Présentation de l’ouvrage.
Dans un contexte mondial marqué
par des transformations accélérées, les questions de l’éducation et de
l’enseignement occupent une place centrale dans les débats intellectuels et
politiques, notamment au regard des défis auxquels la Tunisie et les sociétés
arabes sont confrontées dans leur quête de modernisation et de développement.
L’éducation est considérée comme un pilier fondamental de la construction de
l’avenir, ce qui impose de repenser les philosophies éducatives dominantes et
d’en interroger l’adéquation aux exigences de l’époque. Le sujet de l’éducation
et de l’enseignement continuera d’occuper une place constante dans l’espace
public, dépassant ainsi une approche purement normative ou législative, pour
affirmer que la problématique éducative ne se réduit pas aux seules problématiques
de l’enseignement, mais qu’elle recouvre fondamentalement l’enjeu de la
modernisation sociétale. Elle constitue, en effet, un indicateur précis et un
véritable baromètre du degré d’ancrage du progrès des valeurs dans chaque
société
Malgré les acquis et les apports
spécifiques de l’école tunisienne et arabe, ainsi que son rôle avancé dans de
nombreux domaines, l’attention réelle et sincère portée à son efficacité et à
son impact sur la réalité demeure un défi majeur. Il ne saurait être question
de se satisfaire des réalisations accomplies, celles-ci restant à tout moment
menacées par la régression et l’érosion progressive. C’est pourquoi nous sommes
convaincus que la continuité du débat éducatif et la recherche constante de
nouveaux leviers pour renforcer la performance de l’école, moderniser ses
valeurs et dynamiser son efficacité constituent une nécessité impérieuse. Elles
confèrent à l’éducation et à l’enseignement une dimension émancipatrice pour la
société, un signe de son élévation, de la clarté de sa vision et de son
engagement humaniste, tout en traduisant le degré d’enracinement des valeurs
sociétales modernes.
Le chemin reste long et sinueux,
d’autant plus que nous assistons aujourd’hui au retour de nombreuses
manifestations passéistes qui bouleversent l’échelle des valeurs modernes et
affectent les rôles et la vitalité de l’école. Dès lors, le dialogue autour de
l’éducation devient un chemin de défense de la liberté de l’apprenant et de
consolidation de sa citoyenneté. Il est également la voie d’une humanité en
quête d’ouverture, cherchant à s’affranchir de la pression de l’instant pour
s’ouvrir à l’horizon de l’espoir, à l’espace de la dignité et à l’affirmation
de l’essence humaine. Les opportunités de débat, d’écriture et de réflexion
dialogique demeurent ainsi des moments privilégiés pour maintenir les questions
éducatives ouvertes, vigilantes et actives au cœur des transformations
sociales, culturelles et éducatives.
L’ouvrage « Recherches et
études sur l’éducation.. » s’inscrit dans cette perspective en tant
que contribution au débat public et à la stimulation de la réflexion sur les
questions de l’éducation, de l’école, ainsi que de la défense des apprenants et
de leurs droits, sans exclusion ni fragmentation. Il rassemble six articles à
caractère éducatif qui, sans toujours prétendre à une stricte rigueur
méthodologique, développent des idées et des propositions d’une importance
telle que leur publication s’est imposée, afin d’en élargir la diffusion et
d’approfondir le questionnement éducatif.. Trois articles sont signés par le
chercheur Mustapha Chikh Zaouli et trois par le chercheur Mahrez
Drissi. Ces études visent à analyser la relation entre les philosophies
éducatives contemporaines et la modernité, à explorer les voies du
renouvellement pédagogique, à examiner la crise de la réforme éducative en
Tunisie, les limites de la socialisation politique dans les espaces scolaires,
la contribution de l’école à la prévention des comportements extrémistes, ainsi
que la manière dont les élèves font face aux pressions scolaires.
Le premier article, intitulé «
Les philosophies éducatives contemporaines et les problématiques de
l’éducation et de la modernité en Tunisie et dans les pays arabes»,
analyse la relation entre les philosophies éducatives contemporaines et le
paradigme de la modernité, et en explore les implications pour relever les
défis éducatifs en Tunisie et dans les pays arabes. Il se compose de
quatre parties : la première présente les philosophies éducatives
contemporaines ; la deuxième discute les problématiques de l’éducation et de la
modernité ; la troisième examine l’expérience tunisienne ; tandis que la
dernière propose une vision de la modernité et de l’éducation adaptée aux
exigences du XXIᵉ siècle.
Le deuxième article, intitulé «
Les paradigmes de l’innovation éducative », s’attache à identifier
les principales orientations dans l’approche de l’innovation éducative à
travers l’analyse de la littérature éducative consacrée à ce thème depuis plus
de cinquante ans. Il met en comparaison deux paradigmes éducatifs, chacun
proposant une vision distincte de l’innovation éducative.
Après avoir précisé les caractéristiques du concept d’innovation dans les
sciences de l’éducation, l’article examine, dans une première partie, les
approches dominantes de l’innovation éducative, puis aborde, dans une seconde
partie, les nouvelles approches, en mettant l’accent sur leurs fondements
théoriques, leurs composantes méthodologiques, ainsi que sur les politiques
éducatives, les pratiques opérationnelles et les effets qu’elles engendrent sur
le terrain.
Le troisième article, intitulé "Manifestations
de la crise de la réforme éducative en Tunisie", souligne que toute
démarche réformatrice doit s’appuyer sur une véritable capitalisation des
expériences. L’éducation a besoin de se nourrir tant des réussites que des
impasses et des difficultés rencontrées ; car c’est précisément à travers ses
victoires et ses revers que le système éducatif gagne en maturité et se fortifie.
Parmi les problématiques majeures des processus de réforme éducative figure le monopole
exercé par l’État et ses appareils sur leur orientation, leurs finalités et
le choix de leurs acteurs. Si les responsables politiques affichent un
attachement formel à la réforme, ils manquent de vision claire et de stratégie
cohérente, étant absorbés par des enjeux de pouvoir qui relèguent l’éducation
au bas de leurs priorités. L’article analyse ainsi le modèle de réforme entravé
en Tunisie, tout en soulignant que cette expérience recèle les germes
d'obstacles structurels communs à la plupart des systèmes éducatifs arabes.
Le quatrième article, « Les
limites de la socialisation politique dans les espaces éducatifs : la Tunisie
comme exemple », analyse une contradiction centrale entre la
généralisation de l’enseignement et la diffusion des établissements scolaires
sur l’ensemble du territoire, d’une part, et l’atrophie d’une socialisation
ouverte à la dimension politique, L’école, en tant que service public, cherche
à éduquer l’élève dès les premières années scolaires à la perception de
l’espace / le rythme politique selon des facteurs qui le maintiennent souvent
prisonnier du discours éducatif officiel. Cela conduit fréquemment à une
incapacité de participation active à la vie sociale et culturelle et à une
forme d’aliénation vis-à-vis de la société. Le modèle dominant de socialisation
scolaire reste ainsi dépourvu de véritable socialisation politique, les
établissements n’ayant pas dépassé le cadre strictement de l’apprentissage pour
devenir des institutions qui s’investissent dans les affaires publiques,
promouvant la culture de la participation et permettent aux apprenants de
connaissances encadrant leurs prises de positions et leurs orientations
politiques. L’article cherche à dévoiler ce qui se joue à l’intérieur de cette
« boîte noire » à travers l’analyse de situations d’intégration défaillante et
de formes de socialisation fluide résultant du formatage des relations et de la
pression exercée par l’institution.
Le
cinquième article, intitulé «La contribution de l'école à la prévention des
comportements extrémistes», examine le rôle de l'institution scolaire face aux
défis de l'extrémisme. L'auteur y souligne les limites des réformes tunisiennes
en matière de socialisation socio-politique, tout en questionnant leurs
référentiels, les manuels scolaires ainsi que la dynamique des activités au
sein du système éducatif. Il démontre que ces interventions se sont cantonnées
à de simples ajustements techniques, sans pour autant aboutir à une réforme
globale et profonde, capable d'instaurer une véritable culture de la
responsabilité sociale
L'auteur soutient que l’école
tunisienne, à l’instar des systèmes éducatifs arabes, ne s’est pas construite
sur un paradigme clair, ni sur une vision nationale définie ou une stratégie
cohérente et prospective susceptible d’assécher les sources de l’extrémisme. Il
démontre que le système éducatif se limite souvent à la transmission de savoirs
académiques, sans interaction réelle avec les mutations sociales, la montée des
risques et les phénomènes extrémistes. Ce modèle apparaît ainsi inadapté aux
exigences d’ancrage des compétences, des valeurs et des attitudes chez les
jeunes, qui leur permettraient de développer la capacité nécessaire pour
affronter et déconstruire les idées radicales.
Enfin, le sixième article,
intitulé « Évaluation des stratégies des élèves face aux contraintes
scolaires », s’ouvre sur des interrogations concernant la nature des
contraintes auxquelles sont soumis les élèves des cycles secondaire et
préparatoire en Tunisie, ainsi que sur les stratégies qu’ils adoptent pour y
faire face. Il s’appuie sur une approche microsociologique, postulant que les
élèves ne sont pas de simples récepteurs passifs des contraintes scolaires,
mais des acteurs sociaux capables de développer leurs propres stratégies
d’adaptation.
Les contributions réunies dans
cet ouvrage sont traversées par un fil conducteur commun, articulant la
problématique de la modernisation de la société — idée centrale de la pensée de
la Renaissance (Nahda) — aux enjeux de l’éducation, de l’enseignement et de la
socialisation. Le processus de modernisation et des Lumières y est
indissociable de l'innovation éducative, du renouveau pédagogique et de
l'actualisation des théories contemporaines. Il s’agit d’engager des réformes
fondées sur une véritable volonté sociétale et sur des concertations
horizontales, rompant ainsi avec toute approche de réforme centralisée et
verticale.
Ces tensions entre réforme
sociale et réforme éducative se heurtent à de nombreuses crises et obstacles que les
acteurs du champ éducatif, tant sur le plan théorique que pratique, se doivent
d’analyser afin de dépasser leurs impasses méthodologiques et conceptuelles, en
élargissant le cercle des intervenants et des partenaires. Cela permet de créer
des contextes favorables à la réussite des projets de modernisation et de
réforme, en offrant aux apprenants des conditions de socialisation adaptées,
les libérant des logiques de l’école fermée pour favoriser l’enracinement des
valeurs citoyennes et l’activation des rôles sociaux. L’école peut ainsi
contribuer de manière efficace à la prévention de toutes les formes
d’extrémisme, par la mise à niveau des programmes, l’ouverture de l’école aux nouvelles compétences et aux
défis émergents, et dotant les élèves de stratégies capables de faire face aux contraintes scolaires
À travers une diversité
d'approches théoriques et empiriques, cet ouvrage propose des contributions
complémentaires visant à approfondir la compréhension des défis éducatifs
contemporains. Il ambitionne ainsi de formuler des pistes de réflexion pouvant
servir de socle à des politiques éducatives plus performantes, en adéquation
avec les exigences du XXIe siècle
Les auteurs : Mehrez Drissi & Mustapha Chikh Zaouli
Tunis - janvier2026
Traduit par Mongi Akrout, inspecteur général de l'éducation
Pour accéder à la version ARABE, cliquer ICI


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