dimanche 8 février 2026

Pour une réforme éducative décentralisée, réaliste et durable,

Mme Saloua Abassi Ben Ali

Le blog pédagogique a le plaisir de proposer à ses lectrices et ses lecteurs  un texte  posté  par Mme   Saloua Abassi Ben Ali, l’inspectrice générale de l’éducation et ancienne ministre de l’Éducation. Nous avons choisi  de reprendre ce texte parce qu’il traite de questions très importantes en rapport avec la réforme du système éducatif tunisien en se basant sur des éléments pratiques et concrets comme : 

les inégalités régionales des résultats aux examens nationaux, l’absence d’une stratégie de décentralisation, l’importance de la création de laboratoires disciplinaires, l’ouverture de l’école sur son environnement culturel, artistique,  sportifs , le décloisonnement des disciplines…

Mme Saloua  plaide pour une réforme éducative décentralisée, réaliste et durable, adaptée aux spécificités de chaque région.

À travers une lecture à la fois stratégique et humaine, Mme Abassi Ben Ali interpelle les éducateurs, les décideurs et les chercheurs sur l’urgence de repenser les finalités, les méthodes et les rapports entre l’école et son environnement.

Le blog pédagogique tient à remercier Mme Abassi Ben Ali pour sa confiance en nous autorisant à republier sa réflexion, et nous espérons que ce sera le début d’une collaboration    pour le bien de l’école tunisienne’.

 

« Nous ne pouvons améliorer les résultats des examens et des concours nationaux au niveau  des régions, ni même au sein d’une même région, en l’absence d’une vision stratégique d’une réforme sur le terrain. Comme je l’ai déjà souligné à plusieurs reprises, cette réforme doit être, avant tout, une réforme décentralisée, que nous pouvons qualifier de réforme locale, réaliste et durable, car elle sera étroitement liée au contexte et aux conditions d’apprentissage propres à chaque région.

La réforme que nous défendons va atténuer l’approche centralisée, souvent déconnectée des spécificités et des dynamiques socioculturelles locales, lesquelles peuvent différer d’une région à l’autre. Lorsque plusieurs régions partagent des réalités similaires du fait de la présence des mêmes facteurs et  des mêmes variables, à ce moment  l’importance des observatoires régionaux et interrégionaux se fera sentir. J’avais rêvé  de mettre en place ces observatoires comme des bureaux d’études et des laboratoires de recherche et d’évaluation périodique décentralisée, qui viennent  en appui — et non en opposition à l’administration centrale, avec des équipes pluridisciplinaires incluant notamment des experts en sociologie de l’éducation et en psychologie de l’éducation.

Il est également essentiel que tous les acteurs s’unissent et qu’une approche participative soit adoptée, fondée sur une lecture horizontale et verticale des résultats, et la publication annuelle des rapports et des conclusions des recherches. Cela n’exclut pas non plus la possibilité d’une réforme à l’échelle de chaque établissement, chaque bassin pédagogique et chaque filière, et section ou type de classe.

Il est en outre indispensable d’installer des laboratoires de langues, de mathématiques, de sciences  physiques  de technologie, d’informatique et de sciences humaines, afin d’encourager la lecture et la culture, à travers l’auto-apprentissage,  et l’apprentissage par les projets, les méthodes d’exploration, de recherche, les forums et les ateliers de toutes sortes. Mais plus important encore, il faut créer un lien fondamental entre l’éducation, la culture, les arts et le sport. Il est inadmissible qu’après plus de 60 ans d’indépendance, il existe toujours une barrière entre l’école et les bibliothèques, les théâtres, les musées, les cinémas, les stades et les salles de sport.

Il est tout aussi inacceptable que nos programmes continuent à recycler des œuvres littéraires et des textes dépourvus de mémoire nationale, sans aucune graine de pensée éclairée, de conscience de l’appartenance ou d’enracinement de l’enfant dans son environnement et dans son milieu.

Je conclurai en disant que l’éducation à l’environnement, ou ce que l’on appelle aujourd’hui « l’éducation écologique », est quasiment absente de nos écoles, pourtant, nous avons un besoin urgent d’une éducation à l’alimentation saine, aux espaces propres, la collecte des eaux, aux fermes pédagogiques, à l’expérimentation de la germination, aux pépinières, aux ruches, aux réserves naturelles — autant d’éléments qui relient l’enfant à la terre, aux plantes et aux animaux, tout en le sensibilisant aux changements climatiques et aux menaces naturelles imminentes.

Que cela soit une occasion pour renouveler les programmes de deux matières que je considère fondamentales dans la formation et la culture de l’enfant : l’histoire et la géographie, qui, malheureusement, sont encore enseignées par la dictée et avec des méthodes pédagogiques obsolètes.

Il serait souhaitable que toutes les disciplines coopèrent et s’enrichissent mutuellement à travers des projets transversaux qui abolissent les frontières entre les sciences, les lettres, les humanités, l’éducation physique, l’éducation religieuse et l’éducation civique. Ainsi, nous aurons une éducation fidèle à un modèle tunisien authentique, réaliste et prometteur, capable de relier le projet personnel de l’élève aux projets de l’école, de la société et du développement.

Saloua Abassi, Inspectrice générale de l’éducation

Tunis, juin 2025

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