Le rideau est tombé sur le
baccalauréat 2025 avec l’annonce des résultats définitifs des deux sessions qui
ont légèrement dépassé les 50% (52%). De la joie dans des milliers de foyers et
de la tristesse dans d’autres, le bac est devenu au fil des années une
véritable épreuve pour les candidats et pour leurs familles.
Cet examen, naguère un vrai passeport
pour l’avenir ouvrant de grandes perspectives aux détenteurs de ce fameux
sésame, s’est transformé au fil des années en un véritable calvaire pour de
nombreux élèves, pris entre une pression sociale écrasante, des programmes
surchargés et un système d’évaluation souvent critiqué pour son manque
d’adaptabilité à l’évolution des systèmes scolaires les plus performants.
Un
système rigide hérité du passé
Depuis son instauration au cours des
premières années de l’indépendance, l’examen du baccalauréat, autrefois symbole
de mérite et de réussite, est devenu pour beaucoup un parcours de combattant.
Sous pression constante, entre cours particuliers, révisions épuisantes et
stress familial, les élèves vivent cette étape comme un fardeau plus que comme
une célébration du savoir.
Il a subi quelques modifications,
dont notamment la suppression de la session de septembre et son remplacement
par une session de contrôle quelques jours après l’annonce des résultats de la
session principale au cours de laquelle les candidats repassent uniquement
quelques épreuves dont celles des matières principales, l’introduction d’une
dose de contrôle continu (25%) dans la moyenne finale du baccalauréat.
Cette réforme qui a été introduite par le ministre de l’éducation Moncer
Rouissi au cours de l’année scolaire 2001-2002, visait à valoriser l'effort
régulier des élèves, réduire la pression des jours de l’examen et encourager
l'assiduité et le sérieux tout au long de l’année. Mais elle a été supprimée en
2016 par Néji Jalloul, alors ministre de l’Éducation par souci d’équité entre
les établissements secondaires. Les notes du contrôle continu étaient
jugées inégalement attribuées selon les lycées dont plusieurs étaient
soupçonnés d’avoir gonflé les notes pour améliorer les résultats.
Or, ce système rigide hérité du
passé, mérite d’être revu pour mieux l’adapter aux évolutions de la société, du
monde du travail et des attentes des élèves eux-mêmes. Il repose, en effet, sur
une évaluation finale unique, théorique et stressante, concentrée sur quelques
jours qui décident à eux seuls du sort de l’élève qui se trouve réduit à sa
capacité à mémoriser et restituer, au lieu de valoriser ses compétences
analytiques, sa créativité, ou son engagement sur le long terme.
Le monde autour de nous connait de
profondes mutations grâce à des systèmes scolaires évolutifs et performants où
les compétences transversales, la pensée critique, la créativité et
l’adaptabilité comptent autant que les apprentissages académiques.
Le bac ou son équivalent dans les pays les plus avancés
Aujourd’hui, la plupart des pays
avancés ont adopté des approches souples privilégiant l’évaluation continue
pour mieux accompagner les élèves. C’est le cas des Pays Bas (la Hollande) dont
le système scolaire comprend trois filières respectivement de quatre ans, cinq
ans et six ans. La première repose sur la formation professionnelle, la seconde
est un enseignement général débouchant sur des études supérieures courtes et la
troisième prépare à l’université.
L’examen final, appelé
"eindexamen", repose sur une évaluation en deux parties : un
Contrôle continu avec des examens internes organisés par les établissements
scolaires qui entrent pour 50% dans la moyenne finale et des épreuves à
l’échelle nationale qui comptent également pour 50%. En cas d’échec, une
deuxième session est prévue pour rattraper une ou deux matières.
En Allemagne, l’examen final appelé «Abitur » combine
examens finaux et notes des deux dernières années de lycée qui comptent pour
les deux tiers (66%) dans la moyenne finale. Les élèves passent, à la fin
de l’année scolaire, des examens écrits dans 3 matières principales (dont
l’allemand, souvent une langue étrangère, et une matière scientifique ou
sociale) et qui représentent 33 % de la moyenne finale. Avec un examen oral
obligatoire dans une 4e matière.
En Finlande, un pays connu pour la performance de son système
scolaire et où le taux de décrochage est des plus faibles dans le monde,
l’examen final appelé « ylioppilastutkinto » en finnois est
un diplôme requis pour accéder à l’université. C’est un système flexible qui
permet aux élèves de choisir leurs matières et leur rythme. Ils peuvent passer
les épreuves du bac en plusieurs sessions (printemps et automne), sur une à
trois années. Il comprend des épreuves écrites nationales.
C’est également le cas des autres pays scandinaves, la Suède,
le Norvège et le Danemark où les élèves passent des examens nationaux dans
certaines matières, mais les notes obtenues durant les trois années de lycée
déterminent leur moyenne générale.
Quid du Conseil supérieur de l'éducation?
Alors faut-il supprimer le bac dans sa forme actuelle et
s’inspirer des modèles qui ont fait leur preuve dans les pays précédemment
cités et dans d’autres où le système scolaire est des plus performants. Certes,
le titre de la chronique semble provoquant, mais c’est un appel à la réforme du
baccalauréat, sans l’affaiblir, mais plutôt en la rendant moins stressante,
plus souple, et plus en phase avec les réalités du siècle et les mutations que
connait le monde à tous les niveaux.
Aussi, devrait-on rappeler que le bac tunisien, qui était
largement reconnu dans plusieurs pays développés jusqu’aux années 1970, a perdu
au fil des années de sa réputation et de sa valeur. Je n’ai pas de propositions
à faire, mais j’appelle le Conseil supérieur de l’éducation et de
l’enseignement à se pencher sur la question en faisant appel aux experts
tunisiens notamment, pour trouver la panacée, en valorisant le travail continu
et d’ouvrir la porte à des parcours différenciés, pour
que le bac ne soit plus ce bloc rigide qui écrase les talents
au lieu de les révéler.
Brahim Oueslati
Tunis- 12 Juillet, 2025
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