« Nous ne pouvons améliorer
les résultats des examens et des concours nationaux au niveau des régions, ni même au sein d’une même
région, en l’absence d’une vision stratégique d’une réforme sur le terrain.
Comme je l’ai déjà souligné à plusieurs reprises, cette réforme doit être,
avant tout, une réforme décentralisée, que nous pouvons qualifier de réforme
locale, réaliste et durable, car elle sera étroitement liée au contexte et aux
conditions d’apprentissage propres à chaque région.
La réforme que nous défendons va
atténuer l’approche centralisée, souvent déconnectée des spécificités et des
dynamiques socioculturelles locales, lesquelles peuvent différer d’une région à
l’autre. Lorsque plusieurs régions partagent des réalités similaires du fait de
la présence des mêmes facteurs et des
mêmes variables, à ce moment l’importance des observatoires régionaux et
interrégionaux se fera sentir. J’avais rêvé de mettre en place ces observatoires comme des
bureaux d’études et des laboratoires de recherche et d’évaluation périodique décentralisée,
qui viennent en appui — et non en
opposition à l’administration centrale, avec des équipes pluridisciplinaires
incluant notamment des experts en sociologie de l’éducation et en psychologie
de l’éducation.
Il est également essentiel que
tous les acteurs s’unissent et qu’une approche participative soit adoptée,
fondée sur une lecture horizontale et verticale des résultats, et la
publication annuelle des rapports et des conclusions des recherches. Cela
n’exclut pas non plus la possibilité d’une réforme à l’échelle de chaque
établissement, chaque bassin pédagogique et chaque filière, et section ou type
de classe.
Il est en outre indispensable
d’installer des laboratoires de langues, de mathématiques, de sciences physiques de technologie, d’informatique et de sciences
humaines, afin d’encourager la lecture et la culture, à travers
l’auto-apprentissage, et l’apprentissage
par les projets, les méthodes d’exploration, de recherche, les forums et les
ateliers de toutes sortes. Mais plus important encore, il faut créer un lien
fondamental entre l’éducation, la culture, les arts et le sport. Il est
inadmissible qu’après plus de 60 ans d’indépendance, il existe toujours une
barrière entre l’école et les bibliothèques, les théâtres, les musées, les
cinémas, les stades et les salles de sport.
Il est tout aussi inacceptable
que nos programmes continuent à recycler des œuvres littéraires et des textes
dépourvus de mémoire nationale, sans aucune graine de pensée éclairée, de
conscience de l’appartenance ou d’enracinement de l’enfant dans son
environnement et dans son milieu.
Je conclurai en disant que
l’éducation à l’environnement, ou ce que l’on appelle aujourd’hui « l’éducation
écologique », est quasiment absente de nos écoles, pourtant, nous avons un
besoin urgent d’une éducation à l’alimentation saine, aux espaces propres, la
collecte des eaux, aux fermes pédagogiques, à l’expérimentation de la
germination, aux pépinières, aux ruches, aux réserves naturelles — autant
d’éléments qui relient l’enfant à la terre, aux plantes et aux animaux, tout en
le sensibilisant aux changements climatiques et aux menaces naturelles
imminentes.
Que cela soit une occasion pour
renouveler les programmes de deux matières que je considère fondamentales dans
la formation et la culture de l’enfant : l’histoire et la géographie, qui,
malheureusement, sont encore enseignées par la dictée et avec des méthodes
pédagogiques obsolètes.
Il serait souhaitable que toutes
les disciplines coopèrent et s’enrichissent mutuellement à travers des projets
transversaux qui abolissent les frontières entre les sciences, les lettres, les
humanités, l’éducation physique, l’éducation religieuse et l’éducation civique.
Ainsi, nous aurons une éducation fidèle à un modèle tunisien authentique,
réaliste et prometteur, capable de relier le projet personnel de l’élève aux
projets de l’école, de la société et du développement.
Saloua Abassi,
Inspectrice générale de l’éducation
Tunis, juin
2025

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire