dimanche 25 janvier 2026

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Le blog pédagogique consacre le billet de cette semaine à la présentation de l’ouvrage « Recherches et études sur l’éducation – Modernité et enjeux de l’éducation et de l’enseignement en Tunisie et dans les pays arabes » œuvre de nos deux amis M.M .Mustapha Chikh Zaouali & Mehrez Drissi. L’ouvrage s’inscrit dans le débat contemporain sur l’éducation, la modernité et les processus de réforme éducative en Tunisie et dans les pays arabes.


À travers six contributions théoriques et empiriques, les auteurs abordent les philosophies éducatives contemporaines, les paradigmes de l’innovation pédagogique, la crise des réformes éducatives, les limites de la socialisation politique à l’école, le rôle de l’institution scolaire dans la prévention de l’extrémisme, ainsi que les stratégies développées par les élèves pour faire face aux contraintes scolaires.

 L’ouvrage met en évidence le lien étroit entre modernisation sociale et transformation éducative, et plaide pour des politiques éducatives  fondées sur une vision sociétale partagée, des approches participatives et une école ouverte sur les valeurs de citoyenneté, de responsabilité et de dignité humaine, en phase avec les exigences du XXIᵉ siècle.

 

 

Présentation de l’ouvrage.



Dans un contexte mondial marqué par des transformations accélérées, les questions de l’éducation et de l’enseignement occupent une place centrale dans les débats intellectuels et politiques, notamment au regard des défis auxquels la Tunisie et les sociétés arabes sont confrontées dans leur quête de modernisation et de développement. L’éducation est considérée comme un pilier fondamental de la construction de l’avenir, ce qui impose de repenser les philosophies éducatives dominantes et d’en interroger l’adéquation aux exigences de l’époque. Le sujet de l’éducation et de l’enseignement continuera d’occuper une place constante dans l’espace public, dépassant ainsi une approche purement normative ou législative, pour affirmer que la problématique éducative ne se réduit pas aux seules problématiques de l’enseignement, mais qu’elle recouvre fondamentalement l’enjeu de la modernisation sociétale. Elle constitue, en effet, un indicateur précis et un véritable baromètre du degré d’ancrage du progrès des valeurs dans chaque société

Malgré les acquis et les apports spécifiques de l’école tunisienne et arabe, ainsi que son rôle avancé dans de nombreux domaines, l’attention réelle et sincère portée à son efficacité et à son impact sur la réalité demeure un défi majeur. Il ne saurait être question de se satisfaire des réalisations accomplies, celles-ci restant à tout moment menacées par la régression et l’érosion progressive. C’est pourquoi nous sommes convaincus que la continuité du débat éducatif et la recherche constante de nouveaux leviers pour renforcer la performance de l’école, moderniser ses valeurs et dynamiser son efficacité constituent une nécessité impérieuse. Elles confèrent à l’éducation et à l’enseignement une dimension émancipatrice pour la société, un signe de son élévation, de la clarté de sa vision et de son engagement humaniste, tout en traduisant le degré d’enracinement des valeurs sociétales modernes.

Le chemin reste long et sinueux, d’autant plus que nous assistons aujourd’hui au retour de nombreuses manifestations passéistes qui bouleversent l’échelle des valeurs modernes et affectent les rôles et la vitalité de l’école. Dès lors, le dialogue autour de l’éducation devient un chemin de défense de la liberté de l’apprenant et de consolidation de sa citoyenneté. Il est également la voie d’une humanité en quête d’ouverture, cherchant à s’affranchir de la pression de l’instant pour s’ouvrir à l’horizon de l’espoir, à l’espace de la dignité et à l’affirmation de l’essence humaine. Les opportunités de débat, d’écriture et de réflexion dialogique demeurent ainsi des moments privilégiés pour maintenir les questions éducatives ouvertes, vigilantes et actives au cœur des transformations sociales, culturelles et éducatives.

L’ouvrage « Recherches et études sur l’éducation.. » s’inscrit dans cette perspective en tant que contribution au débat public et à la stimulation de la réflexion sur les questions de l’éducation, de l’école, ainsi que de la défense des apprenants et de leurs droits, sans exclusion ni fragmentation. Il rassemble six articles à caractère éducatif qui, sans toujours prétendre à une stricte rigueur méthodologique, développent des idées et des propositions d’une importance telle que leur publication s’est imposée, afin d’en élargir la diffusion et d’approfondir le questionnement éducatif.. Trois articles sont signés par le chercheur Mustapha Chikh Zaouli et trois par le chercheur Mahrez Drissi. Ces études visent à analyser la relation entre les philosophies éducatives contemporaines et la modernité, à explorer les voies du renouvellement pédagogique, à examiner la crise de la réforme éducative en Tunisie, les limites de la socialisation politique dans les espaces scolaires, la contribution de l’école à la prévention des comportements extrémistes, ainsi que la manière dont les élèves font face aux pressions scolaires.

Le premier article, intitulé « Les philosophies éducatives contemporaines et les problématiques de l’éducation et de la modernité en Tunisie et dans les pays arabes», analyse la relation entre les philosophies éducatives contemporaines et le paradigme de la modernité, et en explore les implications pour relever les défis éducatifs en Tunisie et dans les pays arabes. Il se compose de quatre parties : la première présente les philosophies éducatives contemporaines ; la deuxième discute les problématiques de l’éducation et de la modernité ; la troisième examine l’expérience tunisienne ; tandis que la dernière propose une vision de la modernité et de l’éducation adaptée aux exigences du XXI siècle.

 

 

 

 

 

Le deuxième article, intitulé « Les paradigmes de l’innovation éducative », s’attache à identifier les principales orientations dans l’approche de l’innovation éducative à travers l’analyse de la littérature éducative consacrée à ce thème depuis plus de cinquante ans. Il met en comparaison deux paradigmes éducatifs, chacun proposant une vision distincte de l’innovation éducative.
Après avoir précisé les caractéristiques du concept d’innovation dans les sciences de l’éducation, l’article examine, dans une première partie, les approches dominantes de l’innovation éducative, puis aborde, dans une seconde partie, les nouvelles approches, en mettant l’accent sur leurs fondements théoriques, leurs composantes méthodologiques, ainsi que sur les politiques éducatives, les pratiques opérationnelles et les effets qu’elles engendrent sur le terrain.

Le troisième article, intitulé "Manifestations de la crise de la réforme éducative en Tunisie", souligne que toute démarche réformatrice doit s’appuyer sur une véritable capitalisation des expériences. L’éducation a besoin de se nourrir tant des réussites que des impasses et des difficultés rencontrées ; car c’est précisément à travers ses victoires et ses revers que le système éducatif gagne en maturité et se fortifie. Parmi les problématiques majeures des processus de réforme éducative figure le monopole exercé par l’État et ses appareils sur leur orientation, leurs finalités et le choix de leurs acteurs. Si les responsables politiques affichent un attachement formel à la réforme, ils manquent de vision claire et de stratégie cohérente, étant absorbés par des enjeux de pouvoir qui relèguent l’éducation au bas de leurs priorités. L’article analyse ainsi le modèle de réforme entravé en Tunisie, tout en soulignant que cette expérience recèle les germes d'obstacles structurels communs à la plupart des systèmes éducatifs arabes.

Le quatrième article, « Les limites de la socialisation politique dans les espaces éducatifs : la Tunisie comme exemple », analyse une contradiction centrale entre la généralisation de l’enseignement et la diffusion des établissements scolaires sur l’ensemble du territoire, d’une part, et l’atrophie d’une socialisation ouverte à la dimension politique, L’école, en tant que service public, cherche à éduquer l’élève dès les premières années scolaires à la perception de l’espace / le rythme politique selon des facteurs qui le maintiennent souvent prisonnier du discours éducatif officiel. Cela conduit fréquemment à une incapacité de participation active à la vie sociale et culturelle et à une forme d’aliénation vis-à-vis de la société. Le modèle dominant de socialisation scolaire reste ainsi dépourvu de véritable socialisation politique, les établissements n’ayant pas dépassé le cadre strictement de l’apprentissage pour devenir des institutions qui s’investissent dans les affaires publiques, promouvant la culture de la participation et permettent aux apprenants de connaissances encadrant leurs prises de positions et leurs orientations politiques. L’article cherche à dévoiler ce qui se joue à l’intérieur de cette « boîte noire » à travers l’analyse de situations d’intégration défaillante et de formes de socialisation fluide résultant du formatage des relations et de la pression exercée par l’institution.

Le cinquième article, intitulé «La contribution de l'école à la prévention des comportements extrémistes», examine le rôle de l'institution scolaire face aux défis de l'extrémisme. L'auteur y souligne les limites des réformes tunisiennes en matière de socialisation socio-politique, tout en questionnant leurs référentiels, les manuels scolaires ainsi que la dynamique des activités au sein du système éducatif. Il démontre que ces interventions se sont cantonnées à de simples ajustements techniques, sans pour autant aboutir à une réforme globale et profonde, capable d'instaurer une véritable culture de la responsabilité sociale

L'auteur soutient que l’école tunisienne, à l’instar des systèmes éducatifs arabes, ne s’est pas construite sur un paradigme clair, ni sur une vision nationale définie ou une stratégie cohérente et prospective susceptible d’assécher les sources de l’extrémisme. Il démontre que le système éducatif se limite souvent à la transmission de savoirs académiques, sans interaction réelle avec les mutations sociales, la montée des risques et les phénomènes extrémistes. Ce modèle apparaît ainsi inadapté aux exigences d’ancrage des compétences, des valeurs et des attitudes chez les jeunes, qui leur permettraient de développer la capacité nécessaire pour affronter et déconstruire les idées radicales.

Enfin, le sixième article, intitulé « Évaluation des stratégies des élèves face aux contraintes scolaires », s’ouvre sur des interrogations concernant la nature des contraintes auxquelles sont soumis les élèves des cycles secondaire et préparatoire en Tunisie, ainsi que sur les stratégies qu’ils adoptent pour y faire face. Il s’appuie sur une approche microsociologique, postulant que les élèves ne sont pas de simples récepteurs passifs des contraintes scolaires, mais des acteurs sociaux capables de développer leurs propres stratégies d’adaptation.

Les contributions réunies dans cet ouvrage sont traversées par un fil conducteur commun, articulant la problématique de la modernisation de la société — idée centrale de la pensée de la Renaissance (Nahda) — aux enjeux de l’éducation, de l’enseignement et de la socialisation. Le processus de modernisation et des Lumières y est indissociable de l'innovation éducative, du renouveau pédagogique et de l'actualisation des théories contemporaines. Il s’agit d’engager des réformes fondées sur une véritable volonté sociétale et sur des concertations horizontales, rompant ainsi avec toute approche de réforme centralisée et verticale.

Ces tensions entre réforme sociale et réforme éducative se heurtent à de nombreuses crises et obstacles que les acteurs du champ éducatif, tant sur le plan théorique que pratique, se doivent d’analyser afin de dépasser leurs impasses méthodologiques et conceptuelles, en élargissant le cercle des intervenants et des partenaires. Cela permet de créer des contextes favorables à la réussite des projets de modernisation et de réforme, en offrant aux apprenants des conditions de socialisation adaptées, les libérant des logiques de l’école fermée pour favoriser l’enracinement des valeurs citoyennes et l’activation des rôles sociaux. L’école peut ainsi contribuer de manière efficace à la prévention de toutes les formes d’extrémisme, par la mise à niveau des programmes, l’ouverture  de l’école aux nouvelles compétences et aux défis émergents, et dotant les élèves de stratégies capables de  faire face aux contraintes scolaires

À travers une diversité d'approches théoriques et empiriques, cet ouvrage propose des contributions complémentaires visant à approfondir la compréhension des défis éducatifs contemporains. Il ambitionne ainsi de formuler des pistes de réflexion pouvant servir de socle à des politiques éducatives plus performantes, en adéquation avec les exigences du XXIe siècle

Les auteurs : Mehrez Drissi & Mustapha Chikh Zaouli

Tunis - janvier2026

Traduit par Mongi Akrout, inspecteur général de l'éducation

Pour accéder à la version ARABE, cliquer ICI

 

 

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