lundi 21 mai 2018

Les constantes de la loi fondatrice du système éducatif tunisien


Avant propos
Par fidélité à l’âme du regretté  Hédi Bouhouch , l’ami , l’éducateur , le chercheur en éducation , le cofondateur du blog pédagogique  , et principal artisan de ses articles depuis plus de trois années, nous avons pris l’engagement de poursuivre la mission en assurant la  publication hebdomadaire régulièrement et en conservant le même objectif , celui de servir  la mémoire de l’école tunisienne.

Et , pour ce premier numéro  après la période de deuil, nous avons choisi de publier le texte d’une communication faite par M° Hédi Bouhouch , lors du colloque sur le thème :   «  l’école tunisienne moderne : Réalité et perspectives ( 1958-2008)  tenu les 5 et 6 avril 2008 [1].
La communication de M° BOUHOUCH  portait sur  « Les constantes de la loi fondatrice du système éducatif tunisien », la question a été traité selon trois axes :
1-   Les constantes de la loi de 1958 ( le droit à l’école, la gratuité  et la gratuité, le droit à une éducation moderne et renouvelée, le renouvellement de la mission de l’école)
2-   Les problèmes  qui se posent au système éducatif tunisien et les moyens de les dépasser ( l’échec  , le redoublement , le décrochage, la centralisation excessive , le déficit de professionnalisme ).
3-   Les perspectives de l’école tunisienne.
Cher frère Hédi , si ton corps n’est plus là, ton esprit est toujours est en notre compagnie , repose en paix.
Mongi Akrout & Brahim Ben Atig

Tunis, Juin 2017



Les constantes de la loi fondatrice du système éducatif tunisien
Communication  faite par Hédi Bouhouch   lors  du colloque scientifique sur l’école  tunisienne moderne: Réalité et perspectives organisé les 5 et 6 Novembre 2008, à l'occasion du cinquantième anniversaire de la fondation du système éducatif tunisien.
Publications de l'Université Manouba - série des séminaires
Le texte de la communication
Depuis l'indépendance,  la Tunisie a connu  trois grandes réformes éducatives illustrées par  trois lois, qui avaient défini les choix fondamentaux, et avaient  arrêté  les caractéristiques de la société désirée  à chaque étape et avaient enfin déterminé  la relation entre le système éducatif et le système économique et  social. Ces lois sont :
La  loi  de 1958 (loi n ° 118 de 1958, en date du 4 Novembre, 1958),  qui a été adoptée par l'Etat tunisien,  après avoir  retrouvé sa souveraineté nationale (20 Mars 1956), et la promulgation du Code du statut personnel (13 Août 1956) et la proclamation de la  république (25 Juillet, 1957), et le passage du peuple tunisien de l'état de sujet  au statut de  citoyen moderne, avec  des droits et des devoirs. Cette loi, avait la noble  mission de  former les cadres qui allaient se charger  de relever le pays et de former le citoyen conscient de ses droits et ses devoirs. . L'éducation était considérée, à l'époque, parmi les priorités  dans la mise en place  du nouvel Etat national, elle était aussi  à la tête des préoccupations de l’Etat , compte tenu de sa grande  importance dans la construction de la  nouvelle société, et la mise en place du système républicain.

La loi de 1991 (loi n ° 65 de 1991, en date du 29 Juillet 1991), qui avait confié au système éducatif  la mission de divulguer la culture des droits de l'homme et des valeurs universelles, en plus de  la consolidation de la fierté de l'identité nationale.
Loi de 2002 (loi  80 de 2002 en date du 23 Juillet, 2002) :  Entre les deux lois (1991 et 2002), le contexte a radicalement changé  avec l’entrée du monde dans une nouvelle ère dominée par la mondialisation et l'émergence d'un nouvel ordre mondial,  la concurrence entre les nations s’est  intensifiée sur la base de l'intelligence humaine. Et vu sa position géographique et culturelle ,notre pays a choisi  volontairement  , de s’inscrire dans  une nouvelle phase de développement et d’ouverture consciente sur le monde, cela s’est traduit dans les faits par son adhésion à l'Organisation mondiale du commerce en 1995, et l'adoption d'un vaste programme de mise à niveau  des entreprises économiques (1995), et la signature d’un accord de partenariat avec l'Union européenne en 1996.
 Dans le cadre de la loi de 2002 sus mentionnée, la mise à niveau  des ressources humaines était devenue  une question inévitable, car de son succès  dépend  la mise à niveau  des institutions économiques afin de renforcer leur capacité  devant  la concurrence, et dépend  aussi la mise à niveau  de la société toute entière , afin qu’elle puisse suivre  les évolutions et les progrès  culturels et technologiques dans le monde d'aujourd'hui , il n’est  donc pas surprenant de voir  l'éducation et la formation  devenir  une priorité absolue pour le pays.
Ce sont les trois lois qui gouvernaient le système éducatif de notre pays et ce sont trois étapes, chacune d’entre elles a répondu aux exigences de la phase culturelle vécue par notre pays et au type de société souhaitée.  .
Ces trois lois, elles furent des réponses aux exigences de l'étape   de  la promulgation de chacune d’entre elles , mais elles se sont associées  pour  réaliser  la politique éducative et  pour mettre en œuvre les grands choix dans le domaine de l'éducation et de la formation. Les principes de base sont restés constants, ils furent  consolidés et raffermis  par des mesures  pratiques qui ont permis de les matérialiser sur le terrain et le vécu scolaire, les changements n’avaient  concerné  que les mécanismes, les méthodologies, les approches et les moyens et  ils ont été décidés pour adopter le meilleur des innovations dans le monde de l’éducation.
      I.            Les constantes dans la première loi sur l’enseignement
Les principales constantes de la loi de 1958 sont la garantie du droit à l’éducation  avec l’assurance de sa gratuité et son obligation et l’unification de l’enseignement  et son amélioration, quel furent le destin de ces constantes ?

1.    Assurer le droit à l'éducation à tous les enfants
« L’accès à l'éducation et à l’instruction   est ouvert  à  tous les enfants à partir de l'âge de six ans »: Loi 1958 , article 2)
Les trois réformes avaient  confirmé ce droit, car sans cela, la formation du citoyen et de l’homme  ne serait qu’un mirage,  et sans ce droit l’édification d'un avenir  fondé sur la science et la connaissance serait en panne. L’article 2  de la loi de 1958   a stipulé que «  l’accès à l'éducation et à l’instruction   est ouvert  à  tous les enfants à partir de l'âge de six ans » ;  les deux autres réformes ont confirmé  ce choix, et l’ont consolidé par une série de mesures  , ce qui a permis au pays d'atteindre cet objectif, au cours de l'année scolaire 1998 -1999, quand  le taux de scolarisation des enfants de 6 ans  avait atteint 99,1% à parts égales entre les filles et les garçons , sachant que  ce taux   ne dépassait  guère  13%. au moment de l'indépendance.

La  loi de 1991 ne s’est pas limitée à confirmer ce  droit dans son  article 4 , elle l’a  accompagné par des mesures destinées à  permettre à tous les enfants d’en profiter, et ce en s’attaquant  au phénomène de l'abandon scolaire précoce, le tout accompagné  d’une invitation à « prendre les mesures pédagogiques , administratives et structurelles, à même d'améliorer le rendement du système éducatif,  pour que l’échec et l'abandon deviennent l’exception  » (1998). Une série  de  mesures de nature sociale et pédagogique  ont été décidées afin de fournir un soutien matériel et pédagogique  aux élèves de moins de 16 ans menacés d'échec pour sceller ce droit dans la réalité scolaire.

Pour  raffermir ce droit, la loi  de 2002  avait décrété que «L'enseignement est un droit fondamental garanti à tous les Tunisiens…c'est aussi un devoir qu'assument conjointement les individus et la collectivité » - (chapitre I :  La mission de l'éducation, article premier- ). et en prévision de cela , l’article  16 de la loi a institué une  année préparatoire pour les enfants de la tranche  d'âge 5/6 ans, elle en  a fait une partie de l'enseignement  de base, l'Etat  est appelé à la généraliser  en mettant en place  un plan national qui devrait être achevé avant la fin de 2009 ; et  dans le cadre de la mise en œuvre du principe de l'équité, et de la généralisation  du droit de l’accès de tous à l'éducation, sans exception, l'Etat a conçu un plan pour les enfants aux besoins spécifiques, y compris les enfants handicapés.

C’est ainsi que  l'Etat tunisien a garanti  le droit de tous les enfants à l'éducation et l’instruction,  il a réalisé avant les délais  l’appel de la déclaration universelle « l’éducation pour tous » (1990) et de toutes les conventions et pactes internationaux, notamment la Convention internationale relative aux droits de l'enfant.
 Mais , aujourd'hui,  que l'Etat a gagné la bataille de la quantité (scolarisation),  le droit à l'éducation a pris une nouvelle dimension  passant au droit à la réussite d'une part, et le droit à une éducation de qualité pour tous d'autre part, qui explique l'émergence d’une nouvelle  terminologie  dans la littérature et le discours éducatif, comme « L'élève est au centre de l'action éducative »  l’accompagnement, le soutien et la remédiation ,  la mise en place de projets éducatifs spécifiques  comme  les écoles de priorités pédagogiques  et les collèges pilotes  et le réseau des écoles d'excellence et les élèves  surdoués

2.    Garantir la gratuité et l’obligation de l’enseignement
« L’enseignement sera dispensé  gratuitement  à tous les degrés »  loi 195 8, article  3.
Il ne fait aucun doute que la gratuité de l'enseignement  assure  les conditions de son  obligation, et  le législateur était conscient que les conditions économiques et sociales des citoyens tunisiens pourraient les empêcher d'envoyer leurs enfants à l'école, l'Etat a pris l'initiative d’activer le principe  de l'égalité des chances en accordant  aux élèves des familles nécessiteuses et  aux élèves brillants des aides et des bourses,  le troisième article de la loi  de 1958  a décrété le principe de la gratuité  dans ces termes : «l’enseignement sera dispensé  gratuitement  à tous les degrés » 

La gratuité visait  de  donner à tous les enfants  des chances égales  face à l'éducation  et l’instruction, la loi 1991 avait inclus ce principe dans le quatrième article  du chapitre II: «l'Etat garantit  à tous ceux qui sont en  âge d’être scolarisés , le droit  à la formation scolaire et offre   à tous les élèves, … le maximum d’égalité de chances dans le bénéfice de ce droit » . La loi de 2002 en a fait de même  dans l’article 4 : « L'Etat garantit le droit à l'enseignement gratuit dans les établissements scolaires publics à tous ceux qui sont en âge d'être scolarisés et l'égalité de chances dans la jouissance de ce droit à tous les élèves » , « (Mission de l'éducation , article 4) » ainsi l'école tunisienne fut le long de toutes les étapes après l'indépendance, une école démocratique  dans son essence, ouverte pour tous les enfants de la  Tunisie, sans « distinction   religieuses, philosophiques ou politiques » .
Quant à l'obligation, la loi de  1958 l’avait limitée à l’école  primaire seulement, s’étendant  de l'âge de six ans à l'âge de douze ans (article 2), la loi s’était engagée   de publier des dispositions qui fixent la date d’entrée en vigueur de  l’obligation de l’enseignement  pour tous les parents , la loi 1991 a étendu l’obligation ( article 7), à l'âge de seize ans , l’imposant aux parents, et  fixant les peines encourues  par  le parent qui empêche son enfant de rejoindre  l'école ou qui  l’y  soustrait avant l’âge de 16 ans (décret  1186 de 1992 en date du 22 Juin 1992)
Et dans le cadre de l’affirmation  de ce droit, les Ministres de l'Intérieur , de la Justice , des Affaires sociales et de l'Education et des Sciences,  avaient publié 1992 une circulaire commune  relative  au caractère obligatoire de l’enseignement de base   (circulaire  55/92 en date du 22 Juin 1992)  traduisant ainsi leur conviction que le réseau des établissements d'enseignement couvrait désormais  tout le territoire du pays .
 Ensuite la loi  de 2002  avait confirmé  dans l’article  premier le caractère obligatoire  de l’enseignement de six à seize ans  et l’a renforcée par deux mesures :

-         la première interdit l'interruption des études  avant l'âge de seize ans ( article 20)
-         la deuxième  interdit l’exclusion définitive de tous les établissements scolaires avant l’âge de seize ans sauf pour faute grave impardonnable « Aucun élève âgé de moins de 16 ans ne peut être exclu définitivement de tous les établissements scolaires publics que sur décision du Ministre chargé de l'éducation … » Art. 20
Le législateur  tunisien ne s’est pas limité à  reconnaitre ce droit, il a veillé à le garantir pour tous  d’une manière effective.

Ainsi, le principe de l'enseignement obligatoire  est-il passé d’un simple article  qui concerne  l'enseignement primaire dans la loi de 1958 à un article qui couvre l'ensemble de l’enseignement de base de neuf ans dans la loi de 1991 puis il est promu au niveau  d’un  principe fondamental  avec la loi de 2002 dans le premier chapitre  de la loi ( article 1)  où il est annoncé que  " L'éducation est une priorité nationale absolue et l'enseignement est obligatoire de six à seize ans. L'enseignement est un droit fondamental garanti à tous les Tunisiens … »

1.    Mettre en place un système éducatif unique
La première réforme de l'éducation a réalisé l'unification du système éducatif en Tunisie dans les domaines de la structure éducative , des objectifs éducatifs et des programmes d'études ,  en 1958 le pays  avait  plusieurs systèmes éducatifs  aux objectifs, aux structures, aux programmes et aux examens différents (régime Zitounien, régime  Sadikien, le régime public français, les enseignements spéciaux des communautés étrangères),  cette diversité qui caractérisait l’école tunisienne avant l’indépendance  n’était  pas compatible avec les exigences de l'Etat moderne et les besoins de consolidation de  l'unité nationale et du système républicain. Il était urgent  de mettre  en place une école tunisienne unique  pour tous  les enfants sans discrimination ni  distinction.
La loi de 1958 a institué  l’école sur la base de la réalisation des revendications  du mouvement national et des sacrifices consentis par les tunisiens pour l’école  , la dignité, la liberté et la justice sociale ; c’est pour tout cela que la nouvelle école  s’est donnée pour mission de libérer et d’éclairer les esprits et de former  le citoyen enraciné dans sa culture nationale et ouvert  à la modernité, contribuant  au progrès de son pays. Ce choix s’est traduit  dans l'adoption de nouveaux programmes scolaires (programmes  de 1958)  qui ont  cherché à:

·       Accorder à  la langue arabe une place de première  choix dans l'enseignement ce qui va renforcer la culture nationale, sans pour autant tourner le dos aux  langues étrangères,.
·       Tunisifier les programmes des disciplines de sciences humaines et sociales qui jouent un rôle dans la formation de la personnalité telle que l'histoire, la géographie, l'éducation civique, l'éducation islamique, la littérature arabe, la pensée islamique et la civilisation islamique avec une attention particulière pour  le Maghreb arabe.
·       S’intéresser aux sciences modernes, comme les mathématiques, la physique, la chimie, l'économie, les techniques, en veillant à établir les différents programmes à la lumière des exigences du développement économique et technique ;  tout  cela s’est  reflété dans les nouvelles sections de l’enseignement secondaires créées  par la loi de 1958: les sections sciences, mathématiques- techniques et  la section industrielle de l'industrie. (chapitres 18, 19 et 20).
·       Permettre  aux  élèves d’acquérir des compétences qui les qualifient à exercer  une activité professionnelle dans les domaines de l'industrie, du commerce et de la comptabilité. Cette orientation est illustrée dans la structure de l'enseignement moyen  de  trois ans et ses branches industrielles et commerciales (chapitre de l’enseignement moyen,  art  10 et 11)
Ces choix sont  restés très présents dans  les différents programmes scolaires durant toutes  les   phases du système tunisien, avec des modifications   nécessaires dictées par des évaluations des programmes en vigueur , c’est ainsi que  la réforme de 1991 avait appelé à  « réaliser l’équilibre dans l’éducation des jeunes générations entre diverses matières  d'enseignement  de sorte que les intérêts portés aux sciences , aux humanités, à la technique, à la dextérité manuelle ainsi qu’aux dimensions cognitives , morales, affectives et pratiques soient équivalents», cette décision a été prise  à la lumière de ce que l’on avait constaté chez les  diplômés des années quatre-vingt en particulier comme  faiblesse dans les langues ,les sciences humaines et la culture générale.

Ces choix ont également appelé à la formation d'un citoyen pour  une « société civile et institutionnelle dans laquelle  la liberté et la responsabilité sont concomitantes  » et la formation du citoyen  « capable d'affronter l'avenir et de s’adapter au rythme des changements rapides de l'époque moderne» ; quant aux  programmes  de « l'école de demain »  ils accordent une attention particulière  aux langues , aussi bien  la langue nationale que les  langues étrangères, ils accordent aussi la même attention aux  technologies modernes, en raison de leur  rôle déterminant  dans l'établissement d'une société du savoir et de l'école intelligente, ceci en plus  que l'attention continue accordée aux  sciences  et aux techniques.

Or quelques  soient les  changements  de méthodologies  de  la confection des programmes scolaires  ,  l'école tunisienne a maintenu  régulièrement les mêmes orientations et les mêmes fondamentaux  pour avoir   des programmes modernes  qui suivent le rythme du renouvellement des connaissances et  qui tiennent compte  des innovations au niveau des  approches éducatives et pédagogiques,  pour se rapprocher de plus en plus des normes internationales dans ce domaine.
1.    Garantir  le renouvellement de la mission de l'éducation
Le renouvellement de la mission  de   l'éducation est  l’une des constantes de la politique éducative en Tunisie, en effet toutes les réformes  introduites sur le  système éducatif sont décidées  généralement pour répondre  à de nouvelles situations et à des choix  civilisationnels et sociétaux  spécifiques.
La  mission de l'éducation, dans la loi de 1958, vise à ressusciter la nation  , à reconstruire l'entité nationale , à réhabiliter la langue nationale et l'identité nationale, la mission de cette loi était aussi  de contribuer également à l'établissement d'une société  moderne  et évoluée politiquement, économiquement  et culturellement , c’est pour cela que parmi  ses objectifs annoncés  il y avait  la formation d'agents , de techniciens et des cadres intermédiaires nécessaires à la gestion technique  dont l'économie nationale avait besoin.
Tout cela s’est traduit dans les différentes sections qui ont été mises en place ,  on y trouvait le cycle court (l’enseignement moyen  avec ses trois options : générale, industrielle  et commerciale ) et le cycle moyen  (l’enseignement secondaire général et les sections techniques et  la section normale) et le cycle long  (l’enseignement supérieur chargé de former les cadres supérieurs  scientifiques, techniques et autres. nécessaires à la vie de la nation: art 20 et 25 de la Loi ) .
Avec la fin des années quatre-vingt, à la lumière du développement  que connaît le pays parallèlement aux   transformations que connait  le monde, l'école tunisienne  avait fait face à des problèmes  qu’elle n’avait pas connu auparavant, et elle  a pris l'initiative de reconsidérer sa mission en vue de  la confirmation des fondements  de l’identité nationale tunisienne  et de l’enracinement dans l'appartenance culturelle nationale , maghrébine , arabe et islamique tout en continuant l'ouverture sur la modernité de la civilisation humaine.

L’article premier  de la loi de 1991,  a situé le système éducatif   « dans le cadre de l'identité nationale tunisienne et de l’appartenance à la  civilisation arabo-islamique. »  la loi de 1958 a appelé  dans la partie consacrée aux  principes à s’intéresser  aux  droits de l'homme,  à développer la conscience citoyenne,  et le sens civique  chez les apprenants,  afin qu’ils soient élevés  en étant conscients de leurs droits et leurs devoirs « dans une société civile et institutionnaliste fondée sur le caractère  indissociable  entre la liberté et la responsabilité. » ( art 13)  Ainsi, aux yeux du législateur, l'école peut contribuer à la mise en place de la société évoluée souhaitée.

Quant à la loi de 2002, elle fut préparée  alors qu’une question brûlante  se posait sur le degré  de l'engagement de l'Etat tunisien  vis-à-vis   du principe de la gratuité de l’enseignement  surtout que l’étape voyait  la prédominance de tendance à la privatisation dans le domaine  économique , la loi est venue pour confirmer  l’engagement inconditionnel   de la collectivité  nationale  à fournir  les moyens  qui garantissent le droit à l'éducation et sa gratuité, c’est sur cette base que fut conçue la mission de l’école dans cette loi qui a décrété  que « l'éducation est une priorité nationale absolue » ( art premier) , comme  elle   a insisté  dans le  chapitre  consacré  aux finalités sur les orientations  suivantes:
·       élever les élèves dans la fidélité à la Tunisie et la loyauté à son égard  dans le cadre de l'identité nationale et l’appartenance culturelle et l'ouverture au cadre de la civilisation universelle.
·       Former  un citoyen actif dans une société profondément attachée à son identité culturelle, ouverte sur la modernité et s'inspirant des idéaux humanistes et des principes universels de liberté, de démocratie, de justice sociale et des droits de l'Homme.
·       Faire acquérir  les apprenants les valeurs de tolérance, de solidarité, de modération, et l'amour de la science et du travail.
·        « Garantir à tous les élèves un enseignement de qualité qui leur permette d'acquérir une culture générale et des savoirs théoriques et pratiques, de développer leurs dons et leur aptitude à apprendre par eux-mêmes, et de s'insérer ainsi dans la société du savoir » Art. 9.
Ainsi, la mission de  l'école tunisienne fut-elle renouvelée régulièrement car à chaque étape  son projet,  ses finalités éducatives, et ses objectifs qui répondent aux besoins des individus et de la communauté, elle a aussi ses choix qui répondent aux  exigences du moment et aux conditions de la vie scientifique, économique, culturelle et technologique.
Ce sont là les constantes de la politique scolaire  de  notre pays depuis la première réforme en 1958 : un désir  constant  de renouveler la mission de l’école, et un effort  permanent  pour garantir  le droit à un enseignement de qualité  pour tous, et un travail sans arrêt pour améliorer  les  programmes scolaires afin que les acquis  des  élèves tunisiens soient conformes aux normes internationales.
Les grands choix de la politique scolaire  incarnée par la loi 1958 ont permis d’enregistrer des acquis et des réalisations  pour  le système éducatif, certains sont d’ordre  quantitatif, tels que la scolarisation  maximale de la tranche d'âge de 6 ans pour les garçons et les filles, et l'enregistrement de  taux élevés  pour les autres tranches d’âge ,  et telle que l'amélioration des taux  d’encadrement dans les divers degré de l’enseignement  et l’amélioration des taux de progression et de passage  d'un  cycle à l’autre  ,  à coté des acquis quantitatifs  , il y a eu aussi des acquis qualitatifs comme  la culture de l'excellence et l’importance  de la proportion lauréats  au baccalauréat qui a atteint le quart des admis .
En dépit de ces  réalisations   , le système éducatif  rencontre des  problèmes et  souffre de la présence de  lacunes qui entravent la réalisation de ses objectifs , je vais dans ce qui suit énumérer celles  qui me semblent  les  plus importantes :   Aujourd'hui  les problèmes qui se posent avec acuité sont ceux  liés  à l'échec scolaire , à  l'abandon précoce, aux  faiblesses  des  acquis  dans les langues  et les disciplines scientifiques  , ils sont aussi en rapport avec la centralisation excessive  et le déficit de professionnalisme.

   II.            Les problèmes qui se posent et les moyens de les surmonter
On peut restreindre les problèmes  qui sont encore posés face du système éducatif en trois groupes :  Le première a trait à la faiblesse du rendement de l'institution aussi bien sur le plan  quantitatif  que  qualitatif, , le second   est  lié à la centralisation excessive  dans la gestion  des composantes du système éducatif qui est  du à l'absence d'une culture d'initiative et d’une culture de l'évaluation et du suivi ;  le  troisième groupe est en relation avec  l'absence  de professionnalisme chez  la plus grande partie  des acteurs du système tant au niveau de l’encadrement, que celui de la gestion et la formation

1.    Le phénomène de l'échec scolaire
Si le ministère a réussi à contenir le phénomène de l'échec au niveau de l’école  primaire, le taux de redoublement est tombé  à 8,3 pour cent et le taux d’abandon à 0,8 pour cent, dans les collèges et aux lycées les indicateurs restent encore  une source de préoccupation, en effet  le taux de redoublement  est au niveau de 18 pour cent dans les collèges  et  de 15,8 pour cent dans l'enseignement secondaire et le taux d'abandon est proche  de 11 pour cent.
Pour faire face à ce phénomène et pour enrayer  le décrochage scolaire  le ministère  a pris un certain nombre de mesures,  dont notamment:
·       Le lancement du projet de la généralisation de l'année préparatoire qui devrait  atteindre le chiffre de  1833 classes  dans le secteur public, car  les études ont montré que les enfants qui fréquentent les cours préparatoires  sont moins vulnérables à l'échec scolaire.
·       La poursuite du  renforcement  du réseau des écoles prioritaires  dont le nombre a atteint   106 écoles  primaires et la programmation de  deux heures supplémentaires de soutien pour chaque classe  consacrées  au remédiation et à la consolidation ,  et enfin la généralisation des  cantines scolaires
·       l'organisation du cours de soutien et de remédiation  obligatoires, au profit des élèves qui ont redoublé la quatrième année de l’école primaire, à la lumière des résultats de l'examen  régional pour les élèves de la quatrième année.
La création de collèges  techniques, dans le cadre de la diversification des filières, dans le but d’accueillir  les élèves qui ont des  habilités  manuelles et  pratiques afin de les préparer à se joindre à la formation professionnelle ou à  intégrer  la vie active, sachant que cette initiative est l'une des manières de faire le lien  entre l'éducation et le système de formation professionnelle.

2.    La faiblesse des acquis  des apprenants
les évaluations internes et externes  et les évaluations internationales comparées  s’accordent  pour confirmer la faiblesse des compétences des  élèves en langues, ( oral et écrit)  , et la modestie de leur capacité à chercher l’information , à synthétiser  et à résoudre les problèmes,  tout cela est du à des facteurs liés aux programmes (la prédominance du quantitatif, et  de la dimension cognitive et théorique sur les apprentissages, des  programmes rigides  qui laissent peu place   aux initiatives de l'enseignant, l'absence d’initiation méthodologique pour les élèves),  cette faiblesse est due aussi à des facteurs liés aux méthodes  et aux styles d'enseignement ( le style d'enseignement  prédominant est encore plus proche de l'accumulation des connaissances  que du développement des compétences et des savoirs faire  méthodologiques, c’est un style d'enseignement vertical où l’élève est souvent passif , (malgré l'apparition de quelques  signes  d’un style participatif et associatif) , la sous utilisation des  aides  pédagogiques et des nouvelles technologies).
Les autres facteurs concernent  l’évaluation (absence quasi totale de l'évaluation formative ; l'utilisation d'outils qui mesurent   les compétences élémentaires  comme la restitution des connaissances et l’application directe plutôt que les compétences d’un niveau supérieur comme  les capacités d'analyse et de synthèse  et d'évaluation,  et le recours à  un type de tests qui ne sont pas basés sur des situations  qui poussent l’élève  à  utiliser ses acquis  et à la réflexion)  .
Pour contrer ce phénomène, le ministère a pris, depuis des années, des mesures qui contribueront à résoudre ce problème, dont celles qui suivent:
·       Conception  d’un nouveau référentiel  pour l’élaboration du programme basée sur la détermination des niveaux normatifs exigés dans les différents domaines d'apprentissage et à tous les niveaux d'enseignement (ce référentiel  est le programme des programmes)
·       Elaboration de programmes axés sur la capacité et les compétences.
·       Révision du réseau des apprentissages, ( disciplines et horaires)  , dans le sens de renforcer la  place des langues ,  de l’amélioration  de l'enseignement des sciences et de  la technologie et la généralisation de l’enseignement de l’informatique  et de fournir une liste de matières optionnelles .
·       Accorder une attention  particulière à  l’apprentissage par le projet  dans des matières optionnelles,  dans la mesure où ce type de travail permet  de développer les compétences de la recherche de l'information et   de sa sélection et enfin de son utilisation.
·       L'établissement d'un programme de visites  d'études au profit des élèves des écoles primaires.
·       La mise en place d’un programme national pour former les enseignants pour les  aider à améliorer  leurs méthodes  d’enseignement et les initier à de nouveaux modes d’évaluation des acquis des  élèves.
·       Intensifier les activités d'orientation et d’encadrement.
·       Encourager la recherche action  et l’innovation pédagogique .
3.    Le phénomène de la centralisation excessive
Ce phénomène est lié aux modalités de l’organisation administrative et du suivi des projets éducatifs, innovants , les  évaluations menées ont montré que l'administration locale (écoles et lycées) et régionale manque d'initiative, son rôle se limite principalement à mettre en œuvre les instructions de l'administration centrale et de l'application  des circulaires et  des notes qui lui parviennent du centre , enfin elle n’est armé pour ne peut pas suivre les projets innovants dans les divers domaines,
Pour libérer l'initiative au niveau local et régional, de nouveaux concepts furent introduits par   la loi de 2002, parmi ces concepts  on peut citer ceux -ci:

·       Considérer l'école comme une cellule de base dans le tissu éducatif et une structure pédagogique autonome, ainsi le législateur en a-t-il fait  le  cadre moral  et matériel  dans lequel seront réalisés les objectifs nationaux de l'éducation, alors qu’elle fut longtemps  considérée comme un simple espace pour l'enseignement (article VI) et  pour que ce principe soit réalisé , la  loi a prévu la mise en place   d'un projet de l’école  qui se fera avec  la participation de toutes les parties ( conception, exécution et évaluation).
·       Création  de deux conseils  consultatifs dans chaque établissement : le Conseil d'établissement et le conseil pédagogique des enseignants (chapitres 32 et 33)
·       Développer  de la vie scolaire comme étant le prolongement  naturel des apprentissages, la vie scolaire fut  organisée  par le décret n° 2437 - 2004 du  19 octobre 2004. (Élection des représentants  des élèves, élaborer un programme d’activités,  et des projets ... )
·       Considérer la région comme un pôle éducatif actif depuis la publication du décret  fixant les attributions  des directions  régionales  de l'éducation et de la formation, le 6 Mars 2007 ; la région sera en mesure de préparer son propre projet  éducatif partant de sa réalité et de ses indicateurs dans le cadre des objectifs nationaux.
·       Création  de conseils consultatifs de l'éducation et de la formation au niveau des  districts
4.    Le manque de professionnalisme
Le système éducatif et de la formation souffre  d’un manque de professionnalisme chez  la majorité des acteurs des établissements d'enseignement et de formation professionnelle, que ce soit dans le domaine de l'enseignement et de la formation ou dans le domaine de la gestion des services administratifs ou dans le domaine de l’encadrement pédagogique, à l’exception  du corps de l'inspection pédagogiques  et du corps des conseillers de l'orientation scolaire et universitaire qui reçoivent une formation professionnalisante  avant l’entrée en service , alors  que les enseignants, (sauf une partie  des enseignants du primaire) les directeurs  et les agents d’encadrement ne sont pas soumis à une formation initiale qui  les qualifie pour exercer la profession
Dans le cadre de l'amélioration de la formation initiale et professionnelle  de divers métiers  de l'éducation et de la formation, le ministère a reconnu le principe de la  professionnalisation et  a créé pour cela des institutions spécifiques  , ce sont les Instituts des métiers de l'éducation et de la formation (IMEF) ;  la priorité a été donnée à la formation  des enseignants de l'école primaire, un concours   écrit fut   organisé  pour les titulaires de diplômes  d'études supérieures , les admis devraient entamer leur formation  au mois de février de 2008.
Ce sont là quelques-uns des problèmes qui se posent aujourd'hui au système de l’éducation et de  la formation et les mesures  prises pour  les surmonter.  Et on perçoit  à travers   ces diverses mesures d’autres  constantes  de la politique éducative en Tunisie , comme  la préoccupation sincère d’impliquer  les différents acteurs  de l'établissement d'enseignement dans les affaires de l'éducation, cette  participation garantit  leur engagement  au processus de réformes,  et comme  la politique de soutien à la décentralisation  et  la responsabilisation  des autorités locales et régionales en les encourageant à participer  à la conception ,la planification , le suivi et à l'évaluation.

III.            Perspectives de l'école tunisienne
L’école tunisienne a réalisé grâce  aux réformes éducatives successives  des acquis substantiels  qui ont changé la réalité physique et pédagogique de l'école tunisienne et qui lui ont permis de prendre la voie de la qualité, et aujourd'hui, qu’ on  vient  d’achever la mise en place de  la nouvelle structure de l'enseignement secondaire , et que la première promotion est  arrivée au niveau du  baccalauréat,  on doit  s’occuper de l'école primaire et du collège technique et des  nouvelles technologies de l’information et de  communication

Car l'école primaire, malgré l’amélioration des indicateurs au niveau  de l’encadrement ( nombre d’élèves par classe, nombre d'élèves par enseignant) et dans le domaine de l'éducation (les taux de passage , de redoublement et d'abandon), il reste encore beaucoup à faire pour dépasser les nombreuses lacunes au niveau de l'organisation et au niveau pédagogique, les  élèves ont encore un besoin urgent d’une  formation de qualité qui leur garantirait  la poursuite de leurs études dans les cycles ultérieurs sans difficultés.
C’est pour cela que   le ministère a  décidé de s’occuper des  enseignants du primaire en relevant le niveau exigé pour accéder  aux instituts des métiers de l’enseignement  et de la formation (baccalauréat plus trois années d’études supérieures  avec succès), et on espère que les instituts vont  nous  fournir des enseignants, conformément aux normes internationales en vigueur dans  les systèmes éducatifs des pays développés, qui recrutent pour leurs enfants des  enseignants titulaires d’une maitrise au moins  . Et on espère  aussi que l’amélioration  du niveau scientifique de l'enseignant se répercutera  sur la qualité des acquis des apprenants
Quant au collège  technique, il représente une filière de réussite pour  des élèves qui ont des compétences et des qualifications pratiques et aspirent à acquérir une compétence qui les qualifie pour réussir un métier . Ces écoles  vont devenir un lien organique entre le système de formation professionnelle et le système éducatif et assurer la complémentarité entre les deux, et il ne fait aucun doute que le succès dans l'expansion du réseau de ces écoles dépend de l’amélioration du processus de l’orientation et  elle dépend aussi de la sensibilisation des  élèves qui choisiront cette voie aux monde des métiers , des habilités et de la technologie  , n’oublions pas que l’école tunisienne  a une expérience utile dans le travail manuel depuis les années soixante-dix.
La troisième question concerne la maitrise de la nouvelle technologie, car elle  constitue aujourd'hui un choix stratégique dans l'école de demain et de la société de l'information,  on sait aujourd’hui que  la maitrise de ces technologies est considérée comme  parmi les moyens les   plus importants pour armer la jeunesse   pour relever les défis de l'avenir ; dans ce domaine , le ministère a réussi la généralisation de  l’informatique aux collèges  et aux lycées , et il s’est  préparé pour la mise en place d’un brevet d’informatique  et d'Internet, il a entamé  la numérisation des contenus des programmes scolaires et  il a accompagné  des manuels scolaires destinés aux élèves de l’école primaire par des CD avec des contenus  interactifs destinés aux élèves.
Ceci est, la question de l'intégration des nouvelles technologies dans l'apprentissage et l'enseignement reste parmi les questions  qui se posent aujourd'hui, à coté de l’étude  des moyens de recourir à l'enseignement à distance dans la formation continue des enseignants, et pour aider les élèves à l'auto-apprentissage. Ce sont là , quelques-unes des perspectives pour la prochaine étape de notre système de l'éducation et de formation dans le cadre des constantes de la politique éducative.

Hédi Bouhouch  & Mongi Akrout , Inspecteurs généraux de l’éducation et Brahim Ben Atig
Tunis , juin 2017










[1] Les actes du colloque  sont publiés par Presses universitaires de la Manouba , série colloque

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