lundi 16 mars 2020

Conseil de l'Instruction publique (Session ordinaire de 1905): Procès-verbaux des séances : discussion de la 9ème question: la question des vacances scolaires et la 10ème question de la fête de fin d'année



Conseil de l'Instruction publique (Session ordinaire de 1905): Procès-verbaux des séances : discussion de la 9ème question: la question des vacances scolaires  et la 10ème question de la fête de fin d'année

Hédi Bouhouch
Dans le cadre de l'histoire du conseil supérieur de l'éducation, le blog pédagogique présente à ses lecteurs un document vieux de plus d'un siècle , il s'agit du procès verbal de la session  du conseil de l'instruction publique tenue au mois de mai 1905 au siège de la direction de l'instruction publique (équivalent du ministère de l'éducation) .
Les travaux de la session étaient présidés par le directeur de l'instruction publique Louis Machuel avec la participation de tous ses membres dont la majorité appartenait à l'enseignement à l'exception de deux représentants de la justice, notant en passant qu'aucun membre tunisien ne figurait à cette époque au CIP.
Le conseil était appelé à étudier dix questions inscrites à l'ordre du jour , ce qui avait nécessité deux journées entières pour achever  l'ordre du jour .
La lecture du PV montre qu'il y avait un véritable débat contradictoire et qu'à la fin les décision sont prises à la majorité.
Enfin , ce qui est remarquable ,c'est que le PV est rendu public , puisqu'il est publié dans le bulletin officiel de l'enseignement public qui mis à la disposition de toutes les établissements scolaires .


Première séance.
Le vendredi 12 mai 1905, à 9 heures du matin, le Conseil de l'Instruction publique s'est réuni à la Direction de l'Enseignement, dans le bureau du Directeur.
Etaient présents :
MM. Machuel, Directeur de l'Enseignement public, président ;
Berge, Président du Tribunal de Tunis ;
Bourgeon, Procureur de la République à Tunis ;
Delmas, Professeur à la Chaire publique d'arabe, Directeur du Collège Sadiki;
MM. Buisson Inspecteur d'académie, Directeur du Collège Alaoui. Duval, Proviseur du Lycée Carnot ; Baille, Inspecteur de l'Enseignement primaire àTunis; Patou, Professeur au Lycée Carnot,  Veyrier, Directeur de l'école annexe du Collège Alaoui ,  Aurès, Instituteur à l'école annexe du Collège Alaoui ; Ouziel, Directeur des Ecoles de l'Alliance Israélite en   Tunisie ; Mlle Guillot, Directrice de l'Ecole Jules Ferry; Mme Brulé, Institutrice à l'Ecole Jules Ferry ;
M. Tremsal,  chef du cabinet du directeur de l'enseignement, secrétaire.

Le Président, en ouvrant la séance, prononce l'allocution suivante:
Mesdames, Messieurs,
Je déclare ouverte la deuxième session du Conseil de l'Instruction publique.
Avant de passer à l'examen des questions inscrites  à votre ordre du jour, permettez moi d'adresser nos souhaits de bienvenue à notre distingué collègue, M. Berge, Président du Tribunal de Tunis. Comme son prédécesseur, M. Fabry, qui s'intéressait si vivement aux questions d'enseignement et d'éducation, M. Berge voudra bien nous prêter   le concours de son expérience, de son esprit éclairé et de son impartialité, qui lui ont si justement attiré les sympathies et le respect de tous ceux qui ont appris à le connaître,
Je suis aussi l'interprète du Conseil en adressant à notre collègue, M. Delmas, nos félicitations les plus affectueuses à l'occasion de sa guérison : c'est une grande satisfaction pour nous de le voir participer aux travaux de cette session.
Enfin, à vous tous, mes chers collègues, je souhaite également la bienvenue dans ce nouveau local, que vous inaugurez. C'est en effet la première fois que cette salle sert à une commission. Je vous y reçois avec la plus grande cordialité et je vous prie du croire au dévouement de votre président qui s'efforcera toujours de faciliter votre tâche, comme vous voulez bien lui faciliter la sienne.

Après cette allocution, la parole est donnée au Secrétaire, M. Tremsal, pour la lecture de l'ordre du jour de la session, qui comprend les questions suivantes :
A — Rappel de questions
1° Œuvres postscolaires. Cours aux adolescents :
2° Enseignement commercial au lycée Carnot.
B — Questions nouvelles.
1° Surveillance des établissements d'enseignement privé;
2° Fixation du nombre maximum d'élèves par classe, dans les locaux construits à usage d'école ;
3° Examens de passage dans les établissements d'enseignement ;
4° Application des programmes de l'enseignement primaire dans les écoles primaires et élémentaires des établissements d'enseignement secondaire;
5° Vacances scolaires ;
6° Listes d'ouvrages scolaires ;
7° Fête annuelle des écoles ;
8° Passages des fonctionnaires de l'enseignement.

Le Président fait remarquer que l'ordre dans lequel ces questions sont énumérées ne préjuge nullement de l'ordre dans lequel elles doivent être étudiées, qui est laissé à l'appréciation du Conseil.


9ème question : Vacances scolaires.
A la reprise de la séance, on aborde la question des vacances scolaires. Les délégués des instituteurs demandent que les grandes vacances aient une durée de trois mois, du 1er juillet au 1er octobre. Le Président croit devoir faire un court historique de la question. Dans le cours de l'année dernière, une société qui s'occupe avec dévouement des questions relatives à l'instruction, la Ligue de l'enseignement avait demandé que les grandes vacances fussent fixées à trois mois pour les écoles primaires. La Direction de l'Enseignement n'avait pas cru pouvoir accueillir cette demande. Sur ces entrefaites eut lieu la fête du 19 juin en l'honneur de Jean Macé[1], à la suite de laquelle il fut décidé, après autorisation de M. le Résident Général, que pour l'année 1904  exceptionnellement les vacances des écoles primaires auraient lieu le 1er juillet.
On demande maintenant à l'administration de transformer cette mesure provisoire en une décision définitive. Le devoir du Directeur de l'Enseignement est d'appeler l'attention du Conseil sur les conséquences de cette décision. Il ne faut pas oublier que les écoles sont faites avant tout pour les élèves et que, si les élèves du lycée ou de l'école Jules Ferry vont en France ou à la campagne avec leurs parents dès l'approche des chaleurs, ceux des écoles primaires appartiennent pour la plupart à des familles de petits employés ou de journaliers, qui ne quittent pas leur résidence. Toutefois, étant donné que les écoles dans la plupart des grands centres sont actuellement installées dans des conditions qui ne permettent guère d'y donner l'enseignement avec fruit, durant la période estivale, il appartient au Conseil de faire connaître son sentiment à  l'administration, qui en tiendra le plus grand compte.
 M. Aurès insiste pour l'obtention des trois mois de vacances. Le Conseil, s'inspirant des considérations démocratiques et égalitaires, a voté l'unification des programmes de l'enseignement primaire. Qu'il ne se déjuge pas en ce qui concerne les vacances et n'accorde pas à l'enseignement secondaire un traitement de faveur. Les maîtres ont comme les élèves besoin de vacances. D'ailleurs, quand les chaleurs arrivent et que les examens sont passés, la fréquentation et l'ardeur au travail se ralentissent.
M. Veyrier appuye cette manière de voir. M. Aurès ayant plaidé la cause des instituteurs du sud de la Tunisie, en demandant pour eux soit un congé anticipé, soit une diminution de service durant la période des chaleurs, le Président lui fait observer qu'il paraît difficile de fixer des dates différentes selon les localités pour l'ouverture des vacances, mais que depuis longtemps l'administration a accordé aux instituteurs des postes de l'extrême sud un horaire spécial ne comportant pendant l'été que les classes du matin.
M. Baille ayant indiqué que le corollaire de l'augmentation des grandes vacances serait la diminution des vacances intermédiaires, les représentants des instituteurs déclarent que ceux-ci le comprennent bien ainsi, mais qu'ils préfèrent voir les vacances du nouvel an ou de Pâques réduites de quelques jours si les grandes vacances doivent être augmentées d'autant.
 A la suite de cette discussion, le Conseil émet le vœu : Que les grandes vacances soient uniformément fixées à trois mois, avec diminution des congés intermédiaires.
10ème question : la Fête  de fin d'année des écoles.
Le Président expose au Conseil les raisons pour lesquelles l'administration a mis cette question à l'ordre du jour. Tous les membres de l'assemblée ont encore présent à l'esprit le souvenir de la fête scolaire du 19 juin dernier, qui fut si réussie, grâce au concours du personnel et des sections locales de la Ligue de l'Enseignement. L'administration serait heureuse de perpétuer cette tradition, mais il est à désirer que la date de la fête ne soit pas aussi tardive, en raison des chaleurs, des examens, de l'approche de la fin de l'année scolaire. Aussi le Conseil est-il prié de donner son avis : 1° sur l'opportunité d'une fête annuelle des écoles ; 2° sur la date à laquelle cette fêle pourrait avoir lieu.
La plupart des membres se prononcent pour l'institution de cette fête. M.Aurès et M. Baille font toutefois des réserves. Il ne faut pas, dit M. Aurès, que la cérémonie constitue, comme l'année dernière, une corvée supplémentaire de toute une journée de dimanche pour les maîtres. Il serait bon d'en avancer la date et de l'organiser dans l'intérieur de chaque école. Et, s'il y avait une solennité générale, il serait à désirer que les instituteurs ne fussent pas obligés d'y accompagner leurs élèves en rang.
Le Président est en effet d'avis que ces manifestations ne doivent point consister en une besogne fatigante pour les maîtres et engager leur responsabilité, en raison des accidents qui peuvent survenir. On pourrait faire une fête dans chaque école et la direction de l'enseignement en organiserait une autre à laquelle ne participeraient que les meilleurs élèves. Il y aurait ainsi deux fêtes. Ces sortes de cérémonies laissent aux enfants des souvenirs durables et seraient pour les bons élèves la récompense de leurs efforts. Pour la date, on pourrait, comme le propose M. Patou, choisir une date historique, un anniversaire qui put être fêté aussi bien par les italiens que par les français.
Mais en en tous cas, il faudrait que la fête pour laquelle on ferait appel au concours de sociétés d'enseignement, eut lieu au printemps, au plus tard dans la 1er quinzaine de mai. M. Aurès et M. Buisson approuvent cette proposition, sous réserve que la fête aurait lieu en un seul jour, le matin, dans chaque école et le soir, en commun.
Le Conseil émet le vœu :Qu'il soit institué une fête annuelle des écoles. Qu'elle ait lieu au printemps, en un seul jour, le matin, dans chaque école, pour tous les élèves et le soir, en commun, pour les meilleurs élèves des diverses écoles.
Clôture de la  session
Le Président adresse ses remerciements les plus sincères à ses collègues pour la collaboration que chacun d'eux à apportée aux travaux du Conseil. Il constate avec joie que la présente session aura été aussi féconde en résultats que sa devancière, et se plait à enregistrer les discussions et les constatations intéressantes qui se sont produites, les décisions et les mesures utiles qui ont été prises. Il indique quelques questions qu'il y a lieu d'étudier en vue de la prochaine session : révision du règlement scolaire, bibliothèques scolaires. Une autre question fort intéressante, mais délicate, celle des Commissions scolaires et des Comités de patronage, préoccupe l'administration, mais n'est pas encore en état d'être soumise aux discussions de l'assemblée.
En terminant M. Machuel voudrait dire un mot des dossiers secrets. On s'est beaucoup préoccupé soit dans la presse, soit même au sein de l'Amicale de ces fameux dossiers. Le Directeur de l'Enseignement affirme et il tient à ce que son affirmation reçoive la plus large publicité, qu'il n'y a pas de dossiers secrets à la Direction de l'Enseignement: les notes des inspecteurs sont toujours communiquées aux intéressés. En ce qui concerne les plaintes qui se produisent, elles sont adressées à ceux qui en sont l'objet et qui peuvent toujours fournir à l'administration toutes explications utiles. En résumé, les fonctionnaires de l'enseignement peuvent avoir toute confiance en leur administration qui ne les jugera jamais sans les avoir entendus et sans leur avoir permis de présenter leur défense ou leur justification en toute liberté.
Après cette allocution, le Président déclare close la session ordinaire de 1905. La séance est levée a 5 heures et demie.

Fin de la discussion de la  9ème  et 10ème   point de l'ordre du jour.
Pour revenir aux points précédents , cliquer ci-dessous:

Conseil de l'Instruction publique (Session ordinaire de1905): Procès-verbaux des séances(discussion du 1° point de l'ordre du jour).


Conseil de l'Instruction publique (Session ordinaire de1905): Procès-verbaux des séances( 2ème, 3ème et 4ème point à l'ordre du jour).

l

Conseil de l'Instruction publique (Session ordinaire de1905): Procès-verbaux des séances: discussion du 5ème et du 6ème point.


Conseil de l'Instruction publique (Session ordinaire de1905): Procès-verbaux des séances : discussion de la 7ème et reprise du 2èmequestion.

Conseil de l'Instruction publique (Session ordinaire de1905): Procès-verbaux des séances : discussion de la 8ème .

Présentation Mongi Akrout, Inspecteur Général de l'enseignement retraité.
Tunis , janvier 2020.




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Brève histoire du Conseil supérieur de l'éducation (deuxième partie).

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[1] Publiciste français, qui consacra toute son existence à la vulgarisation pédagogique. Originaire d'une famille prolétarienne, Jean Macé se destine à l'enseignement et débute comme instituteur. À partir de 1848, il est rédacteur à La République et les solutions qu'il propose aux problèmes de l'enseignement sont jugées si modernes que, après le coup d'État du 2-Décembre 1851, il doit quitter Paris. Il se rend en Alsace où il collabore avec l'éditeur Hetzel à diverses revues pédagogiques. En 1864, il fonde le Magasin d'éducation et de récréation et, en 1866, la Ligue française de l'enseignement ; ces deux institutions doivent servir à promouvoir des méthodes nouvelles et à donner les moyens de les mettre en pratique. L'avènement de la IIIe République lui permet enfin de voir ses efforts récompensés et, en 1883, Macé est même nommé sénateur à vie. Il avait publié en 1861 Histoire d'une bouchée de pain, à la fois récit et manuel. Antoine COMPAGNON,Universalis
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