dimanche 8 mars 2026

Rapport sur les travaux de la Commission sectorielle d'histoire, de géographie et d'instruction civique

Mohamed Charfi

Dans la rubrique
 « mémoire d’un inspecteur des années 80 et 90 », le blog pédagogique propose cette semaine une copie d’un rapport adressé au Ministre de l’éducation et de l’enseignement supérieur feu Mohamed Charfi.


 Par ce rapport rédigé au mois de mars 1991 j’ai  voulu informer le ministre des dysfonctionnements et des dérives de la commission sectorielle des sciences humaines  qui ont engendré des programmes lourds, imposés d’en haut sans passer par une réelle consultation de tous les inspecteurs et des enseignants et sans prévoir une année d’expérimentation des nouveaux programmes.

Je n’ai pas eu d’échos directs suite à l’envoi de ce rapport, mais ce dont je suis sûr c’est qu’il n’y a pas eu de mesures contre moi de la part du conseiller du ministre chargé des sciences humaines feu Tawfik Ayadi et j’avais poursuivi ma mission en tant que rapporteur général de la commission, jusqu’à la fin de ses travaux.

Pour l’histoire, quelques années après le départ du ministre charfi et de ses conseillers, le ministre Hatem Ben Othman ( novembre 1994 -octobre 1997) avait lancé une large opération d’allègement des programmes de toutes les disciplines.  

 

A Monsieur le Ministre

Rapport sur les travaux de la Commission sectorielle d'histoire, de géographie et d'instruction civique

 

Les travaux de la Commission sectorielle avec sa nouvelle constitution ont démarré le 29 novembre 1989. Depuis cette date, notre commission a travaillé durant une année et demie avec beaucoup d'enthousiasme. Tous ses membres étaient assidus à toutes les réunions. Ils sont à féliciter pour leur total engagement. Il faudrait féliciter aussi le président de la commission Mr Hafedh Sethom,qui a  dirigé les travaux avec beaucoup de dextérité en jouant le rôle de modérateur et de conciliateur  avisé.

En tant que rapporteur général de la commission, j'ai suivi toutes les réunions et j'ai assuré l’archivage de toute la production. Seulement je n'étais pas tout à fait d'accord avec l'orientation générale des travaux et avec les programmes que nous avons déjà arrêtés Ayant certaines réserves sur la méthode de travail que j'ai exprimées à maintes reprises en essayant de rectifier la ligne de conduite sans succès, je me suis senti obligé, lors de la séance du 13 mars 1991,  d’écrire ce rapport pour exprimer toutes mes réserves, poussé par le devoir et le sens de responsabilité.

Première partie : A propos des programmes que nous avons déjà adoptés

La commission a déjà finalisé plusieurs programmes qui concernent l'école de base (3ème, 4ème, 5ème et 6ème) et l'enseignement secondaire. Il ne lui reste que quelques niveaux. D'ailleurs, certains programmes sont entrés déjà en application, d'autres sont programmés pour la rentrée prochaine 1991-1992.

Mon propos va porter sur les programmes de l'enseignement secondaire, de par ma spécialité (étant inspecteur d'histoire et de géographie), je maitrise les spécificités de ce cycle beaucoup plus que celles de l'enseignement primaire.

Mon étude des programmes adoptés par la Commission sectorielle jusqu'à la date de la dernière réunion  du 13 mars 1991 ( les programmes de la 1ère, la 4ème, la 5ème et la 7ème lettres) m'a permis de faire trois importantes constatations :

 

La première constatation concerne le rapport entre les finalités, les objectifs déclarés et les contenus

Nous constatons l'absence  de cohérence entre les finalités et les objectifs qu'on lit dans la première partie du fascicule des programmes et les contenus qu'on trouve dans le reste du fascicule. La première finalité qu'on avait fixée pour l'enseignement de l'histoire et de la géographie, telle qu'elle est indiquée dans le document du programme[1] vise à former "un citoyen enraciné dans son milieu arabo musulman". Cette finalité est inspirée du discours politique officiel qui insiste sur "la nécessité de concilier la Tunisie avec son identité arabe et islamique… et de consolider les liens avec ses racines culturelles et surtout son authenticité arabe et musulmane"[2]. Mais quand nous analysons les contenus des programmes de géographie (de la 4ème à la 7ème), on constate que la dimension arabe et musulmane n'a pas eu la place qui permet de réaliser cette finalité. En effet, les nouveaux programmes de géographie ne consacrent qu'une seule leçon en 7ème année pour l'étude de la géographie de l'Egypte (5 heures).

Nous estimons qu'il y a ici une contradiction entre les finalités et les contenus. Il aurait été facile de dépasser ce problème en consacrant une année à la géographie du monde arabe.

Deuxième constatation : rapport entre les finalités et les objectifs de la réforme éducative et l'orientation générale de l'élaboration des programmes.

Lorsque nous revenons aux finalités de la réforme éducative telles qu'elles apparaissent dans certains documents du Ministère, nous pouvons préciser le cadre général des programmes. Ainsi, le document de travail[3] insiste sur la nécessité " de veiller à l'adéquation entre les contenus des programmes et l'horaire qui leur est imparti,  à éviter l'encyclopédisme… et à adopter les méthodes actives  qui aident au développement de la personnalité de l'élève et l'entraine à l'auto apprentissage et à la poursuite de l'apprentissage après l'école.

 

Monsieur le Ministre de l'éducation et des sciences a rappelé ces principes lors de la dernière réunion tenue le 15 février avec les présidents et les rapporteurs des commissions sectorielles[4]. Il a déclaré : « L'objectif n'est pas le bourrage des têtes Il faut plutôt veiller à bien les former afin qu'ils puissent réfléchir et concevoir. Il faut apprendre aux jeunes comment apprendre et en développant chez eux l'envie et le désir d'apprendre, ce qui permet de leur faire acquérir une méthode de pensée évoluée et les pousse à apprendre … L'idée est qu'on essaye tous ensemble de faire prévaloir la qualité sur la quantité … et d'essayer de contrer la tendance de certains à bourrer les contenus des programmes lors de leur élaboration en regardant la question avec détachement. Telle est l'orientation éducative sur laquelle s'appuie la philosophie de la réforme en cours».

 

Notre commission a tenté de traduire ces orientations au niveau des objectifs mais elle s'en est éloignée lors du choix des contenus. Elle a estimé que les programmes qu'elle a produits jusqu'à maintenant, surtout les programmes d'histoire, n'étaient pas en cohérence à ces orientations et qu’ils avaient  obéi plutôt à l'approche encyclopédiste qui or cette approche traduit la poursuite de la domination du modèle d'enseignement classique qui donne la priorité aux contenus au dépens des compétences et des capacités. Le résultat en est des programmes nouveaux-anciens qui se caractérisent par leur longueur parce qu'ils cherchent l'exhaustivité.

Cette orientation encyclopédiste est l'une des principales causes de la forte densité des programmes actuels devant lesquels l'enseignant se  trouvait pris entre la masse des connaissances qu'il devait donner à ses élèves et le temps dont il disposait. Pour y arriver, il n'avait que deux voies : 

- ou en simplifiant les cours au risque d'être superficiel dans la plupart des cas. Comment voulez-vous que le professeur de classe terminale puisse enseigner les causes, les étapes et les conséquences de la deuxième guerre mondiale, en moins de 60 minutes ?

- ou bien en adoptant le cours magistral et la dictée des résumés et en sacrifiant les méthodes actives, contrevenant par là même les directives officielles.

Malgré la simplification et le cours magistral, le professeur d'histoire et de géographie n'arrive pas à terminer le programme. Une étude que nous avons réalisée en 1988 dans le gouvernorat de Nabeul et qui a touché tous les enseignants d'histoire et de géographie (plus de 100 enseignants) a montré que le taux moyen de réalisation n'a pas dépassé 68% en histoire et 77% en géographie. Ces moyennes cachent un écart important entre les enseignants comme le montre le tableau suivant :

 

 

 

 

Le taux moyen

Le meilleur taux

Le taux de plus faible

 

77%

87% en 7è lettres

61% en 6è sc.exp

Géographie

68%

91% en 2è professionnel

30% en 5è sc.exp

Histoire

 

Tel est l'état de l'enseignement de l'histoire et de la géographie au secondaire, et ce n'est de l'exagération de dire que nous avons échoué dans la réalisation des objectifs qu'on s'est fixés. Nous avons perdu le défi du quantitatif puisque entre 20 et 40 % des contenus ne sont pas traités et on n'est pas sûr que la partie réalisée ait été assimilée. La plupart des études montrent le contraire.

On a perdu aussi le défi de la qualité parce que la méthode magistrale ne peut pas développer les compétences et les habilités prévues. Le chercheur qui étudie les notes de l'histoire et de la géographie obtenues par les candidats au baccalauréat est choqué par les taux d'échec. Une étude que nous avons réalisée sur quatre sessions (1984/1985/1986 et 1987) montre que le taux des candidats ayant obtenu des notes égales ou supérieures à la moyenne n'a pas dépassé 35%.

La voie choisie par la commission sectorielle a engendré dans plusieurs cas une augmentation dans le nombre de chapitres. Nous pensons que l'état que nous venons de décrire va empirer, mais quelle est la solution ? A mon avis la solution existe mais elle est  aussi simple que difficile. Elle est simple car on peut la résumer en un mot : l'allègement, et elle est difficile parce que l'allègement n'est pas aisé. C'est d'ailleurs pour cela que nous comprenons les membres de la commission. Ils sont convaincus que toutes les questions qu'ils ont choisies sont importantes (ce qui est vrai), mais il faut être réaliste et prendre en considération l'horaire imparti et les changements des approches pédagogiques. Aujourd'hui l'enseignement n'est plus considéré comme une accumulation de connaissances ni comme l’étude des civilisations et de toutes les ères historiques dans leur succession.  Il faudrait tenir compte de ce changement qui voit que l'enseignement est avant tout " le développement de la capacité d'apprendre ". En changeant d'approche, on pourrait accepter l'idée que l'histoire de l'humanité est immense et que la masse des connaissances est énorme et qu'elle est en augmentation et en changement permanent, ce qui implique que le choix et la sélection sont inévitables.

 

A la fin de cette analyse, nous estimons que la commission doit se conformer totalement aux finalités et aux objectifs de la réforme et qu'elle doit revoir son orientation actuelle :

1 - En cherchant à développer chez l'apprenant le désir de connaître et l'esprit de recherche,

2 - En le formant et en lui donnant les moyens intellectuels qui lui permettent de satisfaire son désir d'apprendre par le biais de quelques thèmes choisis selon des objectifs clairs et adaptés à l'horaire de chaque niveau scolaire.

 

La troisième constatation : le rapport entre les motifs de la révision de certains programmes et les résultats de la révision

Le suivi de l'application des programmes avant la réforme nous a permis de constater la longueur de certains d'entre eux. Parmi ces programmes nous citons le programme d'histoire de la 7ème année lettres. Les inspecteurs l'ont signalé depuis quelques années déjà et ont appelé à l'alléger et ils ont demandé que cela soit considéré comme une priorité de la réforme en cours dans leur dernier P.V. du 6 juin 1989. La commission sectorielle a confirmé la longueur et a programmé son traitement pour l'année en cours. Effectivement, elle a préparé un nouveau programme et l'a adopté au cours de sa dernière réunion tenue le 13 mars 1991.

 

Mais celui qui étudie le nouveau programme ne relève aucune trace d'allègement qui était le motif principal de la révision de l'ancien programme. Il remarque au contraire que le nouveau programme couvre une période plus longue qui s'étale entre 1881 et 1987, alors que l'ancien programme n'étudie que la période de 1918 à 1956. Malgré cela, le nouveau programme a gardé le même nombre de leçons (25) et presque le même horaire (33 h au lieu de 31h). Le résultat est que le programme est devenu plus dense car certaines leçons de l'ancien programme ont été reconduites mais ont vu leur horaire réduit, comme le montre le tableau suivant :

 

Le premier thème : le monde entre les deux guerres

Ancien programme

Nouveau programme

horaire

titre de la leçon

horaire

titre de la leçon

2

La 1ère guerre mondiale : les conséquences

1

La 1ère guerre mondiale : les causes et les principales conséquences

3

La chute de l'empire ottoman, la Turquie kémaliste et la naissance des états arabes

2

La chute de l'empire ottoman : la nouvelle carte de l'orient arabe

2

La révolution bolchévique et la naissance de l'union soviétique jusqu'en 1928

1

La révolution russe et la naissance de l'union soviétique 1917/1928

2

La crise de 29 et ses conséquences économiques et sociales

2

La crise des années trente : causes et conséquences

2

L'Italie fasciste et l'Allemagne nazie

1

Le fascisme en Europe : Italie, l'Allemagne et l'Espagne

3

La 2ème guerre mondiale : causes, grandes phases, conséquences

1

La 2ème guerre mondiale : causes, principales phases, conséquences

14

Horaire total pour le thème

8

Horaire total pour le thème

 

La Turquie Kémaliste :  Enlevé       causes de la 1e guerre:  Ajout

 

Le tableau précédent montre clairement l'alourdissement qui a pris deux formes :

La première consiste à élargir la question et à réduire l'horaire (leçons 1,3 et 5)

La deuxième consiste à garder la même leçon et à réduire son horaire (leçon 4 et 6)

Si bien qu'il n'y a pas eu d'allègement, même pour la leçon 2 qui semble avoir été allégée en enlevant la question de la Turquie Kémaliste, il n'en est rien puisque cela s'est accompagné d'une réduction de l'horaire (moins une heure).

Bref, nous ne voyons aucune trace d'allègement, le professeur est appelé à étudier les 6 leçons en 8 heures alors qu'il disposait avec l'ancien programme de 14heures.

 

 

Le programme actuel

 

Le nouveau programme

 

------

1 h

Le régime du protectorat et la politique administrative et culturelle 1881/1914

 

-------

1 h

L'évolution de l'économie et de la société 1981/1914

 

-------

2 h

Les réactions et les prémisses du mouvement national

1 h

La situation politique, économique et sociale en Tunisie après la 1ère guerre.

1 h

La Tunisie dans les années vingt et la fondation du parti libéral destourien

1 h

La fondation du parti libéral destourien

 

1 h

La fondation mouvement syndical

1 h

Le mouvement syndical

1 h

La crise du parti libéral destourien et le congrès de Ksar Hlal

2 h

La Tunisie dans les années trente et la fondation du Néo destour

1 h

La première expérience de dialogue

 

1 h

La 2ème guerre mondiale et son impact sur le mouvement national

1 h

La Tunisie pendant la 2ème guerre mondiale et le mouvement moncéfiste

1 h

Le mouvement national entre 1945 et 1952

1 h

La Tunisie au lendemain de la guerre et la diversification des formes de lutte nationale entre 1945 et 1949.

1 h

Le mouvement national et l'union des forces nationales contre la colonisation

1 h

L'union des forces nationales contre la colonisation

1 h

L'échec du dialogue et le déclenchement de la révolution

1 h

1 h

De l'autonomie interne à l'indépendance

1 h

De l'autonomie interne à l'indépendance 1954/1956

1 h

La construction de l'Etat moderne

1 h

La construction de l'Etat moderne (1954/1956)

 

 

1 h

Les expériences de développement et leur impact social et politique (1964/87)

11 h

Total

14 h

Total

 

L'analyse du tableau précédent confirme la même tendance de l'alourdissement du programme au lieu de son allègement. Cela s'est traduit par :

- l'ajout de 4 nouvelles leçons (leçon 1-2-3-15)

- le maintien de la même leçon avec une nouvelle reformulation et une diminution de l'horaire (leçon 4-5-10-11-12).

 

 

Troisième partie : le monde actuel et ses principales questions

Nouveau programme

Programme actuel

Durée

Leçon

durée

leçon

1 h

Le nouvel ordre mondial et les problèmes du tiers monde

 

--------------------

2 h

La question palestinienne et la crise du Moyen orient.

2 h

La crise du Moyen orient et la question palestinienne

1 h

La révolution technologique et son impact sur la vie quotidienne

 

-----------------------

4 h

Total

2 h

Total

 

Ce programme que nous avons pris comme exemple illustre parfaitement la dérive de l'opération de révision par rapport à son objectif premier (l'allègement des programmes) puisque la réforme a engendré le contraire comme nous l'avons montré.

Pour terminer cette première partie, nous pensons que la commission sectorielle se doit de se conformer et s'engager à respecter l'objectif  qui a été fixé pour chaque opération de réforme et veiller à sa bonne réalisation.

 

La deuxième partie : à propos du mode de fonctionnement de la commission sectorielle

 

En dépit du sérieux et de l'assiduité qui ont caractérisé les travaux de la commission sectorielle depuis plus d'une année, son mode de fonctionnement a connu un certain dysfonctionnement qui s'est répercuté directement sur la qualité des produits de ses sous-commissions. Parmi ces dysfonctionnements, nous pouvons citer à titre d'exemples :

1- Choisir les contenus sans tenir compte des finalités et des objectifs

La méthodologie moderne de l'élaboration des programmes scolaires insiste sur ce point. Elle recommande de partir des finalités et des objectifs pour fixer les contenus adéquats. Or nous avons constaté que les trois sous-commissions n'ont pas respecté cette démarche en fonctionnant à l'inverse, c'est-à-dire elles ont commencé par dresser la liste des leçons puis elles ont cherché à leur associer des objectifs, c'est ce qui explique l'absence de cohérence évoquée dans la première partie de ce rapport.

Donc, si les sous-commissions ne sont pas parties des finalités et des objectifs, quelle était leur référence ?  En réalité, il n'y avait pas une seule référence, mais plusieurs qui changent selon les situations et la composition de la sous-commission.

 

C'était parfois la spécialité académique qui déterminait les grands choix, en effet la spécialité de certains membres a joué beaucoup dans le choix des questions. On a vu le spécialiste en histoire ancienne qui s'acharne à défendre sa spécialité et exige de lui consacrer l'horaire qui lui convient dans les programmes de l'école de base et de l'enseignement secondaire. De même, le spécialiste de l'histoire médiévale revendique la même plage horaire réservée à l'autre spécialité… Chaque spécialité voulait avoir sa place dans les nouveaux programmes.

C'était parfois la disponibilité des études et des ouvrages qui a déterminé les choix. On a vu certaines questions importantes délaissées faute d'études de valeur dans notre pays. Par contre,  d'autres questions moins importantes ont été retenues en raison de la disponibilité des études.

2- La précipitation dans la validation de certains projets

Le deuxième dysfonctionnement méthodologique se situe au niveau de la validation par la commission sectorielle des projets qui lui sont soumis par les sous-commissions. Cette étape très importante fut réalisée dans la précipitation excessive et dans le non-respect des étapes nécessaires pour garantir la qualité du produit final.

A titre d'exemples, la commission a validé au cours de sa dernière réunion du 13 mars 1991 des programmes alors que les deux tiers de ses membres (qui ne font pas partie de la sous-commission qui a travaillé sur le projet) ne les ont même pas lus. Ces programmes ont été distribués en début de la séance (programmes d'éducation civique et d'histoire de 4ème), la validation a été faite après une présentation rapide faite par les rapporteurs des sous-commissions.

Au cours de la même réunion, on a validé des programmes avant d'étudier les amendements proposés par la commission sectorielle. Or la logique et la bonne démarche seraient de renvoyer les projets et de laisser le temps à la sous-commission d'étudier les amendements proposés, pour ensuite soumettre les projets à la validation. Le non respect de cette démarche équivaut à une marginalisation de la commission sectorielle et à l'usurpation de ses attributions par les sous-commissions qui sont devenues de fait les véritables décideurs.

Enfin, il y a eu validation et adoption de programmes et démarrage de l'élaboration des guides et des manuels avant de les soumettre à la consultation qui est une étape nécessaire. Le ministre l'a rappelé à l'occasion de la dernière réunion[5] lorsqu'il a insisté sur la nécessité de soumettre tous les projets «… à une large consultation régionale car les enseignants ont le droit de donner leurs avis sur les innovations pédagogiques. [Il est persuadé] qu'en les associant pour de bon, on les convaincrait des contenus des programmes et ils les appliqueront avec enthousiasme et de la meilleure façon, à condition de tenir compte des résultats de ces consultations lors de la rédaction finale des programmes…»

Pour le ministère, la consultation est une étape essentielle qui doit précéder la rédaction des programmes et leur adoption finale par la commission sectorielle.  Toutefois ce qui m'inquiète c'est que notre commission n'a pas respecté ce processus, puisqu'elle a adopté des programmes et a fait démarrer l'élaboration des manuels avant de les avoir présentés à la consultation des inspecteurs et des enseignants. Dans ce cas on se demande à quoi vont servir ces consultations qui s'apparentent à de simples formalités.

La cause de tout cela revient, à mon avis, à la précipitation excessive qui a fait que nous avons sauté quelques stations sans prendre le temps nécessaire pour s'y arrêter. On a juste réduit un peu notre vitesse, or si la vitesse est parfois souhaitée elle ne doit pas se faire aux dépens de la qualité et de l'application de la bonne méthodologie.

 

A la fin de ce rapport, je voudrais présenter quelques recommandations qui pourraient aider à rattraper ce qu'on a raté :

1- Elaborer un document cadre qui regroupe les finalités, les objectifs, les méthodes et les moyens relatifs à l'enseignement de l'histoire et de la géographie à l'école de base et au secondaire. Ce document constituera le cadre référentiel pour les sous-commissions.

2- Réajuster l'orientation générale du fonctionnement des sous-commissions afin d'assurer une meilleure adéquation entre les contenus d'un côté et les finalités et les objectifs de l'autre.

3- Encourager à plus d'ouverture sur les personnes du terrain (inspecteurs et enseignants) et prendre en compte de leurs avis, car le succès de la réforme dépend du degré de leur adhésion et de leur engagement.

Sfax 25/03/1991

Traduction:Mongi Akrout&Adessalam Bouzid Inspecteurs généraux.

Pour accéder à la langue Arabe, cliquer ICI

 

 



[1] Voir le document présenté devant la commission le 13 mars 1991.

[2] Les principales réalisations de la première année de la nouvelle ère - 7 novembre 1987 - Ministère de l'éducation

[3] A propos de la mise en place de l'école de base , la Direction générale des programmes et de la formation continue; octobre 1998.p.5.

[4] P.V de la réunion du 15-02-1991 ; Ministère de l'éducation et des sciences - la Direction générale des programmes et de la formation continue.

[5] P V de la réunion du 15/2/1991 - Ministère de l'Education et des sciences - Direction générale des programmes et de la formation continue.

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