dimanche 2 novembre 2014

Rapport sur les résultats des élèves de sixième année de l'enseignement primaire durant la période 1996-2000

Présentation
La question du retour du concours d’entrée en 7ème année de l’enseignement de base étant réglée depuis la fin de l’été dernier , nous pensons que  les commissions techniques sont actuellement penchées sur les modalités d’application ( le contenu de l’examen, la durée des épreuves et les coefficients, la place du contrôle continu …) Nous avons pensé qu’il serait utile de présenter à ces commissions les réflexions et les rapports déjà produits sur la question , afin d’en tirer profit et d’éviter de reproduire les mêmes erreurs .
C’est pour cela qu’on va consacrer les billets des semaines prochaines à cette question, et nous commençons cette semaine par une étude, fort intéressante, réalisée par notre collègue Nasreddine Dridi, Inspecteur général de l’éducation, en janvier 2000.
Il faut préciser que M° Nasreddine Dridi était en charge  de l’organisation de cet  examen durant de longues années à la direction générale des examens, c’est dire qu’il connait son sujet comme personne.
Nous souhaitons bonne lecture à nos fidèles lecteurs et nous remercions vivement notre collègue d’avoir accepté de publier son étude dans le blog pédagogique
Hédi Bouhouch & Mongi Akrout




Rapport sur les résultats des élèves de sixième année de l'enseignement primaire durant la période 1996-2000
La question des écarts enregistrés entre les résultats des élèves de sixième année de l'enseignement primaire dans les examens du 1° et du 2° trimestre, et ceux de l’examen régional[1], est venue se greffer à la question des écarts entre les matières dans les différentes régions du pays.
Or, si  la question  des écarts  entre les matières est devenue  une chose familière, elle a été souvent  traitée par les journaux et les études des pédagogues, celle de l'écart entre les résultats  des examens du premier et  du deuxième trimestre d’un côté,  et  ceux obtenus à l’examen  régional, d’un autre côté,  a commencé à s’imposer  à toutes les parties, en particulier les parents et les éducateurs, depuis la décision  d’intégrer les moyennes  des deux premiers trimestres pour décider du passage des élèves à la septième année de l’école de base.  
Depuis la réforme qui a institué  le  régime  de l'enseignement de base et la suppression du  mode  d'évaluation  basé sur  le concours d'entrée à la première année de l'enseignement secondaire, qui était un concours national que doivent passer tous les élèves de la classe de la sixième année de l'école primaire, dont le résultat dépendait exclusivement des notes obtenues aux épreuves du concours ; ce résultat détermine l’accès ou non des élèves à l'enseignement secondaire.
Depuis trois ans, le ministère de l'Éducation et de la Formation a soulevé le problème de la disparité entre les moyennes obtenues par les élèves,  au cours  de l'année scolaire, et celles obtenues dans l’examen régional ; le phénomène est présent dans tous les gouvernorats , le ministère a  approfondi la recherche  en comparant les résultats classe par classe et école par école, dans chaque délégation [2] ; l’étude a permis de constater que les écarts varient d’une classe à une autre dans la même école ; le ministère a pris alors l’initiative de communiquer  les listes détaillées  aux responsables régionaux pour les amener à étudier les causes du phénomène et à mettre en place une stratégie d’intervention ( locale et nationale) pour enrayer le phénomène .
 Seulement, la situation n’a pas changé et le problème persiste encore aujourd’hui : les résultats de l'année scolaire 1998-99, a montré :
   La persistance de l’écart entre les résultats de l’évaluation interne ( 1° et 2° trimestre),  et celles de l’évaluation externe ( examen régional de fin d’année) ;
    l’existence de grandes disparités des notes selon les matières de l’examen régional ; c’est ainsi que les meilleures notes sont l’apanage de l'éducation islamique où 43.04 % des élèves ont obtenu des notes entre 15 et 18 sur 20, alors qu’en mathématiques, plus d’un tiers des candidats (36.31%) avaient obtenu des notes qui variaient entre 01 et moins de 5 sur 20.
Nous avons voulu étudier ces deux phénomènes ; et pour assurer à notre étude une certaine validité, on a choisi de ne pas nous limiter à l'année scolaire 98-99, mais de revenir aux données des quatre années scolaires précédentes.
Etude comparative des résultats globaux
Les résultats des quatre dernières années confirment le même phénomène, comme l’illustre le tableau suivant :
Tableau 1 : comparaison des résultats  de l’évaluation interne et de l’évaluation  externes des élèves
Taux des élèves ayant obtenu une moyenne égale ou supérieure à 10 sur 20
Année scolaire
Ecart
(En points)
A l’examen régional
(%)
Au cours du 1° et 2° trimestre (%)
39 ,8
41,98
86,02
1995 - 1996
39,8
42,25
82,05
1996 - 1997
49,82
37,55
87,37
1997 - 1998
47,30
41,20
88,50
1998 - 1999

 A partir du tableau précédent, on peut tirer deux constations principales :
   La première concerne l’importance de l’écart puisque on passe du simple au double.
   La deuxième concerne l’augmentation de l’écart (+ de 8 points entre1996 et 1999.
  En cherchant à expliquer ce phénomène, qui prend de l’ampleur et risque de mettre en question la légitimité de l’examen régional, nous pouvons émettre plusieurs hypothèses, comme par exemple :
§  Que l’examen régional ne comprend pas toutes les matières étudiées au cours de l’année par l’élève de sixième, comme les épreuves orales qui entrent en compte dans le calcul des moyennes trimestrielles.
§  Ou que l’examen régional se déroule dans des conditions inhabituelles pour l’élève, ce qui ne manque pas d’influer sur le rendement des élèves.
§  Ou encore que l’évaluation à la fin de chaque trimestre porte sur un nombre limité de questions ou de leçons alors que l’examen régional porte sur l’ensemble du programme annuel.
§  Ou enfin, que l’évaluation interne est assurée par l’instituteur de la classe lui même ( choix des questions, notation et correction…), or cette évaluation manque parfois de rigueur et d’objectivité, pour plusieurs raisons( l'absence d’une formation  suffisante de l’instituteur dans le domaine de l’évaluation ;les pressions des parents qui n’attendent que les bonnes notes après avoir consenti des efforts financiers pour assurer les frais des cours particuliers , le besoin des instituteurs du complément de revenu généré par les cours particuliers, et les  pressions  que subissent généralement les instituteurs qui résistent et refusent d’être complaisant, et qui optent pour une évaluation juste et équitable , ces pressions font que ce type d’enseignants est en net recul .
Concours d'admission à la première année de l'enseignement secondaire et l’examen régional
Si les considérations mentionnées ci-dessus pourraient justifier les écarts  entre l’évaluation  interne  et l’évaluation externe  , comment peut on expliquer les écarts entre les résultats des élèves, du temps du concours d’entrée en première année de l’enseignement secondaire aux résultats des élèves à l’examen régional qui a pris la place du premier depuis l’année scolaire 95-96  ,  écarts illustrés par le  tableau suivant:
Tableau 2 : comparaison entre les taux de réussite au concours et le taux des élèves ayant obtenu la moyenne à l’examen régional
Année scolaire
Taux de réussite au concours d’entrée en première année de l’enseignement secondaire
Taux des élèves ayant 10 et plus  à l’examen régional
1991 - 1990
44,11

1992 - 1991
57,80

1993 - 1992
55,93

1994 - 1993
60,07

1996 - 1995

41,98
1997 - 1996

42,25
1998 - 1997

37,55
1999 - 1998

41,20

Les taux de réussite à l’examen régional sont plus bas, et cette baisse nous interpelle  à plusieurs niveaux :
§     Pourquoi les résultats ont- ils baissé ?  pourtant l’examen  régional comporte de nouvelles matières, comme l'histoire, l'éducation islamique,  l'instruction civique et  la géographie ;  or ces matières  contribuent  à l'augmentation  des taux de réussite à l’examen régional d'environ 10%, c'est-à-dire, si on ne comptabilise pas les notes obtenues dans ces matières, le taux des élèves qui auraient eu la moyenne va dégringoler et s’éloigner  encore plus des anciens taux enregistrés au concours.
 Est ce que cette baisse des résultats est due aux degrés de difficulté des questions et des sujets de l’examen, ou est-elle due à la baisse du niveau des élèves ? Et quelles sont les raisons de cette baisse, si elle s’avère effective, ou est-ce le résultat d’un certain relâchement chez les élèves qui ont déjà assuré leur passage grâce aux fortes moyennes qu’ils ont déjà obtenues au cours des deux premiers trimestres ?
Les sujets de l’examen régional
La question centrale de ce rapport nous impose d’aborder le registre de l'évaluation des sujets proposés aux élèves à l’examen régional ; et à ce propos, il est utile de rappeler les faits suivants :
a.      L’élaboration des sujets de l’examen régional se fait sur la base d’un document officiel connu par toutes les parties concernées   (enseignants et inspecteurs) ; il s’agit des consistances des épreuves qui précisent la nature et le nombre de questions, le degré de difficultés, les capacités visées…
b.    Les commissions d’élaboration des sujets, constituées d’inspecteurs des écoles primaires, travaillent à partir des propositions qui leur sont soumises par les enseignants de la sixième année.
c.     Or les résultats des gouvernorats dont les élèves passent les  mêmes sujets[3] sont marqués par une grande disparité qui nous laisse perplexes ; le tableau suivant nous fournit une image de ces disparités au cours des quatre dernières années scolaires.
Tableau 3 : les écarts entre les régions
Le plus faible écart au sein d’un même groupe
Le plus grand écart au sein d’un même groupe
Année scolaire
5,05
25,36
1996 - 1995
10,07
30,18
1997 - 1996
10,05
29,72
1998 - 1997
7,87
23,80
1999 - 1998

Les résultats des élèves par matières et par région
Quand on observe les résultats des élèves à l’examen régional, la réussite diffère beaucoup selon les matières ; ainsi on peut distinguer les matières où la réussite est forte, et d’autres où la réussite est plutôt faible, comme les mathématiques et l’expression écrite française, comme en témoignent les données suivantes pour la session de 1999.

Tableau 4 : les écarts entre les matières
% des élèves qui ont  des notes égales ou supérieures à 10
Les matières
99,51
Education islamique
94,94
Géographie
90,88
Éducation civique
85,17
Eveil scientifique
77,79
Histoire
69,13
L'étude de texte arabe
65,72
Expression écrite en arabe
52,10
L'étude du texte en français
38,34
Mathématiques
30,50
L'expression écrite en français


Les résultats des élèves en expression écrite française et en mathématiques ne sont plus une surprise pour personne, car ce n’est plus une tendance nouvelle, déjà les résultats de la session 1997 a donné presque des résultats aussi médiocre (seulement 21.83 % des élèves ont eu la moyenne en mathématique, et ils n’étaient que 17.83 à l’avoir obtenu en expression écrite française).Les élèves ne réussissent que dans les épreuves qui font appel à la mémorisation et à la restitution.

Résultats par gouvernorat
L’étude des résultats des élèves par gouvernorat fait apparaitre deux phénomènes : de grandes disparités entre les gouvernorats d'une part, et une variation des résultats d’une année à l’autre pour le même gouvernorat
Tableau 5 : les écarts entre les régions
Session
1996
1997
1998
1999
Le meilleur score par gouvernorat
64,29
54,70
59,40
60,30
Le plus faible score par gouvernorat
26,21
24,52
26,16
29,60
 Il faudrait signaler que certains gouvernorats se sont illustrés par leurs bons résultats, mais le maintien du niveau ou de son amélioration ont souvent fait défaut, et il faudrait écarter l’hypothèse qui chercherait à expliquer cet état par la nature des  sujets ; les données suivantes sont une bonne preuve , puisque avec les mêmes sujets, on note une nette disparité entre les gouvernorats.
Tableau 6 : les écarts entre les régions qui ont les mêmes épreuves

Les gouvernorats faisant partie du même groupe au  cours de plus d’une session
Taux des élèves ayant obtenus la moyenne à l’examen régional
Session 1
Session 2
1
Ariana
Gafsa
27,60
40,20
31,60
37,40
2
Ben arous
Kairouan
47,57
32,14
45,45
26,16
3
Ben arous
Kassrine
Monastir
39,01
24,52
54,70
46,80
39,60
55,60
4
Béja
Mednine
36,46
39,30
29,60
32,90
5
Béja
Nabeul
36,46
48,11
38,92
45,65

Recommandations
En guise de conclusion, nous proposons quelques pistes pour dépasser tout ou en partie ces dysfonctionnements ;
a.     Entamer des études pour trouver sur les causes de l'échec en mathématiques et en expression écrite française ;
b.    Intensifier les programmes de formation des instituteurs dans le domaine de l’évaluation (construction des sujets et notation) ;
c.     Améliorer le cadre de travail dans les écoles primaires ;
d.    Constituer des commissions  régionales de lecture et d’évaluation des échantillons  de sujets proposés par les instituteurs au cours du 1° et du 2° trimestre  pour les comparer avec les sujets proposés aux examens régionaux et rédiger des rapports qui seront utilisés pour faire un rapport national .

Nasreddine Dridi ,Inspecteur principal des écoles primaires
janvier 2000
Traduction Hédi Bouhouch & Mongi Akrout
Octobre 2014


Est-il utile de ressusciter le concours de la  sixième ?






[1]  En 1992  est institué un « examen final effectué au niveau de la région durant le mois de juin » il devrait prendre la place du  concours d’entrée en 1ère année de l’enseignement secondaire. Arrêté du 26 mai 1992 relatif au système d'évaluation et de passage dans l’enseignement  de base; jort , n° 35 du 2-5 juin 1992 , il n’entrera en vigueur qu’en 1996 et disparaitra en 2000.
[2] La délégation est une entité administrative locale, chaque gouvernorat est constitué de plusieurs délégations
[3] Il faut rappeler l’organisation régionale, depuis 1995-1996 , l’examen de sixième est devenu un examen régional dans le sens où le pays est divisé en ( 4, 5 ou 6 groupes régionaux , chaque groupe comprend quatre ou cinq gouvernorats qui changent d’une année à l’autre),mais les sujets sont  choisis par une commission nationale, l’organisation de la correction , la proclamation des résultats sont aussi centralisés.

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