lundi 5 novembre 2018

La réforme des programmes de l’enseignement primaire de 1909

Hédi Bouhouch

La  scène éducative  tunisienne a connu en 1908, deux  événements importants, le premier fut le départ à la retraite du premier directeur général de l’instruction publique  Louis Machuel[1], le deuxième événement fut la nomination de Sébastien Charléty [2] Directeur de l’enseignement public en juillet 1908 après avoir occupé la fonction d’inspecteur général de l’enseignement professionnel indigène.

Charléty n’était pas d’accord avec les orientations des programmes  des écoles primaires réservées aux indigènes depuis l’instauration du protectorat, ce sont d’après lui, « des programmes parachutés sur des élèves et sur leur milieu social et économique, qui reproduisent des contenus similaires aux programmes appliqués en France, et qui ne répondent pas aux besoins  des colons et de la nouvelle économie ». Charléty avait exposé sa conception et ses vues au congrès de Paris qui eurent un bon accueil et un fort  appui de la part des représentants des colons, cependant les représentants tunisiens  comme Kharaillah Ben Mustapha , Mohamed Lasram et Abdeljalil Ezzouch avaient exprimé leur opposition à ce projet.    
Dès sa nomination à la tête de la D.I.P. Charléty a mis en place  une commission  qu’il présida lui-même, chargée d’étudier les programmes de l’école primaire, cette commission était composée  de 9 membres qui représentent l’enseignement primaire (direction et inspection), l’enseignement professionnel, l’école normale des instituteurs(enseignant et direction) et la DIP, en plus de l’inspecteur des écoles coraniques et de M° Khairallah Ben Mustapha en tant qu’interprète judiciaire et connaisseur de l’enseignement indigène[3].
La commission s’est référée, dans ses travaux, au  programme du 28 mars 1882   et aux modifications introduites par les arrêtés du 18 janvier 1887 et du 7 mai 1906.
La commission avait présenté les résultats de ses travaux devant  le C.I.P. [4] au cours de sa réunion tenue les 28 et 29 mai 1909  au siège de la Direction générale de l’enseignement public sous la présidence de M° Charléty[5]. Les débats sur les différents éléments du programme proposé traduisent les conceptions divergentes qu’avaient les membres du Conseil, certains membres avaient réussi à introduire des modifications substantielles sur la première copie des nouveaux programmes et sur la nouvelle organisation de l’examen du certificat des études primaires  qui avait introduit de nouvelles épreuves comme les connaissances usuelles  , le dessin, l’agriculture pour les garçons et la Couture et l’enseignement ménager  pour les jeunes filles , et elle a modifié la fonction et la nature d’autres épreuves.[6]
Après les délibérations du C.I.P.  Charléty a publié un nouvel arrêté  relatif au programme général de l’enseignement primaire (voir l’annexe ci-dessous)[7] .
Charléty voyait que la réforme des programmes de l’enseignement primaire doit se faire de pair avec la réforme des programmes de la préparation des instituteurs, surtout que la langue arabe est devenue une matières importantes et fait désormais partie des épreuves du certificat de fin d’études primaires , ainsi son enseignement nécessite des instituteurs qualifiés pédagogiquement en plus de la maîtrise  de la langue, c’est dans ce cadre qu’il créa la section des élèves - mouderres  au sein de l’école normale au collège Alaoui et  il chargea une commission spécialisée d’organiser cette section et ses programmes.[8]
Après tous ces travaux (la préparation des nouveaux programmes pour les écoles primaires et pour l’école normale des instituteurs) ,Charléty a adressé aux inspecteurs de l’enseignement primaire une longue circulaire dans laquelle  il explique les finalités des nouveaux programmes et expose ses vues quant à la mission de l’école primaire et son mode de fonctionnement et aux rôles de ses différents acteurs .
Vu la valeur historique de cette circulaire porteuse d’une nouvelle vision  de l’enseignement primaire destiné aux enfants tunisiens  et traite  de problématiques et de questions d’ordre pédagogique  qui sont encore d’actualité  et qui continuent à alimenter des débats entre les spécialistes au sujet de la confection des programmes   et sur leur rapport avec la réalité sociale et économique du milieu de l’élève  ainsi que   sur les stratégies de leur mise en application par l’enseignant et le degré de liberté à  lui accorder , nous avons voulu partager avec les amis du blog pédagogique des extraits de cette circulaire vieille de plus d’un siècle.

1er extrait : Circulaire Du Directeur général de l’enseignement public aux Inspecteurs  de l’enseignement primaire sur l’application des programmes - Tunisie ,30 juin 1909,
Monsieur  l’inspecteur,
Il importe que le maitre responsable de l'éducation d'une population d'écoliers qui, dans la plupart des cas, ne connaîtront pas d'autre enseignement que le sien, ait une conscience claire de son rôle et une vue nette de son utilité.

En confiant aux délibérations d'une commission spéciale, puis  en soumettant à l'examen du Conseil de l'Instruction Publique les réformes à apporter aux méthodes et aux programmes de l'enseignement primaire tunisien, mon intention a été moins d'y accomplir un changement brusque et radical que de l'orienter peu à peu, par étapes successives, vers une direction nouvelle.
Il importe que le maitre responsable de l'éducation d'une population d'écoliers qui, dans la plupart des cas, ne connaîtront pas d'autre enseignement que le sien, ait une conscience claire de son rôle et une vue nette de son utilité.

l'instruction primaire devait être d'abord et surtout une préparation directe et appropriée à la vie pratique

La discussion engagée à ce sujet[9] et à laquelle vous avez apporté les vues de votre expérience, a fait ressortir une opinion générale, dominante, unanime, ou se fondaient toutes les divergences de détail, à savoir que l'instruction primaire devait être d'abord et surtout une préparation directe et appropriée à la vie pratique.
C'est pourquoi, dans l’énumération et la définition des matières qui composeront le programme général des écoles, est apparu le souci constant de mettre, sous les termes traditionnels qui désignent les différentes disciplines, le plus de réalités possible, de les adapter aux besoins, à la situation, aux formes de vie de la population variée de nos  écoles,
l'enseignement élémentaire des sciences doit désormais jouer un rôle prépondérant à l'école primaire.

je n'ai pas besoin de vous rappeler les considérations consignées dans le rapport de la Commission[10] et approuvées par le Conseil qui accompagnent chacun des articles du programme, Sans négliger la part, qu'il ne faut en aucun cas restreindre, de l'éducation morale des enfants qui nous sont confiés, éducation qui doit toujours inspirer les moindres actes et paroles de la classe, de même sans diminuer la place -une place d'honneur - qui revient à l'enseignement pratique de la langue française à nos nationaux, aux indigènes et aux étrangers. Nous avons décidé que l'enseignement élémentaire des sciences doit désormais jouer un rôle prépondérant à l'école primaire.
l'initiation scientifique de l'enfant s'opère sous l'aspect familier de la vie quotidienne
Vous savez trop bien les limites que la nature même des choses impose à un tel enseignement pour que j'ai  besoin de redire ici combien la prétention de cet enseignement doit être, en général, modeste. Ce qu'il faut, c'est que l'initiation scientifique de l'enfant s'opère sous l'aspect familier de la vie quotidienne;
C’est un pli  à lui donner, un désir de savoir à faire naître en lui par les deux procédés bien connus des pédagogues : l'habitude et l'imitation. Ce sont, au début, les objets de la classe, de la cour, du jardin, de la rue, qui doivent donner prétexte à des observations précises reliées par des raisonnements simples. Il y a des leçons de langage à faire avec l'histoire d'un grain de blé, d'un olivier, d'un ver à soie. La collection des observations et des expériences fondées sur la vie la plus ordinaire, sur le mode d'activité agricole ou industrielle le plus voisin ou le plus familier, servira ensuite à préparer un enseignement méthodique de physique, chimie, histoire naturelle, avec des applications à l'hygiène, et suivant les lieux et les cas, à l'agriculture et à l'industrie, La place importante réservée dans les programmes à l'enseignement scientifique aura d'ailleurs une sanction à l'examen du C.E. P. E. qui comprendra désormais une épreuve écrite spéciale sur les connaissances usuelles..

il faut que dans le détail, le programme soit assoupli et adapté aux nécessités de chacun

Telle est la première nouveauté générale qui doit pénétrer désormais les programmes et les méthodes de l'enseignement primaire. C'est par elle qu'il apparaîtra comme une initiation à la vie réelle. Mais c'est précisément parce que là vie réelle ne se présente pas pour tous les écoliers sous le même aspect qu'il faut que dans le détail le programme soit assoupli et adapté aux nécessités de chacun. Or, il ne peut échapper à personne que la différence la plus apparente qui existe entre nos écoliers est celle que créent la langue et la race. Si notre devoir est de rapprocher de plus en plus les indigènes de la population française, d'être leurs guides, leurs initiateurs, notre devoir d'éducateurs est aussi de tenir compte des conditions réelles où se trouve la population des écoliers qui fréquentent nos écoles.
je ne les (programmes) considère en aucune façon comme uniques et rigides

La liberté ménagée aux maîtres par l'article 2 de l'arrêté[11] de ce jour a précisément pour but de permettre l'adaptation du programme scolaire à ces conditions, je ne les considère en aucune façon comme uniques et rigides. Il n'y a, pour ainsi dire, en ces matières que des cas d'espèce.
L'organisation actuelle de nos écoles comportant en fait des établissements où les enfants européens et indigènes sont isolés, d'autres où ils sont mêlés en proportions très inégales  et très variées, il serait vain de prévoir une réglementation précise pour des types aussi divers. C'est à l'initiative des maîtres surveillée, excitée par vous qu'il appartient, peut être, probablement même après des tâtonnements nécessaires, de fixer l'organisation pédagogique de chaque école.
S'il y a des cas — et il faut les espérer nombreux dans le présent — où toutes les matières du programme peuvent être utilement enseignées, s'il faut le souhaiter dans l'avenir pour toutes les écoles. Si  nous devons y préparer toute la population, par des mesures appropriées et par une série de réformes, il est actuellement impossible de ne pas tenir compte de faits évidents comme ceux que vous connaissez bien, tels que les classes de demi-temps pour les indigènes qui emploient le reste de la journée à l'étude de l'arabe ou de l'hébreu : la nécessité pour les étrangers de consacrer dans les débuts de nombreuses leçons à l'étude de la langue qui sert de véhicule à l’enseignement.
Ici donc, la règle d'inspiration, c'est de se demander, étant donné le temps que les enfants passent   à l'école, leur âge et leurs aptitudes, quel est le maximum de services à leur rendre. Je ne veux pas reproduire ici la discussion du Conseil, Je vous invite à attirer sur elle l'attention des maîtres, mais, pour en mieux marquer la portée, j'insisterai sur deux exemples.
l'école ferait ...œuvre vaine, si elle prétendait initier aux détails de toute histoire qui resterait étrangère à la Tunisie où à la France moderne.... l'enseignement historique sera adapté aux besoins des élèves et son programme limité, aux éléments assimilables.

Le programme général prescrit un enseignement des éléments de l'histoire de la France et de l'Afrique du Nord. Qui ne voit dans quel embarras se trouvait le maître qui aurait à faire une leçon d'histoire dans un cours enfantin[12] et même dans un cours élémentaire d'élèves étrangers oui indigènes? Quelles que fussent sa science pédagogique et son ingéniosité, il ne parviendrait pas à se faire entendre. L'enseignement de l’histoire est matériellement impossible avec de tels élèves, et sans doute le directeur de l'école le supprimerait du programme et de l'emploi dû temps. Mais poursuivons. Nos élèves ont grandi, ils se sont familiarisés avec notre langue et nous les retrouvons dans les cours moyen et supérieur en état de  comprendre l'enseignement historique et d'en profiter. Alors, l'histoire des Carthaginois et des Romains en Tunisie, la conquête arabe, le passage des autres envahisseurs, l'œuvre de la France surtout seraient de nature à intéresser les élèves indigènes..
Ils en retireront sans doute plus de profit que de l'étude des Gaulois et des Francs, des Normands, de la Féodalité, des Communes, de la guerre de Cent ans, des guerres de religion. S'il est utile pour comprendre la situation actuelle de la Tunisie qu'ils connaissent les relations qui ont existé à diverses époques et particulièrement depuis un siècle entre la France et la Régence ; s'il convient de ne pas leur laisser ignorer les noms des grands hommes qui ont illustré leur pays, la Franco et l'humanité, l'état politique de leur pays avant et depuis notre occupation, l'école ferait, semble-t-il, œuvre vaine, si elle prétendait les initier aux détails de toute histoire qui resterait étrangère à la Tunisie où à la France moderne. Dès lors la conclusion se présente d'elle-même : l'enseignement historique sera adapté aux besoins des élèves et son programme limité, aux éléments assimilables.

2.    L’enseignement des connaissances scientifiques usuelles

dans l'école franco-arabe de la campagne, c'est par l'exercice de langage le plus élémentaire, sur les choses les plus simples de la vie ordinaire, que l'enfant devra prendre le premier contact avec les réalités de l'existence.

Des considérations de même nature conduisent à des conséquences analogues dans l'enseignement des connaissances scientifiques usuelles.
Quelques  indigènes des villes, un assez grand nombre d'étrangers et la plupart des petits Français en arrivant à l'école, ont sur les choses de la vie réelle des notions acquises dans la famille ou la vie de tous les jours.
Leurs habitations sont pourvues de meubles et d'ustensiles divers, dont ils savent l'utilité, Ils ont vu les artisans des principaux métiers employer un certain nombre d'outils et de machines. Ils ont contracté dans leur famille certaines habitudes de tenue, de bien-être. Toutes ces choses sont la plupart du temps inconnues du bédouin ou du fellah. Aussi l'enseignement destiné aux premiers  mettant à profil les connaissances acquises, prendra dans la leçon de choses, au cours enfantin même, une portée déjà un peu scientifique, tandis que, dans l'école franco-arabe de la campagne, c'est par l'exercice de langage le plus élémentaire, sur les choses les plus simples de la vie ordinaire, que l'enfant devra prendre le premier contact avec les réalités de l'existence.
Dès le cours enfantin, même s'il n'agit d'élèves étrangers et indigènes, les leçons de langage — à raison de deux par jour au moins — devront autant que possible porter sur les choses réelles de la vie enfantine.
Dans les cours élémentaire et moyen, L'emploi du temps réservera une place suffisante aux exercices d'observation et d'application : expériences, travaux au jardin, visites et promenades industrielles ou agricoles.

Dans les cours élémentaire et moyen, la leçon de choses   proprement  dite de 30 ou 45 minutes figurera au moins une fois dans les exercices de chaque jour. Cet enseignement sera complété et étendu dans le cours supérieur par l'enseignement  ordonné et méthodique des connaissances scientifiques usuelles avec leurs applications à l'hygiène, à l'agriculture et aux industries locales. L'emploi du temps réservera une place suffisante aux exercices d'observation et d'application : expériences, travaux au jardin, visites et promenades industrielles ou agricoles.
En dehors des leçons régulières, un enseignement occasionnel suivant les saisons et les circonstances est recommandé. Les programmes détaillés et |le tableau  de  l’emploi  du temps mentionneront ces leçons.

3.    L’organisation pédagogique et les  règles pédagogiques

Il va sans dire que dans la rédaction de leur projet , les directeurs et directrices appliqueront les prescriptions réglementaires en vigueur et s'inspireront des règles pédagogiques ordinaires, dont le commentaire a été à plusieurs reprises publié dans le Bulletin de l'enseignement public Ces instructions visent les heures des entrées, la durée des classes, la place des récréations, les jours de congé, les enseignements extrascolaires, la dénomination des classes et des cours, la simultanéité dans les écoles-recettes du service scolaire et du service postal,
la nécessité des leçons courtes pour les jeunes enfants en raison de la mobilité et de la puissance d'attention très limitée de leur esprit ; la place des leçons au commencement ou à la fin de la journée ou de la séance, immédiatement après une récréation, selon la difficulté de chaque exercice e| l'effort de réflexion qu'il exige ; la nécessité de séparer les leçons par des chants, des marches, des mouvements pour donner satisfaction au besoin d'activité des élèves : la variété dans la succession des exercices pour intéresser l'élève et éviter la fatigue de l'intelligence : l'usage des devoirs écrits, de la leçon commune et l'emploi des moniteurs dans les écoles à une classe.[13]
Messieurs les Inspecteurs

« Comme les programmes, les horaires devront s'inspirer des besoins des élèves et des nécessités locales. Dans une même ville, une école réservée aux européens, une autre ne recevant que des indigènes, une troisième fréquentée par des enfants de diverses nationalités auront forcément un emploi du temps différent. L'école urbaine et l'école rurale, celle du littoral, celle des hauts plateaux, d’un pays agricole et d'une région industrielle ne peuvent suivre le même horaire »

Telles sont dans les grandes lignes la nature et l'esprit de la réforme des programmes dont l'application vous est confiée. Votre rôle va commencer dès l'examen que vous allez faire des projets d'emplois du temps pour l'année scolaire 1909-1910.
Vous aurez à mettre en pratique des vues nouvelles sur les programmes et la méthode d'instruction. Comme les programmes, les horaires devront s'inspirer des besoins des élèves et des nécessités locales. Dans une même ville, une école réservée aux Européens, une autre ne recevant que des indigènes, une troisième fréquentée par des enfants de diverses nationalités auront forcément un emploi du temps différent. L'école urbaine et l'école rurale, celle du littoral, celle des Hauts Plateaux, d’un pays agricole et d'une région industrielle ne peuvent suivre le même horaire.
Le règlement laisse au directeur de l’école l'initiative du projet ... Mais il ne manquera pas …de consulter ses collaborateurs. La collaboration active et éclairée du personnel est à la base de la réforme de l'enseignement

l'avis de tout le personnel chargé de l'enseignement sera précieux pour là répartition par cours, par classe, par trimestre ou mieux par mois des matières du plan d'études

Le règlement laisse au directeur de l’école l'initiative du projet qui doit vous être soumis. Mais il ne manquera pas sans doute de consulter ses collaborateurs. La collaboration active et éclairée du personnel est à la base de la réforme de l'enseignement. Qui peut mieux connaître les besoins des populations et les difficultés spéciales à chaque région que les maîtres qui, dans leur classe, comme dans la vie quotidienne, sont sans cesse aux prises avec ces difficultés et ces besoins? Dans certaines écoles à plusieurs classes, les maîtres ont pris depuis quelque temps l'habitude de réunions pédagogiques dans lesquelles sont étudiées en commun les questions du règlement, programmes, emploi du temps, discipline, etc. Cette pratique est à encourager. Dans l'application à chaque école du programme général, l'avis de tout le personnel chargé de l'enseignement sera précieux pour là répartition par cours, par classe, par trimestre ou mieux par mois des matières du plan d'études,
Les programmas détaillés une fois établis pour chaque classe, il restera à fixer le nombre d'heures à attribuer par jour et par semaine à chaque enseignement selon son importance relative, que lui attribuent l'origine des élèves, la région, la localité, et à répartir dans le tableau horaire qui sera soumis à votre examen les différentes leçons qui composeront la semaine de travail d'un écolier.
l'application et l'expérience de chaque jour feront sans doute ressortir des imperfections dont il sera pris note pour faire subir au tableau, au moment opportun, lors d'une de vos visites ou au commencement de l'année suivante les retouches nécessaires.

J'insiste à nouveau sur l'importance à accorder partout, dans toutes les classes, celles qui sont exclusivement composées de Français, comme celles qui reçoivent uniquement des étrangers ou des indigènes, à l’enseignement des  connaissances pratiques. Une fois l'emploi du temps ainsi établi,  approuvé et mis en vigueur, l'application et l'expérience de chaque jour feront sans doute ressortir des imperfections dont il sera pris note pour faire subir au tableau, au moment opportun, lors d'une de vos visites ou au commencement de l'année suivante les retouches nécessaires.
J'attacherai du prix à ce que chaque maître ait sous les yeux en classe, en même temps que son emploi du temps, ses notes d'inspection, son journal de classe, ses cahiers de préparation et recueils de devoirs, la répartition mensuelle  des matières du programme adoptée pour le cours dont il est chargé, avec une marge suffisante pour inscrire les annotations que la pratique journalière et les Inspections auront suggérées. Lors de vos tournées, vous ne manquerez pas do vous faire présenter ces documents sur lesquels vous pourrez, si vous le jugez utile, consigner vous-même ou faire inscrire les corrections, compléments, suppressions et toutes modifications nécessaires.
L'examen des rapports périodiques de décembre, de mars et de fin d'année et des autres renseignements que vous croirez devoir demander aux maîtres vous permettront de contrôler el de corriger au besoin la marche des études dans les écoles.

4.    L’appréciation de la valeur pédagogique des maîtres

Dans l'appréciation de la valeur pédagogique des maîtres et des résultats obtenus, vous tiendrez le plus grand compte des efforts individuels, faits dans le sens de l'adaptation des leçons au milieu, du développement des connaissances scientifiques d'après l'esprit de la nouvelle méthode en vigueur.
La note en chiffre qui résume votre appréciation et qui est un des éléments de l'avancement au choix sera naturellement en rapport avec les constatations que vous aurez faites.


Je me réserve d'ailleurs d'examiner avec vous s'il ne conviendrait pas pour encourager les bonnes volontés et mieux marquer l'importance que j'attache à la réforme d'accorder des récompenses particulières aux maîtres qui se seront signalés par leur esprit d'initiative et par leur zèle.
S. CHARLETY.

Traduction  et commentaire Hédi Bouhouch &Mongi Akrout , Inspecteurs généraux de l'éducation
Tunis  , Mars 2015


    




[1]  L .Machuel  fut nommé Directeur général honoraire,   en guise de reconnaissance pour les services  qu’il avait rendus à l’enseignement en Tunisie et maintenu en service détaché en Tunisie chargé d’une mission spéciale.
[2] Sébastien Charléty ( 1867-1945) , Professeur d’histoire à la faculté des lettres de Lyon, a travaillé en Algérie, puis mis à la disposition du gouvernement tunisien en 1906  et nommé le 1° janvier 1908  inspecteur général de l’enseignement professionnel , le 6 juillet 1908 , il est nommé directeur de l’enseignement , la nomination prenant effet le 1° octobre .

[3] Voir l’arrêté du 26 février publié dans le BOIP  n° 26 - de l’année 1909.

[4] Le Conseil de l’Instruction publique ( C.I.P)  a été institué par le décret Beylical de 1888 , relatif à l’organisation de l’enseignement dans la régence , il comprend parmi ses membres des représentants des colons français installés en Tunisie.
[5]  voir PV des délibérations du conseil  in B.O.I.P , Année 23; N° 28 , Juin 1909.
[6]  voir les délibérations à propos de l'examen du certificat  de fin d'études élémentaires , B.O.I.P n°28 , année 23
[7] Il s’agit de l’arrêté du Directeur général de l’enseignement public , relatif au programme de l’enseignement primaire en date du 30 juin 1909 et qui entra en application à la rentrée 1909/1910, le texte de l’arrêté est publié dans le BOIP N°28 , Février 19 09
[8]  Voir l’arrêté du 23 novembre 1908 fixant les membres de la commission , à noter que cette commission comprenait deux membres tunisiens , il s’agit de Mohamed Lasram et de Kairallah Ben Mustapha , BOIP n° 18 ; février 1909.

[9] Les travaux de la commission de la commission de la réforme de l’enseignement primaire ont démarré depuis le 23 décembre 1908.
[10]  Il veut parler de la discussion  du conseil de l’instruction publique  du projet du programme proposé l tenue le 29 mai 1909 .
[11]Il s’agit de l’arrêté relatif au programme de l’enseignement primaire du 30 juin 1909
[13]  Voir les N°  18, 19 et 20 de 1989 ; 41 de 1904 ,16 de 1907.


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