dimanche 21 novembre 2021

CHAPITRE III - La question de la langue d'enseignement depuis l'indépendance : La troisième partie - la fin des années soixante et les années quatre-vingt : l'avancée de l'arabisation

 

  
Hédi Bouhouch

  
Nous poursuivons  cette semaine la présentation  de la question de la langue d'enseignement depuis l'indépendance avec la troisième partie  qui couvre une période assez longue qui s'étend de  la fin des années soixante  jusqu'aux années quatre-vingt , une période marquée par l'avancée de l'arabisation .

Pour  revenir à la partie une du chapitre III, cliquer ICI - et pour la deuxième partie du chapitre III , cliquer ici.

 

 

L'étude de la question de l'arabisation, du bilinguisme et de la place du français au cours des deux décennies soixante-dix et quatre-vingt donne l'impression que le pays n'avait pas à cette période une ligne politique claire et arrêtée. Chaque ministre arrive avec ses idées et ses a priori pour ne pas dire avec son projet et son programme. Or, comme cette période fut marquée par l'instabilité au niveau du département de l'éducation nationale qui voit défiler les Ministres, (huit ministres en dix ans[1]) alors que Messadi est resté au poste pendant 10 ans. Ceux qui lui ont succédé n'ont pas eu le temps pour concrétiser leurs idées, ou pour mettre en place des plans clairs. Certains étaient de fervents arabisants, d'autres beaucoup moins, enfin il y avait aussi les attentistes.

Les ministres qui avaient marqué un repli de l'arabisation

 

Ben Salah introduit le français en 1ère et en 2ème année primaire

 

Arrivé au ministère de l'éducation en Juillet 1968 pour succéder à Messadi, Ahmed Ben Salah, alors président de la commission chargée d'évaluer les résultats de la réforme de 58, a entrepris une nouvelle réforme de l'enseignement pour remédier aux insuffisances scolaires relevées par cette commission. Le reproche principal est que le rendement de l'école primaire laissait à désirer et que le nombre des élèves qui accédaient aux cycles secondaire et moyen ne dépassait pas 40% de l’effectif total de la sixième année en dépit de la complaisance manifeste à l’examen. Elle a constaté également qu’un pourcentage considérable d’élèves qui ont réussi le concours d'entrée en première année de l’enseignement moyen ne parviennent pas à poursuivre leur scolarité qui se faisait pour l'essentiel en français. En outre, les études ont révélé que l’élève passe en moyenne 8 années à l'école primaire au lieu de six, que le redoublement atteint des taux très élevés (30.5% au cours de l’année scolaire 1967/68) et que le taux d’abandon approchait 7% au cours de la même année.

 Parmi les décisions prises par Ben Salah, il y en a une qui nous intéresse particulièrement dans notre étude. C’est la mesure qui vise le renforcement de la langue française ; avec le retour de son apprentissage dès la première année du primaire avec 10 heures par semaine[2] sur un total de 25 heures (Cette décision recommandée par la commission remet en question celle prise par Messadi).

Les autres ministres qui ont ralenti l'arabisation sans l'annuler

Chedly Ayari qui succéda à Mzali en juin 1970, donna un coup d'arrêt provisoire à la réforme engagée. Il semble qu'il n'en était pas très convaincu. Certains disaient de lui qu'il était la bête noire de l'arabisation"[3](Grand Guillaume). Son court passage fut marqué par la rédaction d'un rapport très critique sur la situation de l'enseignement tunisien[4] et par la constitution de commissions permanentes. Ce rapport qui sera remis à son successeur (Mohamed Mzali qui est revenu au ministère) a consacré un long paragraphe à la question de l'arabisation sur lequel on va revenir.

Dans ce groupe, où on trouve aussi Amor Chedly qui a fait un court passage au Ministère de l'éducation (1986/87) et qui a décidé de réintroduire le français dès la première année, mais ce fut une décision éphémère qui traduit bien l'idée d'instabilité et d'absence d'une ligne directrice.

Les ministres partisans de l'arabisation

Mzali et l'aventure de l'arabisation

Le courant favorable à l’arabisation avait trouvé un appui d’un secteur du parti au pouvoir à l’époque, et chez une élite intellectuelle qui gravitait autour de la revue Al Fikr et son fondateur Mohamed Mzali.

 

Mohamed Mzali qui a pris les rênes de l'éducation à trois reprises était le représentant de ce groupe le plus influent et le plus connu, peut-être à cause de sa longévité (en tout, il dirigea le ministère durant sept ans entre 1969 et 1980). Il est devenu le chef de file des partisans de l’arabisation qui regroupaient des éléments de l’ancien courant réformiste zitounien, un secteur du parti au pouvoir à l’époque et une élite intellectuelle qui gravitait autour de la revue Al Fikr. Au cours des années soixante-dix, les partisans de l’arabisation ont occupé le devant de la scène. Profitant de ce soutien, Mzali tenait à faire aboutir le projet de l’arabisation de l’enseignement.

Est-ce que Mzali était l'acteur principal de ce courant ? 

Mohamed Sayeh affirmait que "le premier qui a appelé à l’arabisation est Mohamed Mzali lorsqu’il était ministre de l’éducation -mais il n'était pas le seul". Sur cette question, il semble qu'il n'y a pas de doute, Mazli saisissait toutes les occasions pour défendre ses idées.

En 1971, dans une conférence donnée à la tribune de l’Union Générale des Etudiants Tunisiens à l'occasion de la semaine de l'arabisation (UGET), Mzali avait parlé de "la nécessité de mettre un plan d’arabisation qui soit précis, modéré, posé et par étapes, car l’arabisation est le pilier principal de la tunisification qui n’exclut guère le maintien d’une autre langue vivante que la jeunesse doit maitriser et qui sera un moyen de communication avec notre époque et de maitrise des sciences, des découvertes et de la technologie"[5].

Remarquons au passage que Mzali, par conviction ou par précaution, s'aligne sur la position exprimée par Bourguiba depuis 1958, par Messadi et par les principaux dirigeants du pays à l'aube de l'indépendance. Il appelle à une arabisation par étapes et à l'apprentissage d'une langue vivante (il ne cite pas cette langue, l'avait-il fait exprès ?). Cela ne l'avait pas mis à l'abri des critiques de ceux qui l'accusaient de vouloir supprimer le français de l'école tunisienne, ce qui l'avait obligé à faire la mise au point suivante en 1973 (alors ministre de l'éducation pour la deuxième fois) : "Je dis encore une fois, l’arabisation ne veut pas dire qu’on supprime les langues étrangères. Ce n’est pas une action réactionnaire, et tous ceux qui appellent à l’arabisation ne sont pas des fanatiques. D’autre part, nous n’appelons pas à sa généralisation immédiate, nous ne sommes ni des aventuriers ni des gens simples[6].» Une fois encore, il reste fidèle à la politique prônée par le président : oui à l'arabisation progressive, et à l'ouverture sur les langues étrangères

Guiga (mars 73/ mai 76) est le deuxième représentant de ce groupe

Guiga fut le deuxième ministre qui joua un rôle aussi important sinon plus que celui de Mzali. Seulement, il était plus discret que son prédécesseur et successeur. Récemment, l'ancien ministre et ami de Mzali, M Ben Slama déclara dans une interview au journal Al Watan le 1er janvier 2019, " que ce n'était pas Mzali qui a arabisé l'enseignement, mais c'était plutôt Driss Guiga qui l'aurait fait. Il rapporta que Guiga s'est rendu en visite officielle en Syrie pendant deux semaines où il a pu suivre l'expérience de l'arabisation et surtout l'arabisation des mathématiques. A son retour, il avait rencontré le président et avait réussi à le convaincre de la nécessité d'arabiser la philosophie"[7]. Il y a beaucoup de vérité dans ce que rapporte Ben Slama. Mohamed Sayah rapporta dans un témoignage, qui va dans le même sens, où il disait "que Driss Guiga avait entrepris de sensibiliser, au cours des réunions du bureau politique du parti, le premier ministre Hédi Nouira à la question de l’arabisation de la philosophie, pour des raisons de sécurité intérieure essentiellement, prétendant que la majorité des professeurs de philosophie appartenaient à la gauche politique, et ils incitaient la jeunesse contre le pouvoir. Pour appuyer ces dires, il amena une copie de bac qui a obtenu une très bonne note, où le candidat critiquait le pouvoir en place, le qualifiant de régime répressif". D'ailleurs, la décision de son arabisation fut prise en conseil des ministres en septembre 1975, à l’initiative du ministre de l’éducation de l’époque, Driss Guiga, et son application commença à la rentrée scolaire 1975-1976.

Mohamed El hédiKhlil rapporte dans son livre[8] des précisions sur la question. On y lit ceci : " la décision d'arabiser l'enseignement de la philosophie fut arrêtée après que le président Bourguiba ait vu quelques copies qui ont obtenues les meilleures notes au baccalauréat (session juin 1975). A la lecture de ces copies, il a constaté des erreurs de français très graves, ce qui impactait sur l'analyse des concepts philosophiques. La question fut débattue au cours d'une session spéciale du bureau politique du parti qui décida, avec l'accord du président, de charger une commission nationale d'étudier les causes de la baisse du niveau en philosophie. La présidence de la commission était confiée au professeur Abdelwaheb Bouhdiba, M. H. Khlil était le rapporteur. La commission comprenait des professeurs universitaires de philosophie et les inspecteurs de l'enseignement secondaire de cette discipline. Il s'est avéré que la baisse du niveau des élèves était la conséquence inéluctable de la baisse du niveau en langue française. En plus la majorité des enseignants de cette matière étaient des coopérants français diplômés des universités françaises et qui avaient participé au mouvement de l'extrême gauche qui a organisé le soulèvement des étudiants de mai 1968. Ces enseignants ont essayé de divulguer leurs idées révolutionnaires à travers les cours de philosophie, ce qui a donné naissance à un courant qui visait à ébranler les assises de l'état et à détruire les structures constitutionnelles par le biais les copies de philo des élèves.

Suite à cette étude, il fut décidé de commencer à arabiser l'enseignement de la philosophie dès septembre 1975. La direction de l'enseignement secondaire (dirigée à cette époque par M. Khlil) a pris les mesures nécessaires pour que les cours démarreront dans des conditions normales, mais ce n'était pas une chose évidente car le pays ne disposait ni suffisamment d'enseignants de philosophie capable d'enseigner en arabe, ni des ouvrages, ni d’un lexique des concepts en langue arabe"

 

M. Khlil me rapporta de vive voix les péripéties d'une réunion houleuse tenue dans la grande salle du ministère sous la présidence du Ministre Guiga avec les inspecteurs et les professeurs de philosophie pour annoncer la décision et pour étudier les modalités d'application. La réunion fut marquée par beaucoup de contestations, l'inspecteur Mohamed Karray et certains enseignants ont quitté la salle. Afin de détendre l'atmosphère, M. Khlil propose de passer par une période transitoire au cours de laquelle les enseignants incapables d'enseigner en arabe pourraient continuer à le faire en Français. Les sujets du baccalauréat seront alors proposés dans les deux langues. Quant aux enseignants qui ne veulent pas changer de langue, on leur a proposé d'enseigner la langue française. C'est ainsi que la philosophie est passée du français à l'arabe, ce qui fut la première grande victoire du camp de l'arabisation.

Le courant de l'arabisation fut soutenu par les travaux de commissions

 

Afin de se donner plus de légitimité et de soutien, Mzali avait encouragé les commissions de réflexion à étudier la question et à soumettre leurs propositions. Nous citons à titre d'exemple les travaux des commissions permanentes et de la commission spéciale pour l'arabisation de l'enseignement relevant du comité de coordination de Sfax (parti socialiste destourien)

 

Les commissions permanentes critiquent le bilinguisme

 

     Au cours de l'été 70, des commissions permanentes avaient été constituées pour réaliser des études approfondies sur le système éducatif. Deux ans plus tard (juin 1972), elles avaient remis leurs rapports et les résultats de leurs travaux[9], Nous en avons extrait les paragraphes qui ont traité la question de la langue à l'école primairela commission fait une critique virulente du bilinguisme à l'école primaire. " L'enseignement primaire est dominé par le bilinguisme et l'enfant n'est pas assuré d'acquérir une formation harmonieuse. ... Le bilinguisme et l'utilisation du français comme langue d'enseignement accentuent les méfaits des programmes ...Sans ouvrir un débat sur le principe même du bilinguisme, il est nécessaire d'énumérer les dommages qui résultent des circonstances dans lesquelles ce bilinguisme est appliqué dans nos écoles primaires. Parmi ces dommages on peut citer :

- Apprendre le français à partir de la deuxième année ... lèse la langue arabe, car il n'y avait ni le contexte psychologique ni le contexte pédagogique approprié pour que l'enfant s'ouvre sur une autre langue malgré l'augmentation de l'horaire alloué à la langue arabe et son utilisation comme langue d'enseignement. Elle est restée la langue du livre et la langue de la littérature, et elle ne pourra jamais devenir une langue de travail dans la vie de tous les jours tant qu'elle ne sera pas imposée. Tant que la langue arabe reste "coincée entre la langue parlée (Adarija) et le français, elle ne pourra pas progresser et continuera à être marginalisée car les élèves lui tournent le dos une fois qu'ils passent à l'enseignement secondaire et surtout à l'enseignement supérieur.

-  Nos élèves étudient le calcul en arabe pendant trois ans puis ils sont contraints de poursuivre leurs études en français durant les trois années restantes. Ceci n’est pas

sans préjudice. De nombreux élèves resteront faibles en calcul puis  en mathématiques à cause du changement de la langue  d’enseignement.

- L'enseignement du français lui-même est dispensé dans des circonstances de plus en plus inhabituelles depuis la réforme de 1958, comme  la réduction  de son horaire, la réduction du  nombre d'instituteurs de nationalité française au début, puis l'arrêt  total de  leur recrutement en 1969 et leur remplacement par des moniteurs qui n'avaient ni une formation générale suffisante ni des compétences  pédagogiques".

- L'introduction du français dès la première et la deuxième année en 1969 a été faite dans les pires conditions pédagogiques (recrutement de centaines de moniteurs deuxième catégorie, absence de programmes et d'outils didactiques appropriés, improvisation inévitable). La décision fut imposée aux inspecteurs de l'enseignement primaire aussi bien tunisiens que français. D'ailleurs, l'un d'entre eux est allé jusqu'à l'envoi d'un rapport à l'administration dans lequel il montrait avec des preuves à l’appui le manque de pertinence de la décision."

- C’est une erreur de croire qu’il est possible de garantir à tous les enfants, dans le cadre d'un enseignement ouvert à toutes les couches sociales et dans les conditions décrites ci-dessus, une connaissance aussi solide de la langue française. Ce qui n’était pas le cas quand il n’y avait qu’un petit nombre d’enfants dans un système où l’éducation était très peu répandue et où les enseignants étaient compétents et consacraient les deux tiers du temps à l'enseignement de cette langue et l'utilisaient pour enseigner toutes les autres matières. "

On n’exagère pas en disant que, dans les circonstances actuelles, on ne peut pas espérer donner dans nos écoles à tous les élèves une base correcte, ni en français ni en arabe, et la faible proportion d’enfants qui, grâce à leurs bonnes conditions (surtout s’ils sont soutenus par leur milieu familial et social) arrive à maîtriser l'une ou l'autre langue ou les deux à la fois, ne peut guère être utilisé comme argument pour réfuter ce que nous disons".

Il est donc proposé que l’arabe soit la langue de l’enseignement au niveau primaire. Deux raisons justifient cette proposition :

1- L'arabe est la langue officielle reconnue dans la Constitution et elle en voie de devenir progressivement la langue de l'administration et la langue de la culture nationale.

2- L'utilisation d'une langue étrangère comme langue d'enseignement au niveau primaire constitue un obstacle majeur pour l'enfant, car il doit suffisamment maitriser cette langue pour pouvoir bénéficier des matières enseignées. Pour réaliser cela il y a deux difficultés.

Le choix de l’arabe comme langue d’enseignement au primaire est dicté par des considérations pédagogiques, indépendamment du fait que chaque enseignement ne puisse être un enseignement national que s'il est donné dans la langue du pays pour contribuer à enraciner l’enfant dans son milieu.

Et étant donné que l'apprentissage d'une langue étrangère est souhaitable ... cet enseignement peut être initié au cours des dernières années du primaire.

Sur la base de ce qui précède, il a été décidé :

1.    de rendre l'arabe la langue essentielle pour l'enseignement primaire

2.    d'enseigner le français en tant que langue uniquement au cours des deux dernières années (5ème et 6ème) à raison de 10 heures par semaine, en choisissant la méthode optimale qui permet d'acquérir des connaissances   pratiques et utiles "

Il est bon de préciser que les commissions permanentes avaient travaillé une longue période et comme c’est Mzali qui occupait le poste de Ministre de l'éducation, elles lui avaient remis leurs conclusions qui coïncidaient étrangement avec ses vœux et ses idées. N’a-t-il pas écrit dans la revue Al-Fikr qu’il dirigeait : « Si nous tenons pour acquis que chaque nation a une orientation intellectuelle et un génie bien défini, et si nous convenons que la nation tunisienne est une nation arabe et musulmane, on ne peut pas nier que la culture nationale doit être arabe et islamique et par conséquent elle doit être véhiculée par la langue arabe qui est la plus appropriée. L’arabisation de l’enseignement de toutes les matières et à tous les niveaux est une question qui va de soi et que la logique impose. Je ne me tromperai pas si je dis que ceux qui ne croient pas en la possibilité d’une arabisation de l'enseignement dans tous les cycles sont les victimes d’une instruction défigurée et d'une culture empoisonnée choisies par le colonisateur pour tuer le sentiment d'appartenir à la nation et à l'entité tunisienne. »[10]

La « commission régionale de Sfax pour l'arabisation » propose un véritable plan pour arabiser l'enseignement secondaire

Cette commission créée par le comité de coordination de SFAX, relevant du parti au pouvoir à l'époque (le parti socialiste destourien), avait choisi d'étudier la question de l'arabisation de l'enseignement primaire et secondaire. Après sept mois de travail, elle a publié en1978 un rapport de 81 pages, composé d'une introduction et de six rapports : rapport de la sous-commissions du primaire, rapport de la sous-commission de l'arabisation des mathématiques, rapport de la sous-commission de l'arabisation des sciences physiques, rapport de la sous-commission de l'arabisation des sciences naturelles, rapport de la sous-commission de l'arabisation des disciplines économiques et commerciales et rapport de la sous-commission de l'arabisation des matières techniques.

L'originalité de ce travail réside dans l'adoption de la technique d'enquêtes auprès des enseignants, des élèves et des acteurs économiques.

Tous les rapports étaient unanimes dans l'appel à l'arabisation de l'enseignement primaire, secondaire et supérieur (pas étonnant, puisque la commission était alignée sur les thèses de Mzali), d'ailleurs le rapport commence par cinq citations de Mzali, extraites de la revue Al Fikr. (les numéros de 1971, 1972, 1975 et 1976).

On lit dans l'introduction du rapport : « La commission a choisi de s'intéresser à la question de l'arabisation de l'enseignement parce que la langue, en plus d'être un outil de communication et de compréhension, elle est la base de l'enseignement et de la culture … La commission croit qu'on ne peut pas dissocier la langue utilisée à l'école et celle présente à la maison, dans la rue et dans l'administration. Elle croit aussi que la langue est un facteur essentiel pour consolider l'esprit national et la fierté de leur authenticité chez les jeunes… L'arabisation de l'enseignement est une nécessité inévitable car on ne peut changer l'état actuel de la langue utilisée par la société tunisienne aujourd'hui qui se caractérise par un mélange entre l'arabe et d'autres langues étrangères (français, italien, anglais), …qu'à partir de l'école c'est-à-dire par l'arabisation de l'enseignement. Mais il est nécessaire de bien se préparer à cela et d'assurer les conditions de la réussite afin de prémunir l'arabisation de tout risque d'échec…  Il va de soi  que  l'arabisation n'est pas le repli et l'enfermement, au contraire il faut que l'enseignement soit plus ouvert, c'est à dire qu'on doit accorder aux langues vivantes,  et pas seulement à la langue française, une bonne place en tant que langue  dans notre système éducatif, ce qui va permettre à l'étudiant tunisien de poursuivre ses recherches et ses études en recourant à plus d'une langue et dans plus d'un pays. » Nous ne pouvons pas ne pas constater une étrange correspondance de ces paroles avec les thèses défendues par Mzali.

 

fin de la partie 3 , à suivre

Hédi Bouhouch et Mongi Akrout , revu par Abdessalam Bouzid inspecteurs généraux de l'éducation

Tunis 2015

Pour accéder à la version arabe, cliquer ICI

 

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[1]Ahmed Noureddine ( novembre 69 /décembre 69)  Mohamed Mzali   (décembre  69/juin 70)  ChedlyAyari  ( juin 70/octobre 71 ), Mzali (octobre 71/ mars 73). Driss Guiga (mars 73/ avril76) ,Mzali(mai 76/avril 80)

[2]Cette décision est contraire aux recommandations de la commission nationale de maintenir l’arabisation totale des deux premières années de l’école primaire.

[3]En mars 1970, il (Mzali)  annonce l’arabisation de la première année du primaire (mesure qui sera appliquée à la rentrée 1971). Il est toutefois écarté de l’Éducation nationale en juin 1970, au profit de Chadli Ayari, bête noire des partisans de l’arabisation. Celui-ci, dont la devise serait : « Il ne suffit pas de parler arabe, il faut surtout penser tunisien », sera durant une année l’objet des attaques des arabisants (dont Mzali), ce qui le conduit à démissionner de son poste en octobre 1971 :Grand Guillaume : L’arabisation au Maghreb, Revue d’Aménagement linguistique, Aménagement linguistique au Maghreb, Office Québécois de la langue française, N°107, hiver 2004, p.15-40 .http://www.ggrandguillaume.fr/titre.php?recordID=51

[4]Bouhouch&Akrout :Radioscopie sur l’évolution quantitative de l’enseignement en République Tunisienne : vue générale. blog pédagogique 6/3/2017.

http://bouhouchakrout.blogspot.com/2017/03/radioscopie-sur-levolution-quantitative.html

[5]Bouhouch&akrout : Mohamed Mzali évalue les programmes scolaires de la réforme de 1958[1] et appelle à la tunisification des programmes scolaires.blog pédagogique 19/12/2016

http://bouhouchakrout.blogspot.com/2016/12/mohamed-mzali-evalue-les-programmes.html

[6]M.Mzali, Mawakef, 1973, pp 38,39. , cité par le blog pédagogique, opt cite

http://bouhouchakrout.blogspot.com/2016/12/mohamed-mzali-evalue-les-programmes.html

[7] D'après M.Mohamed El Hédi KHLIL Driss Guiga n'avait rendu visite à la Syrie à cette époque.

[8]M.Mohamed El Hédi KHLIL : contributions et prises de positions  pp81 /82

[9] Les commissions permanentes constituées par le ministre Ayari ont continué à travailler sous Mzali et avaient produit trois rapports, un rapport par cycle d’enseignement. Nous avons eu la chance d’accéder à ces rapports qui nous été offerts gracieusement par notre cher professeur Ahmed Zghal, l’ancien directeur du lycée 15 novembre de Sfax ( l’ex annexe de la zitouna ) et ancien directeur régional de l’enseignement de Sfax qui a eu la gentillesse et l’amabilité de nous ouvrir les portes de sa bibliothèque personnelle, une véritable mine de documents rares  pour les chercheurs et les historiens de l’éducation. Qu’il en soit vivement remercié.

[10] Mohamed Mzali: Revue Al FIKR n°4,janvier 1971

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