difficile à mettre en œuvre.
De plus, la mobilité des
enseignants entre établissements complique le suivi. Sans fiches personnelles
de formation, évaluer leur parcours devient un défi. Enfin, nous manquons d'outils
adaptés à ce type d'évaluation. Beaucoup d'entre nous n'ont pas été formés à
concevoir ou à utiliser des grilles d'observation appropriées.
Conclusion
En conclusion, face à ces
difficultés, nous avons tendance à nous fier à des évaluations formelles, souvent
imprécises et subjectives. Ces évaluations reposent sur des impressions ou des
indicateurs circonstanciels, ce qui ne correspond pas aux exigences d'une
évaluation rigoureuse. Il est donc impératif de réfléchir à des méthodes
d'évaluation plus adaptées et efficaces pour valoriser la formation continue.
MONGI
Akrout ; inspecteur principal d’histoire et de géographie
Hammamet
1998
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